When we Rise (2017) : du passé au présent

When we Rise est une nouvelle série événement de 8 épisodes diffusée du 27 février au 3 mars sur les ondes d’ABC aux États-Unis. Du début des années 70 jusqu’à aujourd’hui, on s’intéresse au destin de trois personnages principaux : Roma Guy (Emily Skeggs), Ken Jones (Jonathan Majors) et Cleve Jones (Austin P. McKenzie) trois jeunes qui découvrant leur homosexualité, deviendront, quelquefois malgré eux d’importants activistes dans la lutte constante pour la reconnaissance des droits des LGBT. En partie inspirée du livre de ce dernier, When we Rise : My Life in the Mouvement, la série éponyme d’ABC nous offre un portrait saisissant d’une société qui sous des airs d’apparente modernité est demeurée rétrograde à plusieurs égards. C’est justement ces fissures dans les murs du conservatisme auxquelles on assiste et qui nous font réaliser surtout qu’il ne faut jamais rien tenir pour acquis.

Des luttes fragmentées pour une seule cause

Nous sommes donc en 1971 alors que le magazine Life vient de publier sa célèbre édition « The Year in Pictures » relatant les faits marquants de l’année, incluant les nombreuses manifestations au pays concernant les droits des homosexuels, lesquels ne cessent d’être harcelés par la police. Cette édition a dû faire grand bruit puisque tous les protagonistes l’ont en leur possession, où qu’ils soient dans le monde à cette époque. Il y a d’abord Roma qui se trouve au Togo aux côtés de sa copine Diane (Vanessa Ross) dans une organisation humanitaire, Ken qui est un marines est en mission au Vietnam tandis que Cleve vit toujours chez ses parents en Arizona. Éventuellement, San Francisco devient leur terre d’accueil : que ce soit par conviction politique pour Roma (elle rejoint le mouvement N.O.W. (National Organization for Women)), du travail pour Ken (il y est muté) ou d’une évasion dans le cas de Cleve. Toujours est-il qu’ils finissent par se rencontrer à la fin du second épisode et il est aisé d’affirmer que leur parcours sera tout aussi long que parsemé d’embuches.

Alors qu’en pleine Guerre froide l’U.R.S.S. était démonisée de toutes parts, on se rend rapidement compte qu’aux États-Unis, ce soi-disant pays de la liberté, la propagande aussi a longtemps fait son bout de chemin. Puis, le moule rigide dans lequel on a voulu imposer le mode de vie modèle est carrément en train d’imploser. En ce sens, When We Rise emprunte le genre chorale puisqu’au départ, on voit les protagonistes évoluer chacun de leur côté avec des revendications bien distinctes, mais qui sont elle-même entravées par leur orientation sexuelle. Il s’agit d’un double « problème » en somme et qui illustre bien une dichotomie pas nécessairement flatteuse quant à la communauté gaie.

Par exemple, Roma milite dans un premier temps quant à l’égalité des sexes, mais elle déchante vite lorsque le N.O.W. affirme ne pas vouloir accueillir en son sein des lesbiennes; lesquelles apporteraient plus d’un grain de sable dans l’engrenage en raison des préjugés. À cause de cette discrimination à l’intérieur d’une autre, ses amies se font aussi le relais de l’exclusion puisqu’elles refusent que des hommes qui supportent leur cause se joignent à elles.

Le dilemme est le même concernant Ken. Ayant eu un amant alors qu’il était dans la marine, à court terme, il cherche réconfort dans la religion qui l’a guidée depuis l’enfance, mais qui désormais le rejette en raison de ses préférences sexuelles. Afro-américain, il doit aussi lutter contre le racisme encore bien présent autant dans l’armée que dans le milieu homosexuel, comme en témoigne cette scène où dans un bar gai, on refuse de lui servir un verre.

Reste Cleve où la reconnaissance et l’acceptation de l’homosexualité a toujours été son cheval de bataille. Très tôt il sort du placard, mais son père qui est médecin lui donne le choix : acquiescer à se faire « soigner » ou quitter le nid familial. C’est la deuxième option qui prime pour le jeune homme, mais les conséquences de cette décision nous chavirent. Le protagoniste a beau s’établir à San Francisco, les conditions de vie pour les gais sont exécrables. Pour survivre, il n’a d’autre choix que de se prostituer et la brutalité policière est omniprésente. Pire encore, il est tout bonnement discriminé par un politicien ouvertement gai parce que là encore, il ne rentre pas dans le moule (pas assez d’études, les cheveux trop longs, etc.). Racisme, machisme, homophobie : il y a manifestement beaucoup de haine au pays de l’oncle Sam et c’est au moment où tous ces protagonistes se rencontrent qu’ils réalisent que leurs causes respectives sont intrinsèquement liées et qu’ils en ont particulièrement contre la dictature de l’homme hétérosexuel blanc.

Une œuvre majeure, mais un public moins présent

Avant d’en avoir fini le visionnement, on peut dès lors affirmer que When We Rise a tout pour se hisser au sommet des séries cultes, dans la même veine que Roots avec l’impact qu’elle a eu sur la communauté afro-américaine. En effet, ici aussi, on a droit à une sorte de lutte contre l’asservissement, un genre de David contre Goliath se déroulant sur plusieurs décennies. De plus, c’est le créateur Dustin Lance Black et le réalisateur Gus Van Sant qui renouvellent ici leur collaboration après le film Milk, doublement oscarisé en 2009. Et à en juger par la participation de grosses pointures d’Hollywood tels Whoopie Goldberg, Rachel Griffiths, Mary-Louise Parker, nul doute qu’il s’agit là d’un projet transcendant la simple fiction traditionnelle. Justement, When We Rise est beaucoup plus qu’un format nostalgique et nous démontre surtout que les acquis peuvent s’avérer bien fragiles, et ce, peu importe l’époque. On part donc de la reconnaissance et de la décriminalisation pures et simples de l’homosexualité, mais ensuite on s’engage dans une lutte contre le sida (et l’inactivité de l’administration Reagan), du droit au mariage, à l’avortement, à l’adoption, etc. Ces derniers acquis qui avec la présidence de Trump pourraient être remis en question.

En ce sens aussi, la série véhicule des valeurs universelles propres à toucher toutes les générations pour des raisons différentes. Étant donné de la qualité autant de son contenant que de son contenu, on serait porté à croire à un grand succès d’écoute, mais pas vraiment. Le premier épisode de la soirée du 27 février a attiré 3,26 millions de téléspectateurs avec un taux de 0,80 chez les 18-49 ans tandis qu’au second diffusé tout de suite après, ils étaient encore 2,64 (taux de 0,60). Plusieurs raisons peuvent expliquer cette performance à peine correcte. Dans un premier temps, la stratégie de diffusion en rafale d’ABC a quelque chose d’alléchant, mais les concurrents eux conservent pendant ce temps leur programmation régulière (et les téléspectateurs qui vont avec). Dans un deuxième temps, la fiction a été interrompue le lendemain même par un discours du président devant le Congrès américain, si bien que la finale n’aura lieu un jeudi, mais bien un vendredi : une soirée peu prisée pour la télévision en général. Enfin, et c’est peut-être le plus triste, il ne faudra pas s’attendre de sitôt a des cotes d’écoute mirobolantes si le thème principal d’une série est l’homosexualité. On l’a vu avec Empire qui malgré ses performances phénoménales n’intéresse en grande majorité que les Afro-américains. When We Rise souffrirait de cette même étiquette « de niche » alors qu’il s’agit là d’une histoire portant sur les droits les plus élémentaires d’une nation civilisée. Là encore, les préjugés sont tenaces…

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