Chicago Justice/The Blacklist : Redemption (2017): les spin-off de NBC

Chicago Justice est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début mars sur les ondes de NBC. Il s’agit de la quatrième franchise de Dick Wolf après Chicago Fire, Chicago PD et Chicago Med. Ici, on y suit l’avocat Peter Stone (Philip Winchester) et son assistante Anna Valdez (Monica Barbaro) qui chaque semaine doivent prouver la culpabilité des accusés en tant que procureurs de la ville. De son côté, The Blacklist Redemption, composée de 8 épisodes et lancée à la fin février est un spin-off de The Blacklist diffusé sur la même chaîne. On y suit Tom Keen (Ryan Eggold), le mari de Liz (Megan Boone) dans la série précédente qui après la supposée mort de son père joint l’Halcyon, une agence d’espionnage ayant des contacts directs avec le FBI. Quelques minutes seulement après avoir entamé ces deux pilotes, on ne peut s’empêcher de rager contre NBC du fait qu’elle tient pour acquis que les téléspectateurs connaissent du bout des doigts les séries dont les personnages sont issus. En plus d’avoir le sentiment d’être complètement perdu, les histoires respectives semblent écrites à la va-vite sur le coin d’une table, prouvant par là le simple exercice mercantile des cotes d’écoute, au détriment d’une quelconque qualité sérielle.

Chicago Justice : des enquêtes sorties du grenier

Peter et Anna sont assistés d’Antonio Dawson (Jon Ceda) et de Laura Nagel (Joelle Carter), des enquêteurs du service de police de la ville qui les aident à fournir des preuves de la culpabilité ou non des individus traduits en justice devant jury. Dans le premier épisode, il s’agit d’un loup solitaire accusé d’avoir mis le feu à une boîte de nuit dans laquelle ont péri 39 victimes. Dans le second, tous à l’exception de nos avocats sont persuadés qu’un homme est mort en prison à la suite de brutalités du policier qui a procédé à son arrestation. Dans le troisième, un jeune blanc est accusé d’avoir tué un musulman strictement en raison de son origine ethnique.

Rien dans ces trois premiers cas n’est susceptible de stimuler l’intellect du téléspectateur avec ce réchauffé scénaristique. Le thème de la brutalité policière a été abordé en beaucoup mieux dans bon nombre de séries au cours des dernières années (Empire (Fox), How to Get Away With Murder et American Crime (ABC), etc.). De plus, on a droit à une fin théâtrale à chaque épisode où le réel coupable craque sous la pression et avoue son crime devant toute la cour, ce qui lui vaut de facto un long séjour en prison. Et au contraire des autres séries de la franchise où chaque casting est composé d’une bonne dizaine de protagonistes réguliers, ici on a seulement droit à un avocat et ce point de vue unique devient rapidement redondant à la longue.

Au niveau du scénario, ce n’est pas vraiment mieux; comme en témoignent ces segments issus du pilote. Dans un premier temps, Anna cherche le motif qui aurait pu expliquer que Dylan (Peter Coventry Smith), l’accusé, soit responsable du feu. Elle y va d’abord avec cette théorie ridicule comme quoi les enfants qui ont été agressés sexuellement (ce qui est le cas ici) auraient plus de chances de devenir des pyromanes à l’âge adulte… Sinon, adepte de répétitions, la mère de l’inculpé affirme en cour à propos de celui-ci : « He was always such a sweet boy. That’s what I called him, my Sweet Boy. » Puis, quelques lignes de dialogue plus tard, elle continue, tout aussi émotive : « That fire, all those kids If Dylan did it, it is my fault. Not his. » Et la juge d’interrompre sa plaidoirie ainsi : « Let’s break for lunch, shall we? »

The Blacklist, Redemption: pour apparemment faire durer le plaisir

Tandis qu’avec l’émission originale de The Blacklist, la prémisse est assez simple (le FBI qui travaille avec un ancien criminel qui l’aide chaque semaine dans les enquêtes), on semble s’être surpassé dans Redemption avec un scénario aussi compliqué que tiré par les cheveux. L’on sait que Tom a disparu en 1988 alors qu’il était encore gamin et qu’après d’infructueux séjours en maisons d’accueil, il a été recruté à l’âge de 14 ans pour être formé en tant qu’agent secret. La série s’ouvre dans le temps présent avec l’annonce de la mort de son père Howard (Terry O’Quinn) qu’il a à peine connu. Censé se rendre à New York pour des détails concernant le testament, Tom a droit à toute une surprise : c’est Howard en personne qui est devant lui. Il a été rescapé de l’accident dont il a été victime et étant donné qu’il était le patron de l’Halcyon, il est persuadé que c’est sa femme Susan (Framke Janssen) qui l’a assassiné pour en prendre les commandes. Il demande donc à son fils de s’y faire admettre en tant qu’espion. Or, cette dernière n’est nulle autre que la mère de Tom. Lui est au courant, elle non. L’enjeu (on ne peut plus tordu) est de savoir à qui il fera confiance.

