Superior Donuts/ Powerless (2017): la belle et le bête

Superior Donuts et Powerless sont deux nouvelles comédies de 13 épisodes qui ont été lancées le 2 février. La première est diffusée sur les ondes de CBS aux États-Unis et basée sur la pièce de théâtre éponyme de Tracy Letts. Comme son titre l’indique, l’action se déroule dans une beignerie à Chicago alors que son propriétaire Arthur (Judd Hirsch) est à la recherche d’un nouvel employé. C’est finalement Franco (Jermaine Fowler), un jeune artiste qui décroche la place, mais les idées pour revigorer l’établissement quelque peu à la dérive ne sont pas toujours au goût de son patron. De son côté, la seconde est diffusée sur NBC aux États-Unis et CTV au Canada. On nous transporte dans la ville fictive de Charm City où les superhéros et les vilains ne cessent de s’affronter. Emily (Vanessa Hudgens) vient justement d’être engagée à la Wayne Security, une agence de recherche et de développement destinée à créer toutes sortes de gadgets pour protéger les citoyens. Malheureusement, malgré l’optimisme de la nouvelle recrue, il semble bien difficile de motiver les employés pour le moins blasés. Alors que la formule de CBS est très convenue, celle de NBC a le mérite de nous arriver avec une prémisse beaucoup plus originale. Pourtant, c’est la première qui tire son épingle du jeu haut la main.

Superior Donuts : nouvelle tactique de CBS

Il y a plusieurs décennies que la beignerie d’Arthur fait partie du paysage, mais depuis quelques mois, les affaires ralentissent en raison de l’ouverture d’un Starbucks à quelques pas de chez lui. C’est à ce moment qu’entre en scène Franco qui regorge d’idées pour attirer une clientèle plus jeune. Par contre, dans les deux premiers épisodes, il se heurte à la mauvaise fois de son patron, qu’il s’agisse de nouvelles saveurs de beigne ou tout simplement d’un mode différent de publicité qu’il aimerait bien instaurer. Néanmoins, l’affection entre les deux hommes grandit et au troisième épisode, Franco s’inquiète du fait qu’Arthur ait l’habitude de sortir très tôt le matin pour aller chercher son journal. C’est que le quartier est peu sûr et il tente de veiller à sa sécurité.

Après seulement quelques secondes, lorsqu’on voit entrer un couple de policier dans le café d’Arthur, on a presque le réflexe de changer de poste tellement CBS nous a habitué aux mêmes recettes encore avec les clichés qui les accompagnent. Pourtant, à l’image des beignes au gingembre et sriracha de Franco, quelques éléments détonnent de cette nouveauté qui reflètent surtout la ville de Chicago et ses enjeux.

Engluée dans un passé plus glorieux, on aborde dans un premier temps le phénomène d’embourgeoisement auquel Arthur fait face et qu’il ridiculise lorsqu’une jeune cliente passe sa commande : un « grande mocha macchiato. » Le dialogue continue ainsi : (Arthur) « We only sell coffee. » (cliente) « Isn’t that coffee? » (Athrur) « No, that’s Italian for Overcharge me, I’m a pretentious millennial. » ! En fait, c’est presque un miracle de constater qu’après les médiocres Man With A Plan et Kevin Can Wait, CBS ne se soit pas résolue à exploiter que les sitcoms mettant en scène des familles blanches. En effet, à la fin de l’automne, la chaîne lançait The Great Outdoors où on se gaussait du fossé générationnel entre les plus « vieux » et les milléniaux en milieu de travail. En bref, une autre avenue pour s’attirer un public de tous âges, mais différemment. On retrouve ce même concept avec Superior Donuts avec Arthur qui rêve encore au bon vieux temps et qui jalouse quelques fois Franco qui avec ses nouvelles initiatives le font passer pour démodé. Cela s’accompagne bien entendu de certains bons gags, comme lorsque pour concurrencer la récente recette de Franco, son patron crée un nouveau beigne aux cornichons… qu’il baptise le « dilldonut » !

