Imposters (2017): un 2 en 1

Imposters est une nouvelle série d’apparemment neuf épisodes qui est diffusée depuis le début février sur les ondes de Bravo aux États-Unis et W Network au Canada. Le premier plan du pilote nous montre Ezra (Rob Heaps), en pleine dépression depuis que sa femme Ava (Inbar Lavi) l’a quitté et vidé son compte en banque. Pire encore, l’amour n’a jamais été au rendez-vous puisqu’elle avait depuis longtemps planifié l’escroquerie avec Sally (Katherine LaNasa) et Max (Brian Benben) ses deux complices. Alors que ce séduisant personnage hydride s’apprête à remettre ça dans un autre État, Ezra et des victimes collatérales décident de partir à sa recherche. Comme son titre l’indique, Imposters est une série qui joue sur l’ambiguïté des sentiments et la série mérite plusieurs points pour son originalité. Par contre, il y a beaucoup trop d’électrons libres dans ce récit et plusieurs brèches au niveau du scénario nous laissent pantois.

Tous des imposteurs

Le jour de son départ en coup de vent, Ava a néanmoins laissé un message sur l’ordinateur d’Ezra. S’excusant à peine, elle le prévient surtout que s’il a envie d’alerter la police, elle a en sa possession des photos compromettantes de son père et de sa maîtresse, ce qui justifie dans un premier temps son silence. Puis, quelques jours plus tard, se présente à son domicile un supposé agent du FBI, Richie (Parker Young) qui lui pose toutes sortes de questions indiscrètes sur sa relation avec Ava. Le masque tombe rapidement et il lui avoue que lui aussi a été marié et plumé par Ava (sous le nom d’Alice dans son cas). D’un commun accord, ils décident de partir à sa recherche. Selon les informations d’un détective privé, ils se rendent à l’endroit où elle séjournerait en ce moment, mais ils tombent sur Jules (Marianne Rendon) qui elle aussi a été mariée à Ava (sous le nom de Maddie)… Pendant ce temps, la principale intéressée est déjà sur le cas de sa prochaine victime : Gary Heller (Aaron Douglas), un irascible patron. Mais voilà qu’Ava semble tomber amoureuse de Patrick (Stephen Bishop) qui comme par hasard a lui aussi beaucoup d’argent en banque.

Le partenaire idéal, la belle maison, les plans d’avenir à long terme et puis tout d’un coup, l’un des deux se rend compte que ce n’était qu’un leurre : Imposters dans sa prémisse ressemble beaucoup à The Catch lancée par ABC au printemps dernier. En effet, malgré la trahison, on sent que la flamme n’est pas totalement éteinte, du moins pour l’un des protagonistes. Étonnamment, bien que la série de Shonda Rhimes dispose d’un budget beaucoup plus imposant, tout comme son casting, elle semble moins réaliste que la nouveauté de Bravo. C’est en grande partie parce qu’elle a tout misé sur le format procédural de ses épisodes, ce qui occasionne un éternel recommencement hebdomadaire dans la relation amoureuse conflictuelle entre elle et lui.

Avec Imposters, le désarroi d’Ezra tient surtout du fait qu’il se racontait à lui-même des mensonges. Ayant toujours rêvé d’aller vivre à Paris et de devenir écrivain, il est pourtant rentré dans le rang en travaillant dans la firme de ses parents. Lors d’une discussion avec une collègue, il affirme à un certain moment : « She was my Paris » (et ce, bien qu’elle se fasse passer pour une Belge!). En fait, c’est en le berçant d’illusions qu’elle l’a conquis, ce qui s’est manifestement aussi produit pour Richie et Jules. Si la chute une fois qu’elle les a quittés n’en est que plus brutale, ces amoureux esseulés apprennent néanmoins au contact l’un de l’autre à s’endurcir et même à devenir comme elle en tentant d’extorquer quelques badauds qu’ils rencontrent au cours de leurs escapades. Mais ils ont beau prendre de l’assurance, qui sait comment ils réagiront une fois qu’ils l’auront retrouvée?

Cette double personnalité caractérise aussi celle qu’il faut se limiter à nommer Ava. Certes, elle berne tous les hommes qu’elle rencontre et avec son nouveau patron, Gary, on peut la voit à l’œuvre au jour le jour. Mais à l’inverse de ses ex, on sent la jeune fille désarmée lorsqu’elle côtoie Patrick. Nous fait-on le coup de l’arroseur arrosé ? En même temps, Imposters n’en est pas à une surprise près et il serait bien possible qu’elle décide de se servir de Patrick sans en parler à ses partenaires afin d’empocher le magot à elle seule.

Beaucoup de monde à table

En fait, si on doute des intentions réelles d’Ava quant aux deux nouveaux hommes de sa vie, ce n’est pas parce qu’elle est une manipulatrice hors pair, mais plutôt en raison d’un scénario faiblard par moments. C’est qu’en multipliant les personnages trop rapidement, on ne peut se rattacher qu’à l’archétype qu’ils représentent (la femme fatale, le sensible, le macho, etc.). Conséquence, on ne bâtit pas assez sur l’amitié d’Ezra, Richie et Jules et c’est à peine si on les voit évoluer au troisième épisode. De plus, on ne sait trop si les scènes avec leurs tentatives de devenir des escrocs comme Ava sont là pour nous faire rire ou si elles sont tout simplement mal écrites. C’est qu’ils se mettent d’abord dans l’idée de voler la carte de crédit d’un homme qui fait le plein d’essence alors qu’il est de notoriété que les stations de ce genre ont des caméras partout. Plus tard, c’est le portefeuille d’un vieillard dans un restaurant, mais ils font tellement de simagrées qu’ils s’attirent tous les regards, ce qui rend leur objectif pour le moins inutile. Du côté d’Ava, on a beau se réjouir de la présence de Katherine LaNasa et de Brian Benben au casting, mais leur apport au récit est insignifiant et de toute façon, notre attention est vite saturée.

D’une part, on a les intrigues à la sauce gangster entourant Ava et l’arrivée surprise d’Uma Thurman dans le rôle de la mystérieuse Lenny Cohen. De l’autre, on a les trois mousquetaires : des gens « normaux » qui s’embarquent dans un road trip qui promet d’être riche en rebondissements. Le problème est qu’au niveau du scénario, on ne sent pas de fusion entre ces deux histoires qui évoluent trop en parallèle. En fait, chacune d’elle regorge tellement d’éléments narratifs que l’on aurait pu en créer deux tout à fait indépendantes. Par chance, jusqu’ici chaque épisode s’est terminé sur d’incroyables cliffhangers, ce qui nous a convaincus de poursuivre l’aventure, mais pour combien de temps ?

Le premier épisode d’Imposters a attiré 655 000 téléspectateurs avec un taux de 0,21 chez les 18-49 ans. C’est assez comparable aux audiences de Girlfriend’s Guide to Divorce sur la même chaîne qui entamera éventuellement une cinquième saison. De plus, la nouveauté de Bravo a la chance d’avoir tout de suite trouvé son public puisqu’après trois diffusions, c’est à peine si les chiffres ont bougé : une moyenne de 648 000 téléspectateurs avec un taux de 0,22.

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