Le problème est justement là avec Redemption : on y va d’un point de départ à peine croyable qui nous est expliqué en moins d’une minute, mais tout ça n’est qu’un prétexte pour aller de l’avant avec les espionnages de la semaine. Ainsi, toute profondeur est exclue du tableau et c’est à peine si Tom réagit lorsqu’il se trouve devant un père qu’il n’a pas vu depuis près de trente ans. C’est encore plus pathétique au cours de la première mission. Susan et lui dansent ensemble dans un bal et elle lui montre sa cuisse où se trouve un gadget censé l’aider pour la suite des événements. Il le prend doucement et d’un ton séducteur, elle le regarde et lui dit : « You really know how to push my buttons. » Et c’est à peine s’il réagit pendant que sa propre mère lui fait des avances! Cette froideur n’est pas du tout dans l’ADN des personnages, mais plutôt due à la médiocrité du scénario, et ce, dès le départ. Lorsque Tom apprend que son père est en vie et sa mission, il téléphone à sa femme Liz. La conversation va comme suit : « (T) More like my estranged, dead father isn’t dead. » (L) « What? »(T) « He’s alive and paranoid. He wants me to go undercover in the company he created. Uh, back up. » (L) « What are you talking about, he’s not dead? » (T) « He says my mother tried to kill him, so he faked his own death. » (L) « What did he mean, he wants you to go undercover? » On comprend que le temps presse, mais la conversation passe du coq à l’âne et au vu des paroles au ton monotone qui sont échangées, c’est comme s’il lui annonçait qu’il partait faire l’épicerie.

En fait, tout n’est prétexte qu’à d’interminables poursuites et cascades en tout genre. Mentionnons les plus ridicules : pour faire compliqué, ils se rendent dans les égouts et y percent un trou afin de kidnapper l’informatrice qui se retrouve au-dessus de leur tête en train de nager dans une piscine… Plus tard, ils secourent une dame, mais découvrent que l’on a placé une bombe dans son corps. Dans le plan suivant, on voit Tom les mains en sang qui lui a ouvert l’estomac (elle est allongée, parfaitement consciente) et qui tient l’engin explosif. Le hic, c’est qu’elle est reliée à deux fils (lesquels se rendent jusqu’où ???) : un rouge et un bleu. Lequel couper ? Le dilemme est un classique…

… des stratégies de programmation bancales

À l’heure où les séries se multiplient chaque année, conserver un gros auditoire est de plus en plus difficile pour les networks. L’innovation représente tout simplement trop de risques si bien qu’on y va de séries dérivées de films, de remake d’anciens succès et dans le cas qui nous intéresse, des spin-off. On l’a vu avec The Good Fight (CBS All Access), la stratégie fonctionne en grande partie parce qu’on ne s’adresse pas seulement aux initiés de The Good Wife. Dans The Blacklist : Redemption et Chicago Justice, c’est tout le contraire. Pire encore, avec cette dernière diffusée un mercredi, il fallait avoir écouté avant dans la même soirée un épisode de Chicago Fire à 20 h, un de Chicago P.D. à 21 h pour pouvoir suivre la nature du procès à 22 h. Ceux qui avaient un autre horaire télé n’avaient qu’à en pâtir et se contenter d’une petite récapitulation d’une dizaine de secondes pour comprendre de quoi il en retournait. Certes, les cross-overs ont quelque chose d’intéressant et il est facile avec ces franchises de Dick Wolf de faire cohabiter des pompiers, médecins, policiers et avocats d’une même ville. Par contre, on aurait pu attendre à plus tard dans la saison une fois la machine de la nouveauté huilée. Dans le cas de Redemption, c’est tout aussi aberrant puisque le lien avec la série dont elle est issue est superficiel au plus haut degré. En effet, mise à part la petite introduction avec Liz mentionnée plus haut, il semble que Tom qui se trouve dans une autre ville accepte tout simplement de commencer une nouvelle vie : au diable sa femme et sa jeune fille.

Ces spin-off posent aussi un autre problème concernant les ventes à l’étranger, puisqu’en toute logique, c’est le même réseau qui devrait toutes les acheter question de cohérence scénaristique. Ce n’est pas le cas par exemple au Québec alors que la chaîne V diffuse Chicago P.D. tandis que sa concurrente TVA a acquis Chicago Fire. On fait quoi pour les cross-overs ? Là aussi, c’est le téléspectateur qui est perdant.

Au niveau des cotes d’écoute, le succès se trouve du côté de Chicago Justice et cela tient honnêtement du miracle ne serait-ce qu’en raison de son horaire pour le moins confus. En effet, le premier épisode diffusé un mercredi attiré 8,73 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,68 chez les 18-49 ans. Le second présenté un dimanche (sa case régulière) a rassemblé un auditoire de 7,21 M (taux de 1,4) et le troisième diffusé le mardi suivant, 6,07 M (taux de 1,3). En gros, ces chiffres sont dans la moyenne des autres franchises « Chicago ». À l’opposé, pour The Blacklist : Redemption, c’est un vrai désastre. Seulement 4,25 millions de téléspectateurs ont regardé le premier épisode (taux de 0,79), 4,76 M (taux ce 0,97) répondaient encore à l’appel pour le second et 3,69 M (taux de 0,70) pour le troisième. Peu de chances qu’il y ait une suite, pour notre plus grand plaisir…

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