Harlots (2017) : la guerre des putes

Harlots est une nouvelle série de huit épisodes qui est diffusée depuis la fin mars sur les ondes d’ITV Encore en Angleterre puis quelques jours plus tard sur Hulu aux États-Unis. L’action se déroule en 1763 à Londres et s’intéresse au monde de la prostitution. En effet, comme on nous le souligne au début du premier épisode, à cette époque, une femme sur cinq vend son corps pour survivre. D’un côté nous avons Margaret Wells (Samantha Morton) qui opère un bordel dans Soho et qui est aux prises avec certaines difficultés financières et de l’autre, Lydia Quigley (Lesley Manville) installée dans le huppé Golden Square avec des clients très influents. Ces deux maquerelles se livrent à une guerre sans merci, chacune ayant d’importantes cartes en main, mais pour le moment, ça demeure match nul. Inspirée du livre « The Covent Garden Ladies » de Hallie Rubenhold (un genre d’annuaire détaillant les talents de diverses prostituées de Londres), Harlots ratisse trop large à vouloir dresser un de portrait de ces femmes à la fois indépendantes et soumises aux désirs de ces messieurs. Quant au sexe qui est pourtant au cœur du récit, ceux qui auraient aimé se rincer l’œil n’ont qu’à passer leur chemin; égalité des sexes oblige.

« Money is a woman’s only power in this world »

Margaret a été abandonnée par sa mère a l’âge de dix ans et n’a eu d’autres choix que de se servir de ses charmes pour survivre et elle a d’abord travaillée pour Lydia. Sans que l’on sache ce qui est à l’origine de leur discorde, très tôt la jeune femme a fait preuve d’indépendance en démarrant son propre commerce. De ses rencontres illicites sont nées deux filles : Charlotte (Jessica Brown Finlay) qui pour le moment s’amuse à faire languir sir George Howard (Hugh Skinner) et Lucy (Eloise Smyth) qui n’a pas encore connu les plaisirs de la chair. D’une rare beauté, elle se révèle un précieux atout lorsque l’argent vient à manquer puisque Margaret offre au plus offrant la virginité de la cadette. Grâce à ses protecteurs hauts placés, Lydia convainc la police d’effectuer une descente chez sa rivale. Plus tard, elle décide d’héberger Florence Scanwell (Dorothy Atkinson) une fanatique religieuse et sa fille Amelia (Jordon Stevens) afin qu’elles intimident les potentiels clients du Soho. De son côté, Margaret recueille chez elle Mary Cooper (Amy Dawson) qui a travaillé pour Lydia et qui est maintenant à l’aube de la mort ayant contracté la varicelle. La maquerelle et ses filles déposeront son cadavre devant l’hôtel particulier de Lydia, espérant porter un coup dur à la réputation de salubrité des lieux.

Les créatrices Alison Newman et Moira Buffini tenaient à nous offrir un portrait global de la situation des femmes au XVIIIe siècle puisqu’à cette époque, elles étaient placées sous la tutelle de leur père et servaient quelquefois de monnaie d’échange lorsque venait le temps de les marier. Une fois la bague au doigt, elles devenaient légalement la propriété de leur époux. Et à moins d’être religieuses, seul le métier de prostitution pouvait leur procurer un semblant d’indépendance. C’est en tous cas ce que l’on a tenu à mettre en scène avec Harlots. Et si Lydia et Margaret nous offrent quelques bons moments de télévision, on ne peut pas en dire autant de leurs employées toutes plus frivoles les unes que les autres. C’est particulièrement vrai pour Charlotte et Lucy qui occupent pourtant une grande part du scénario, mais presque à la mi-saison elles demeurent toujours aussi mal définies. La première ne cesse de tourner en bourrique son protecteur impuissant sir George, clamant à qui veut l’entendre que l’argent lui importe peu et qu’elle tient à son indépendance. Pourtant on la retrouve en permanence dans son lit, se livrant à des jeux puérils comme demander au principal valet de son amant qu’elle abhorre de tenir un pot de chambre pendant que ce dernier urine… Quant à Lucy, tout ce qu’elle a à nous offrir est ce constant air effarouché chaque fois qu’elle rencontre un nouveau client. À l’inverse et sans logique aucune, elle est pleine d’assurance lorsque vient le temps de coucher avec un garçon d’étable en échange de quelques pences.

