Taken (2017): passer son tour

Taken est une nouvelle coproduction entre la France et les États-Unis de dix épisodes diffusée depuis la fin février sur les ondes de NBC, SFR Play et Global au Canada. L’action met en scène un ancien agent des forces spéciales de l’armée Bryan Mills (Clive Standen) dont la jeune sœur Cali (Celeste Desjardins) est tuée devant ses yeux lors d’une fusillade survenue en plein jour dans un train. Endeuillé, l’ex-militaire apprend cependant que sa frangine était bel et bien une proie du tireur et non victime d’une simple balle perdue. Dès lors, il se donne pour mission de la venger et se joint à une équipe du FBI spécialisée dans la collecte de renseignements concernant des attentats prévus en sol américain. Préquel de la trilogie cinématographique éponyme, la nouveauté de NBC s’avère médiocre à presque tous les points de vue (casting, scénario, mise en scène, etc.). Restent quelques séquences d’action efficaces, mais c’est loin d’être assez pour nous fidéliser.

Des économies fatales

Tout au long du premier épisode, « l’action », bien que le mot soit un peu fort, est divisée en deux. D’une part on a Bryan qui est de retour chez sa famille alors qu’on est en train d’organiser les funérailles de Cali. D’autre part, on a Christina Hart (Jennifer Beals), directrice du renseignement national qui avec toute son équipe monitore ses faits et gestes. Lorsque les deux parties se rencontrent, l’on met cartes sur table : en 2015, Bryan a tué le fils de Carlos Mejia (Romano Orzari), un baron de la drogue en voulant secourir Mike Hall (Kris Holden-Ried) un agent sous-couverture et ami. La mort de sa sœur n’était rien d’autre qu’une revanche. Lorsque Bryan retrouve sa trace, il est à deux doigts de le tuer, mais le FBI le neutralise, emprisonne Meija et convainc notre endeuillé de se joindre à leur équipe. Dans le second épisode, il prend part à une mission impliquant des trafiquants de réfugiés, tandis que dans le troisième, Bryan doit secourir un père musulman à qui l’on a enfilé de force une veste bourrée d’explosifs et échange d’une restitution d’otage.

Le premier film Taken de 2008, lui aussi une coproduction entre la France et les États-Unis a été un énorme succès au box-office dans les deux pays. Il en a été de même que la suite sortie en 2012 qui a même enregistré de meilleures recettes que le premier. Étant donné la frilosité généralisée des networks à toute innovation, on peut comprendre l’attrait de porter ces histoires d’otages et de kidnapping au petit écran sous forme procédurale. Et comme avec la série Taken, vu qu’il s’agit encore d’une alliance entre les deux pays nommés ci-haut, on se serait attendu à une mégaproduction internationale, ce qui est loin d’être le cas. On l’a vu il n’y a pas si longtemps avec Ransom (Canada, France, États-Unis), ce genre de partenariat semble produire l’effet inverse. C’est que contrairement à d’autres récents remakes à la télévision tels que Lethal Weapon, The Exorcist (Fox) ou Training Day (CBS), la nouveauté de NBC est définitivement l’enfant pauvre de sa grille horaire. Mis à part quelques poursuites en voitures bien exécutées (la marque de commerce de Besson), on a presque envie de somnoler. C’est que la moitié des missions de Bryan nous sont montrées du point de vue des employés de Christina qui les suivent à travers un écran, bien confortablement assis dans leur bureau. Sinon, l’action a beau se dérouler à partir de Washington et un peu partout aux États-Unis, les protagonistes se retrouvent toujours dans des lieux désaffectés ou des rues peu achalandées qui ne comptent qu’une dizaine de figurants. Et ce n’est pas la musique stressante mur à mur qui vient rehausser l’adrénaline.

Même pauvreté au niveau du scénario. Dans les grandes lignes, Bryan a supposément pour but de venger la mort de sa sœur. Mais mis à part une petite allusion à ce projet dans l’épisode #3, il enchaîne les missions qu’on lui donne sans pour autant créer un réel arc narratif en parallèle censé nous accrocher à long terme. Qui plus est : il connaît le nom du tueur de sa sœur qui est déjà retenu prisonnier par ses alliés. Sinon, on tente de nous montrer sa fragilité suite à ce meurtre : au début du second épisode, il s’entraîne dans une mission fictive tandis que la victime à délivrer (choisie par Christina) ressemble délibérément à Cali. Par deux fois Bryan est pris de visions et croit entendre sa véritable sœur lui dire « Help me Bryan, I’m your sister »; comme si deux membres d’une même famille devaient s’identifier de la sorte pour qu’on les reconnaisse. Après l’échec de l’exercice, il est clair que mentalement notre héros n’est pas apte à se voir confier des missions. Qu’à cela ne tienne. À peine 15 minutes après le commencement de l’épisode, Christina est à court d’hommes et l’envoie sur le terrain et soudainement son anxiété disparaît.

Quant à la profondeur des personnages, là encore on s’en tient au minimum. Le simple fait de voir Bryan en deuil puis flirter avec Asha (Brooklyn Sudano), l’amie de Cali ou plus tard d’apprendre que l’on a découvert une tumeur au cerveau Christina ne suffit pas à provoquer notre empathie à leur égard. En fait, l’entièreté des personnages est uniforme et sans saveurs.

Un scénario à l’envers

Ce qui pourrait être considéré comme original est à l’inverse terriblement inefficace. C’est que mis à part le premier épisode qui sert de longue introduction, dans les deux suivants, les protagonistes et les téléspectateurs ne connaissent le véritable enjeu de leurs missions qu’en toute fin de récit. Par exemple, dans le second, la crise cardiaque d’un sénateur a été provoquée par un autre politicien qui prenait part au trafic humain de réfugiés. Dans le suivant, la menace terroriste a été commandée par le chef de cabinet du secrétariat à la défense. Son but ? Secouer la présidence afin que le pays entre en guerre contre les islamistes. Le problème est qu’on n’est pas face à une mission dont peu à peu on récolte les indices concernant les auteurs des méfaits : au contraire. On les voit risquer leur vie une raison que l’on ne nous explique qu’à la toute dernière minute. Un argument de plus pour déserter la fiction.

Le premier épisode de Taken a attiré 7,45 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,63 chez les 18-49 ans. Si ce chiffre n’est pas mauvais, tout particulièrement concernant l’audience plus jeune, il faut garder en tête qu’il s’agit d’un départ moins important que Timeless diffusée dans la même case horaire de NBC à l’automne et qui se retrouve en ce moment dans les limbes… très probablement en voie d’annulation. Par contre, à la mi-saison, Taken compte en moyenne  5,85 millions en auditoire avec un taux de 1,20, soit, légèrement au-dessus de la précédente. Là encore, le renouvellement ou l’annulation devrait se faire attendre.

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