Legion (2017) : une genèse compliquée

Legion est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le début février sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada. L’action démarre dans un hôpital psychiatrique alors que le personnage principal, David Heller (Dan Stevens) y moisit depuis plusieurs années. Diagnostiqué schizophrénique, les multiples thérapies ne semblent avoir aucun effet sur lui. Éventuellement, l’on découvre que ce dernier n’est peut-être pas atteint de troubles psychologiques, mais est plutôt doté de pouvoirs surnaturels dont la télékinésie et la télépathie. Dès lors, le jeune homme devient l’objet de convoitise de deux groupes distincts qui entendent se servir de lui, mais dans quel but ? Après toutes ces années, FX devait bien être l’une des dernières chaînes à ne pas encore avoir son adaptation d’une bande dessinée, dans ce cas-ci, Marvel. Paradoxalement, la série a pour avantage de ne ressembler en rien à celles de ses concurrentes introduites un peu partout sur les différents réseaux et dans un premier temps, cet éloge à la folie est tout simplement sublime. Mais à long terme, on a l’impression de tourner en rond et la magie finit par ne plus faire effet.

 

Schizophrène ou mutant ?

Dans un monde à peine réel dans lequel David est englué depuis six ans après une tentative de suicide, une présence changera sa vie du tout au tout : Sydney Barrett (Rachel Keller). Cette jolie jeune blonde vient tout juste d’être admise dans le même établissement que lui et ils tombent amoureux. Un jour, elle disparaît : officiellement, elle a reçu l’approbation des médecins pour sortir de là. Sur ces entrefaites, il est interrogé par des agents du gouvernement appartenant à la « Division 3 » qui se spécialise dans l’étude des mutants. En fait, dès le début ils ont compris qu’il était un être avec des dons exceptionnels et ils comptent bien se servir de lui pour arriver à leurs fins. Puis, voilà que David, avant même d’avoir le temps de réaliser ce qui se passe est secouru par le scientifique Cary Loudermilk (Bill Irwin) et Ptonomy Wallace (Jeremie Harris), un thérapeute qualifié de « d’artiste de la mémoire ». Avec Sydney qu’il retrouve, ils se réfugient au laboratoire Summerland dirigé par Melanie Bird (Jean Smart) et avec ses acolytes, elle tente de l’aider à développer ses pouvoirs. La Division 3 ne reste pas inactive et kidnappe Amy (Katie Aselton), la sœur de David afin de retrouver sa trace.

Au cours des dernières années, FX est venue en quelque sorte prendre le relais de la chaîne HBO (pour moins cher l’abonnement en bonus !) en nous offrant des séries de qualité se démarquant efficacement de la concurrence. Cette adaptation de Marvel ne fait pas exception à la règle et dans un premier temps, on est littéralement séduit par ce que l’on voit à l’écran. Membre des X-Men, David (ou Legion, son nom de superhéros) dans les bandes dessinées se sert de ses différents pouvoirs évoqués et dépendamment de qui il doit combattre, sa personnalité aussi bien physique que mentale se métamorphose.

Dans cette adaptation télévisuelle, on a droit en quelque sorte à la genèse du personnage et la folie dont on le croit atteint nous est admirablement bien rendue à l’écran au point où l’on pourrait qualifier Legion de série poétique.  Rien que le montage du début vaut son pesant d’or alors qu’on voit défiler dans une succession de plans la jeunesse de David : de l’enfance où sa supériorité intellectuelle ne fait aucun doute, jusqu’à l’adolescence où il commence à consommer alcool et drogues pour faire taire les voix qui assaillent son cerveau. Cette constante fuite en avant à l’aide de stupéfiants envoie directement dans les limbes le protagoniste qui semble incapable d’en sortir. Par exemple, lorsque Sydney effectue son entrée dans l’établissement, l’on voit derrière elle un cadre avec un paysage bucolique qui s’étend à perte de vue. En incluant le fait qu’elle se refuse à être touchée par quiconque, c’est à se demander si elle est tout simplement réelle… Et même lorsqu’il est secouru par l’équipe de Mélanie, ses souvenirs les plus troublants lors des thérapies se situent à la fête d’Halloween, où tous portent un masque. En prenant en compte la mise en scène qui navigue entre un style très moderne et plusieurs éléments nous ramenant aux années 60, l’impression d’intemporalité se transmet jusqu’au téléspectateur qui entre avec les mêmes interrogations dans ce monde parallèle : celui imaginé par le protagoniste.

 

« Memories within memories : that’s interresting »

C’est la phrase qu’énonce Ptonomy au troisième épisode lors d’un énième voyage extrasensoriel dans le subconscient de David et qui à elle seule illustre à quel point la série s’empêtre dans sa propre prémisse. En effet, les personnages se téléportent dans un souvenir de ce dernier et ils l’observent en train d’avoir lui-même une hallucination. Telles des poupées russes, on ne s’enfonce au lieu de nous apporter un minimum de réponses. Pour preuve, à la fin du premier épisode, on nous montre un avant-goût du prochain à venir. On voit Melanie disant à David qu’il n’est pas schizophrénique et Ptonomy qui lui avoue qu’il est « la clef » dans les opérations à prendre contre les agissements dangereux du gouvernement qui cherche à avoir sa peau. En fait, ce sont là les seules actions concrètes qui s’y dérouleront tandis que pendant environ 45 minutes, la majorité des scènes est consacrée à d’autres hallucinations ou voyages dans son subconscient où l’on n’apprend strictement rien. Parmi ses souvenirs les plus troublants, il y a entre autres la présence inexpliquée d’un gnome obèse et d’un enfant issu d’une bande dessinée intitulée : « The World’s Angriest Boy in the World » dans laquelle le petit garçon tue sa mère et met le feu au village où il vit. Il y a aussi son amie Lenny (Aubrey Plaza) avec qui il se défonçait et qui revient sans arrêt. Elle symbolise les freins du cerveau de David, lequel lutte à s’adonner pleinement aux expériences de Melanie. Mais en quoi ces traumatismes d’enfance servent les plans du laboratoire Summerland dans son combat contre le gouvernement ? Une lutte pour quoi d’ailleurs ? On comprend que la jeunesse difficile de David l’empêche d’accomplir sa mission, quelle qu’elle soit, mais on a cette même « dérive de l’âme » qui continue au chapitre 3 sans que scénaristiquement parlant on ait l’impression d’avancer. C’est bien simple, Legion ressemble de plus en plus à Falling Water d’USA Network, l’une des plus insupportables séries de l’automne. En clair, l’idée seule d’avoir à affronter encore cinq épisodes de ce genre pour se rendre à la résolution de la saison est de moins en moins alléchante.

Au niveau des cotes d’écoute, c’est tout de même encourageant. Le premier épisode a rassemblé 1,62 million de téléspectateurs avec un taux de 0,69 chez les 18-49 ans. Le second en retenait encore 1,13 (taux de 0,53) et le suivant 1,04 (0,49). Avec cette moyenne, Legion se compare présentement à Fargo, laquelle est renouvelée pour une troisième saison et Taboo qui a aussi de bonnes chances de l’être. On peut donc considérer la pérennité de cette nouveauté comme très probable, qu’elle fasse du sur-place ou pas.

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