Sun Records (2017) : on se perd dans la composition

Sun Records est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la fin février sur les ondes de CMT aux États-Unis. Le personnage principal est Sam Phillips (Chad Michael Murray) qui en 1949 déménage avec sa famille au à Memphis au Tennessee. Là bas, il décide d’ouvrir un studio d’enregistrement à la fine pointe de la technologie qu’il gère avec son assistante (et éventuellement maîtresse) Marion Keisker (Margaret Anne Florence). Les débuts sont lents, d’autant plus que Sam est de son temps et qu’il a une prédilection pour le rock n’ roll ; un genre encore naissant. Néanmoins, en parallèle l’on voit plusieurs futurs chanteurs tels Elvis Presley (Drake Milligan) qui pour la plupart en pleine adolescence aspirent à de grandes carrières, ce qui se confirmera dans l’avenir. Série tout à fait dans les cordes de la chaîne câblée CTM, Sun Records a pour vilain défaut de ratisser beaucoup trop large pour des épisodes qui durent à peine plus de quarante minutes chacun. Sinon, on peut déplorer une mise en scène un peu trop fleur bleue et une utilisation de la musique bien maladroite.

Des perles rares à découvrir

C’est évidemment en raison de sa passion que Sam investit à peu près tout ce qu’il a pour la construction de son studio, mais disons qu’au départ, les gens ne se bousculent pas à sa porte mis à part quelques chanteurs proprets aux mélodies lancinantes. Par contre, il a la chance d’enregistrer un disque pour un certain B.B. King (Castro Coleman), mais les profits ne sont pas au rendez-vous. En plus e manquer de liquidités, il éprouve des problèmes de santé mentale (d’ailleurs, avant l’âge de trente ans il subira deux traitements par électrochocs) qui inquiètent de plus en plus son épouse Becky (Jennifer Holland). En parallèle ont fait la connaissance avec Elvis alors qu’il peine à s’entendre avec son père qui porté sur la bouteille a bien hâte de voir son fils se trouver un « vrai » emploi. Pendant ce temps en Arkansas nous avons un jeune Johnny Cash (Kevin Fonteyne) qui même lorsqu’il se rend en Allemagne pour servir dans l’armée de l’air de son pays trouve le moyen d’épater tout le monde en chantant accompagné de sa guitare. Sinon, en Lousiane nous avons le beaucoup plus jeune Jerry Lee Lewis (Christian Lees) qui ne pianote pas, mais tape sur son clavier, ce qui enrage entre autres le prêtre local. Enfin, notons la présence d’Eddy Arnold (Trevor Donovan) qui connaît déjà un certain succès musical et avec les filles, mais à l’opposé, les rapports sont de plus en plus tendus avec son agent le Colonel Parker (Billy Gardell).

Comme on peut le constater, il y a beaucoup de personnages pour malheureusement pas assez de temps d’antenne. C’est incompréhensible lorsqu’on prend en compte que dans son résumé officiel, la production Sun Records nous indique que la série porte sur cette date célèbre qu’est le 4 décembre 1956. Ce jour-là, Jerry Lee Lewis est invité audit studio d’enregistrement afin de travailler avec le pianiste Carl Perkins alors qu’Elvis et Johnny Cash débarquèrent à l’improviste. Le résultat : un disque unique que l’on nommera le Million Dollar Quartet. Or, après trois épisodes, c’est à peine si les personnages ont évolué et c’est sans compter l’ajout de péripéties d’autres chanteurs célèbres qui n’ont rien à voir avec cet événement unique. Conséquence : le traitement de chacun d’eux est très superficiel. Dans la même veine, les symptômes de la maladie mentale dont souffre Sam peinent à nous émouvoir. D’ailleurs, la scène où on le voit en pleine nuit essayer de repasser sa chemise comme un somnambule nous apparaît plus ridicule que dramatique. Et au lendemain de sa première nuit en tête à tête avec Marion, il rentre chez lui sur la pointe des pieds au petit matin.  Il se couche sur le divan pour que sa femme ne se doute de rien, mais la musique badine qui accompagne la scène le fait plus passer pour un coquin qu’un goujat. C’est plus insignifiant encore lorsqu’on se concentre sur les amours brisés de Johnny Cash et d’Elvis au lieu de s’attarder à leurs débuts en tant que musiciens.

Le Sud des années 50

À l’opposé, s’il y a un thème sur lequel on met beaucoup l’accent c’est bien celui du racisme. Années 50, états du sud : on ne s’étonne même pas d’entendre de la bouche de certains personnages le mot « nigger ». Par contre, Sun Records se donne un peu trop bonne conscience lorsqu’elle tente de dépeint toutes ces injustices et c’est là que se fait le plus sentir « l’actualité 2017 ». C’est que tous les jeunes chanteurs incluant Sam font preuve d’une étonnante ouverture d’esprit à l’égard des Noirs qu’ils côtoient. Cela peut se justifier en partie pour Elvis puisqu’on le voit fréquenter une église protestante afro-américaine en raison de son attirance pour le gospel. Par contre, le fait qu’il devienne du jour au lendemain persona non grata parce qu’il a été vu sur le perron d’une église en train de seulement converser avec ces gens est exagéré. Du côté de Sam, plusieurs artistes de couleur se pointent à son studio et il les accueille à bras ouverts, pensant même dans le cas de certains qu’ils deviendront d’immenses stars. La réalité est un peu moins rose. En entrevue quelques années plus tard, le producteur a d’ailleurs avoué, bien conscient de la loi du marché : « I always said that if I could find a white boy who could sing like a black man I’d make a million dollars. » De toute façon, c’est à se demander pourquoi on met tellement d’accent sur cet enjeu, quitte à négliger le portrait des quatre chanteurs (blancs) que l’on veut en principe nous présenter ici.

Et parlant de musique, ironiquement avec Sun Records on ne peut qu’en déplorer le trop-plein. En effet, entre les différents morceaux qu’enregistre Sam, la présence de notes de fond pour accompagner l’action et celle qui inspire nos chanteurs, c’est à peine si on entend ces derniers fredonner, ce qui est assez décevant lorsqu’on prend en compte la prémisse.

Diffusée après Nashville récemment acquise par la chaîne, Sun Records a attiré 970 000 téléspectateurs pour sa première avec un taux de 0,20 chez les 18-49 ans, ce qui est assez bon pour CMT qui est encore novice dans les productions originales. Et malgré une baisse prévisible, à la mi-saison elle conservait toujours 674 000 fidèles avec un taux de 0,15.

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