Bellevue (2017) : « priez pour les pauvres pêcheurs »

Bellevue est une nouvelle série de huit épisodes qui est diffusée depuis la fin février sur les ondes de CBC au Canada. L’action se déroule dans un petit village au nord de l’Ontario alors que le chef de police Peter Welland (Shawn Doyle) et la détective Annie Ryder (Anna Paquin) sont à la recherche de Jesse (Sadie O’Neil), la star de son équipe de hockey locale qui a disparu du jour au lendemain. La communauté étant très religieuse, le fait que de bouche à oreille l’on ait appris qu’il était transgenre n’est sûrement pas à prendre à la légère, d’autant plus que cette disparition ressemble en plusieurs points à une autre survenue 20 ans plus tôt et qui n’a jamais été résolue. Après Pure qui nous faisait entrer au cœur d’une communauté de mennonites forcée à travailler dans le commerce de la drogue, voilà qu’avec Bellevue, CBC nous montre le côté le plus sombre de la catolocisme intimement reliée à cette affaire judiciaire. Si justement l’on se sert habillement de la religion qui apporte beaucoup de profondeur à l’enquête, à la longue, on en a assez de cette représentation négative et clichée du catholicisme de la part des Anglo-Saxons.

Entre damnation et salvation

Jusqu’à tout récemment, Jesse était la coqueluche de son équipe de hockey et surtout de Tom Edmonds (Vincent Leclerc), son coach. Ces derniers mois, il s’est de plus en plus affiché publiquement avec des vêtements féminins, ce qui a fait ressortir le pire de ses supposés copains et de son entourage. Au cours de son enquête, Annie découvre que la religion (et l’intolérance qui va avec) qui fait partie de l’ADN de son village est directement en lien l’enlèvement ou le meurtre du jeune homme, ce qui lui rappelle d’affreux souvenirs. En effet, il y a 20 ans, une fillette a été retrouvée assassinée alors qu’elle était déguisée en vierge Marie (elle participait à une séance d’essayage pour un concours). Pire encore, Clarence (Patrick Labbé), le père d’Annie qui était aussi détective s’est suicidé après avoir échoué à attraper le meurtrier. Mais voilà que l’enquête présente prend une tournure bizarre puisqu’un être anonyme envoie quotidiennement des devinettes à Annie qui l’aident à questionner les témoins appropriés, l’orienter vers des suspects potentiels, etc. Maintenant, c’est à savoir si cet individu est en fin de compte un bon samaritain ou tout simplement mêlé au crime.

« Sick people should be helped » : c’est la phrase que prononce l’une des amies de Jesse lorsqu’elle revient sur le dernier soir où on l’a vu en vie. Paroles étranges provenant d’une adolescente alors qu’elle considère l’identité sexuelle de son ami comme étant une effroyable tare. En fait, mis à part quelques loups solitaires, c’est tout le village qui se dit maintenant ouvertement dégoûté par celui qu’il encensait lorsqu’il était sur la glace. Par ricochet, chacun d’eux devient un suspect potentiel. C’est d’abord le père Jameson (Joe Cobden), le premier à avoir culpabilisé Jesse qui désormais organise une battue pour le retrouver et juste avant, il rassemble ses gens pour une prière publique. À l’opposé, Annie fait plus ample connaissance avec Tom dont le machisme exubérant donne froid dans le dos. Comme dans un rituel, lui et ses joueurs se rendent dans les bois où ils se cognent dessus afin de ramener leur testostérone à niveau. Ensuite, ils s’enduisent le visage du sang de leurs coéquipiers. Ces pratiques, barbares ou institutionnalisées servent justement le scénario où le mystique côtoie d’un peu trop près le réel.

En effet, ce n’est pas les interrogatoires des suspects qui jusqu’ici font le plus évoluer l’enquête. C’est plutôt les indices ici et là qui justement viennent renforcer l’emprise de la religion sur ces âmes, quitte à ce que l’une d’elles pette les plombs. Par exemple, au premier épisode, Annie retrouve la statue d’un berger à moitié maquillée dans une hutte abandonnée, faisant évidemment référence à Jesse. Ensuite, d’autres indices lui font croire qu’il aurait pu avoir recours à une thérapie de conversion à l’aide d’électrochocs, un genre d’autoflagellation des temps modernes. Puis, on retrouve dans une église un tableau de Joseph tenant l’enfant Jésus dans ses bras alors que quelqu’un y a rajouté avec de la peinture rouge un poignard dans le dos de ce dernier. Or, le père de Jesse est mort… Contrairement à Paranoid d’ITV où les indices laissés par un inconnu n’apportaient pas grand-chose à l’histoire, dans Bellevue, toutes ces métaphores s’imbriquent à la perfection avec ce qui nous est montré à l’écran. En effet, les versets de la Bible sont délibérément flous afin de faire réfléchir son lecteur sur comment adapter la parole divine à son propre quotidien. C’est la même chose avec l’enquête alors que l’on nous présente l’antithèse du « aimez-vous les uns les autres ». D’ailleurs, un des premiers plans de la série nous montre que l’affiche de la ville a été vandalisée : au lieu d’y lire Bellevue, il est écrit Hell vue

La religion et ses clichés

Dans les séries, qu’elles soient réalisées par les Britanniques (Midwinter of the Spirits (ITV)), les Américains (The Exorcist (Fox), The Outcast (Cinémax), One day at a Time (Netflix), Jane The Virgin (The CW), etc.) et présentement au Canada avec Bellevue, le point de vue anglophone protestant n’est pas tendre à l’égard des catholiques, loin de là. Qu’il s’agisse d’exorciser les démons, de demeurer chaste jusqu’au mariage, d’aller à la messe tous les dimanches, de porter son crucifix autour du cou ou encore d’avoir une peur bleue du divorce : on dépeint ces croyants comme étant des arriérés à la fois prudes et décadents, au point où l’on pourrait quasiment parler de discrimination. Pourtant, s’il est un sujet qui crée d’énormes tensions entre les pays ces derniers temps, c’est bien la religion. Les protestants ont beau dénigrer les autres, aux États-Unis surtout, la pudeur à l’écran est plus que légendaire. Rien que récemment, on apprenait que des cinémas aux États-Unis refusaient de présenter la nouvelle version de La Belle et La Bête de Disney en raison de l’orientation sexuelle (assumée) de l’un de ses personnages. Sinon, un simple baiser entre deux femmes d’une reprise d’un film de 1999 a été censuré sur une chaîne câblée. Et c’est sans parler de ces célèbres ébats amoureux avec les dames qui gardent leur soutien-gorge…

Le premier épisode de Bellevue a attiré 488 000 téléspectateurs en direct, ce qui est assez décevant pour le diffuseur public, d’autant plus qu’en troisième semaine, l’auditoire à l’écran passait sous la barre des 300 000. Il est vrai par contre que le thème « nordic noir » avec des policiers à la recherche d’un probable tueur en séries était exploité en même temps sur la chaîne concurrence CTV avec Cardinal, laquelle avait plusieurs semaines d’avance. On a beau apprécier qu’il y ait de plus en plus de séries originales canadiennes, ce serait encore mieux si l’offre était diversifiée. Heureusement, Anne arrive dans quelques jours sur nos écrans…

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