On retrouve ce même traitement superficiel au niveau du scénario avec cette métaphore peu subtile entre la fornication et les fruits, particulièrement chez les Howard. Sir George au premier épisode offre non pas un bijou à Charlotte, mais un ananas, se justifiant ainsi : « You are the pineapple of Great Britain. I cut it from our hothouse. And as I did so, I thought of Eve. She came to my mind in your form. » Plus tard, pour la rendre jalouse, il essaie de faire l’amour à Lucy, mais sans succès : « I can’t get it in, you slog! I’m soft as a rotted fruit. » La redondance étant de mise ici, Charlotte y va de cette même analogie peu originale : « Is he going to pay my gaming debts? (…) Then he may have some fruit. » Sinon, le sexe et la nutrition vont définitivement de pair puisque lors d’une soirée, l’une des prostituées de Lydia sert de « buffet » avec des victuailles sur tout le corps pour le plaisir de ces messieurs. Plus tard, c’est une autre qui mange goulument une pomme pendant l’acte…

Peu de peau

Pour une série dont le sujet principal est la prostitution, Harlots compte étonnamment peu de scènes de nudité. Cela s’explique en partie pour des raisons historiques. Le climat plus que frais de l’Angleterre n’incitait pas à ce que l’on se déshabille complètement lorsque venait le temps de copuler, d’autant plus qu’il fallait plusieurs heures à ces dames pour s’accoutrer de façon si aguichante… Mais cette pudeur assumée s’explique aussi par un certain courant sériel ces derniers temps qui en a dérangé plus d’un. C’est que l’on a droit de nos jours à des fictions comme Game of Thrones qui se spécialisent dans la nudité féminine avec une foule de scènes gratuites qui ne font pas avancer d’un iota l’histoire. Question d’aller à contre-courant, les créatrices d’Harlots ont décidé que pour chaque sein montré à l’écran par exemple, l’on verrait les fesses d’un de leurs partenaires masculins. Il s’agit là d’un procédé assez superficiel pour revendiquer une équité qui s’avère trop mécanique; que l’on soit exposé à des corps nus ou pas. Ici, dans le troisième épisode l’on comprend que le nouveau client de Lucy aime s’adonner à une certaine forme de sadisme durant l’acte… que l’on ne se donne même pas la peine de nous montrer, ne serait-ce qu’en partie. En fait, on ignore tout de leur nuit passée ensemble si ce n’est ce plan d’elle le lendemain dans son lit avec un marque dans le dos. Pour ressentir de l’empathie face au traumatisme qu’elle a vécu, il serait pourtant essentiel de savoir de quoi il en retourne. À l’opposé, les protégées de Margaret organisent une fête dans un bar suivant la mort de Mary et à un moment, on a un homme qui grimpe sur la table et qui effectue un strip-tease pour ces dames. Comme on peut le constater, quand bien même on a droit à un équilibre au niveau de la nudité, s’il se fait aux dépens de l’histoire comme c’est le cas ici on n’est pas plus avancé.

Les coproductions ont beau avoir pour avantage de diviser la facture en deux, on ne peut pas dire qu’au niveau de la qualité, cela s’avère fructueux pour ITV Encore. C’est qu’il y a environ un an avec son partenaire canadien Global elle lançait Houdini & Doyle qui n’a pas duré plus d’une saison. Quant à Harlots, à moins d’un éventuel engouement chez les téléspectateurs d’Hulu aux États-Unis (ce qui n’est pas le cas pour le moment), la nouveauté pourrait connaître le même sort.

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