Shots Fired (2017) : rien n’est noir ou blanc

Shots Fired est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la fin mars sur les ondes de Fox aux États-Unis et CityTV au Canada. L’action se situe en Caroline du Nord alors que le policier Joshua Beck (Tristan Mack Wilds) durent une patrouille a jugé que sa vie était en danger et a abattu Jesse Carr (Jacob Leinbach), un étudiant universitaire. Pourquoi cette nouvelle retient tant l’attention ? C’est que Joshua est Noir et la victime Blanche. Conscient que cette affaire ressemble à une étincelle qui pourrait provoquer une explosion, le département de la justice ouvre une enquête et recquiert les services du procureur Terry Preston (Stephan James) et de la détective Ashe Akino (Sanaa Lathan). Mais la tension est si vive qu’assez tôt les dérapages se font sentir et l’on se demande si la vérité aura raison des préjugés. D’une sobriété presque trop mature pour Fox, Shots Fired se révèle pertinente lorsqu’elle nous offre une réflexion sur les perceptions en général. Par contre, la série l’est un peu moins quand vient le temps de faire avancer l’enquête qui emprunte beaucoup trop de sentiers à la fois.

« Perception is reality »

Du côté des journalistes ou de celui des forces de l’ordre et du gouvernement, on s’intéresse peu aux motifs qui ont conduit à la mort du jeune homme. C’est que le premier groupe ne fait que parler de l’origine ethnique des protagonistes du drame alors que le deuxième cherche à étouffer l’affaire. Ce dilemme de communication est à l’image de tous les épisodes à venir et c’est pour cette raison que l’on préfère engager Terry, un procureur externe n’étant pas originaire de l’État. Avec Ashe, ils tentent dans un premier temps d’en savoir plus sur les circonstances dans lesquelles Joshua a tiré le premier coup de feu, mais ce dernier attend d’être épaulé par son syndicat avant de parler. En parallèle, les deux détectives découvrent que seulement trois semaines plus tôt, un autre adolescent, noir cette fois, a été tué lors d’une altercation de policiers blancs. Étrangement, la nouvelle n’a pas fait grand bruit et c’est la mère de la victime, Shameeka Campbell (DeWanda Wise), qui décide de dénoncer ce traitement de faveur à la limite du racisme. De toute façon, le lien de confiance est définitivement brisé entre les deux communautés. C’est ce qui explique que l’enquête de Terry piétine, d’autant plus qu’aucun des acteurs dans toute cette histoire, les victimes comme ceux qui les ont abattus, n’est blanc comme neige (excusez l’expression…)

Dans Shots Fired, on a l’impression que Terry vient de se faire catapulter dans un village de fous et qu’entre préjugés et idées reçues, il est le seul qui représente la voix de la raison. D’ailleurs, quand il s’adresse au département de la justice ou aux habitants des quartiers pauvres, il semble toujours trouver les bons mots comme en témoignent ces citations : « My truth has no color », « The Truth is my only compass » ou encore « I am here because we are creating a generation of Americans who are becoming quickly disillusioned with the postracial America we like to tout. » Mais malgré toutes les bonnes intentions du monde, la réalité le rattrape, ou plutôt les perceptions, comme le mentionne Janae James (Aisha Hinds), une pasteure de surcroît.

En effet, en enfilant les trois premiers épisodes, on est estomaqué devant l’accumulation de gestes autant symboliques que calculés afin de garder un tant soit peu d’équilibre entre les deux communautés. Dans un premier temps, le choix de Terry pour examiner l’affaire va de soi puisqu’apparemment, une quelconque décision rendue par un supérieur blanc aurait trop polarisé l’opinion (complaisance envers sa « race » s’il condamne Joshua, traitement préférentiel à la O.J. Simpson s’il l’exonère). De toute façon, au sein même de la police, le cas de l’accusé ne fait pas l’unanimité, surtout après que les médias aient déterré une vidéo dans laquelle, un peu éméché Josahua affirme : « Yeah, I finally got my license to shoot these crackers » (référence aux Blancs).

C’est ensuite toute l’iniquité entourant deux morts d’adolescents survenues à quelques semaines d’intervalle seulement. Le Blanc a droit à une enquête transparente alors qu’on a tenté d’étouffer la première affaire. Reste que ce drame a laissé deux mères endeuillées et la pasteure fait en sorte qu’elles se donnent l’accolade devant toute une foule (Noire) qui applaudit. Mais les irritants ne sont jamais loin. À l’enterrement de Jesse, la gouverneure Patricia Eamons (Helen Hunt) s’est déplacée en personne pour apporter son soutien à Alicia. À l’église, une chorale composée uniquement de Noirs s’exécute… Encore un coup de relations publiques ? Sitôt la cérémonie terminée, Janae blâme la politicienne devant les médias pour ne pas avoir visité Shameeka, pourtant victime des mêmes circonstances. Et voilà Patricia qui doit se rendre chez elle aussi. Ce qu’il y a de dommage avec toutes ces mises en scène est qu’autant elles contribuent au cynisme, autant elles semblent nécessaires pour apaiser la grogne… En apparence du moins. En effet, Terry et Ashe ne peuvent pas compter sur la collaboration des gens du quartier où se sont déroulés ces crimes ; la méfiance l’emportant. Ces recours constants aux perceptions sont la force de Shots Fired, mais une fois exposés, que reste-t-il ?

 L’éléphant blanc que personne ne voit

À plusieurs égards, Shots Fired n’est sans nous rappeler American Crime qui au cours des trois dernières saisons s’est attaquée au racisme, à l’homophobie et au trafic humain. Mais contrairement à la série d’ABC qui nous offre un portrait intimiste de ses protagonistes, celle de Fox reste davantage en surface et met aussi l’accent sur l’enquête policière, ce qui en vient à diminuer son propos. Qui plus est, Terry et Ashes accumulent les indices au compte-goutte, ce qui brise le rythme et après trois épisodes ils n’ont toujours pas interrogé sérieusement Joshua qui est pourtant au cœur de toute cette affaire. L’autre irritant est qu’on ajoute un nouveau meurtre, encore une fois d’un adolescent noir et apparemment commis par un de ses congénères. En clair, c’est le volet policier que l’on privilégie, mais à aucun moment, autant au niveau de l’église, de la communauté ou des politiciens ne vient l’idée de remettre en question l’accessibilité aux armes à feu qui manifestement fait des ravages. En même temps, sans ces meurtres gratuits et des enquêteurs pour les résoudre, la moitié des séries télévisées américaines serait en panne d’inspiration !

Le premier épisode de Shots Fired a attiré 4,7 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,13 chez les 18-49 ans. Ce n’est pas si mal étant donné la saison d’hiver déjà bien avancée, mais pas si surprenant non plus étant donné que la série est diffusée après Empire. La semaine suivante, ils étaient toujours 3,77 en direct (taux de 0,99) et au troisième épisode, 3,64 (0,90). Officiellement, il s’agit d’une série limitée, mais il serait tout aussi envisageable de revoir Terry et Ashes enquêter sur d’autres sujets chauds. L’avenir nous le dira.

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