Dans un deuxième temps, on n’oublie pas Chicago et son taux de criminalité élevé et à l’épisode #3, il est question de sécurité. Franco ébranle le sentiment d’assurance d’Arthur en lui prouvant qu’un malfrat n’est jamais bien loin, surtout aux petites heures du matin lorsque ce dernier part prendre sa marche. En fait, le message passe trop bien et Arthur décide de s’acheter un fusil pour se protéger, ce qui à l’inverse contribue à augmenter son sentiment d’insécurité. On ne s’attendait pas à un discours aussi libéral de la part d’une des chaînes les plus conservatrices du pays de l’oncle Sam.

Powerless : justement, il en faudrait

Les superhéros ont beau prévenir la population « normale » de Charm City contre les mauvais tours des méchants, reste que leurs incessants combats font comme victime collatérale la population chaque fois qu’un bâtiment explose, qu’il y a des otages, etc. C’est dans ce but qu’à la Wayne Security, par le biais d’inventions, on cherche à les prémunir contre tous ces dangers. Appartenant évidemment à la famille de Bruce Wayne (alias Batman), c’est son paresseux cousin Van (Alan Tudyk) qui dirige les opérations, mais avec la folie des grandeurs qui l’habite, il délègue la totalité des responsabilités sur ses cadres; la dernière arrivée étant Emily. Pourtant, cette dernière malgré son optimisme inné n’a pas la tâche facile. Dans les deux premiers épisodes, elle peine à imposer son leadership envers Teddy (Danny Pudi), Ron (Ron Funches) et Wendy (Jennie Pierson); ses trois employés qui cherchent davantage à s’amuser qu’à travailler. Durant l’épisode #3, c’est au tour de Van d’être dans l’eau chaude après qu’il ait perdu un important client. Pour rentrer dans les bonnes grâces de son père, il devra à s’adonner à l’impensable : travailler.

Alors que l’adaptation à l’écran des bandes dessinées de Marvel et DC Comics se multiplient et que visiblement la demande augmente, il est toujours rafraichissant d’aborder ce genre de contenu dans un format comique avec, pourquoi pas, avec une pointe d’autodérision. D’ailleurs, rien que dans son titre, « Powerless » (soit : « sans pouvoir ») nous laissait croire que dans ce monde, c’était bel et bien Emily qui était hors-norme.  En gros, on s’attendait à ce que la série soit un peu à l’image d’Angie Tribeca qui elle, parodie le genre policier. On est rapidement déçu parce qu’après trois épisodes, on peut conclure que la nouveauté de NBC n’est rien de plus qu’une comédie de bureau, avec ses fainéants, ses dictateurs et ses conciliateurs. Pourtant, pour se démarquer, Powerless n’avait qu’à s’en tenir à sa prémisse et exploiter justement l’univers des superhéros. Sous forme procédurale, l’un d’entre eux chaque semaine aurait pu venir rendre visite à l’agence pour un besoin quelconque, ou alors l’équipe aurait pu travailler à résoudre un problème concret posé par l’un d’eux. En fait, c’est à peine si les superhéros forment la toile de fond des intrigues. Au niveau de la mise en scène, on aurait aussi pu y aller de façon complètement déjantée, à l’image de The Good Place de la même chaîne, mais là aussi, on se contente du minimum.

En tous les cas, la comédie n’aura retenu qu’un faible bassin de téléspectateurs; des fans de la première heure sans doute puisqu’après trois semaines, la moyenne n’est que de 2,7 millions de téléspectateurs pour un faible taux de 0,9 chez les 18-49 ans. C’est plus radieux du côté de Superior Donuts : la première (présentée après Big Bang Theory) a attiré un auditoire de 10,54 millions (taux de 1,92) et pour les deux semaines suivantes dans sa case régulière :  7,34 (taux de 1,35) et 7,25 (taux de 1,40).

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