Workin’ Moms / Urban Myths (2017) : concepts inégaux

Workin’ Moms est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-janvier sur les ondes de CBC au Canada. Les quatre héroïnes ici amorcent en même temps leur retour au travail puisque leurs congés de maternité sont arrivés à terme. Pour certaines, ce retour à la vie normale est une réelle bénédiction alors que pour d’autres, c’est carrément l’angoisse, mais dans les deux cas, elles n’oseront jamais l’avouer à leurs proches. De l’autre côté de l’Atlantique en Angleterre, Sky Arts a lancé quelques jours plus tard Urban Myths composée de quatre épisodes pour l’hiver (d’autres viendront en avril). Dans chacun de ceux-ci, on revisite une page de l’histoire peu connue d’un personnage célèbre, tout en spéculant avec une pointe d’humour sur le réel déroulement des événements. Malgré la formule plus traditionnelle proposée par CBC et celle plus éclatée de Sky Arts, les deux séries avaient toutes deux beaucoup de potentiel. Par contre, après trois épisodes, c’est le manque de constance entre ceux-ci à plusieurs niveaux qui viennent freiner notre enthousiasme.

Workin’ Moms : des mères de leur temps

Kate (Catherine Reitman) travaille dans une prestigieuse agence de publicité et comme elle aime tout contrôler, cet environnement lui sied bien mieux que de passer du temps avec son enfant. Pourtant, dès qu’une opportunité se présente, on la retrouve sur son cellulaire à prendre de ses nouvelles. Pour sa part, Anne (Dani Kind) a beau être une psychologue spécialisée dans les relations interfamiliales, elle ne prêche pas par l’exemple. Huit mois seulement après avoir accouché elle est dans tous ses états lorsqu’elle découvre qu’elle est une fois de plus enceinte. De plus, elle peine à contrôler sa première fille Alice (Sadie Munroe) qui ne cesse d’aguicher les garçons de sa classe (elle n’a même pas encore atteint la puberté). L’autre faisant partie du quatuor est Frankie (Juno Rinaldi), qui avec son attitude blasée s’attire les foudres de sa petite amie Giselle (Oluniké Adeliyi) au point où leur couple ne tient qu’à un fil. Enfin, il y a Jenny (Jessalyn Wanlim) qui doit retourner travailler uniquement pour des raisons financières et dont la libido semble incontrôlable.

Dans la scène d’ouverture de Workin’ Moms, on voit les quatre amies comparer leurs poitrines de façon nonchalante en plein cours prénatal. S’ajoute à l’écran la cote de 18 ans+ qui nous a donné l’impression que contrairement aux sitcoms américaines pudibondes où la même chose nous est servie chaque semaine, celle de CBC surferait sur ce ton irrévérencieux. Certes, on aime leur attitude frondeuse et les entendre parler de leurs vies respectives sans aucun filtre. La recette gagnante dans ce genre de comédie est d’opposer les types de personnalité (Sex & The City, Girls, etc.). La nouveauté de CBC se prête au même exercice, mais avec des résultats peu concluants, en partie à cause de l’inégalité accordée aux différentes protagonistes. Sans surprise, celles qui ont le plus de temps d’antenne comme Kate sont les plus crédibles. Son désir de ne pas laisser ses collègues masculins lui damner le pion au travail alors qu’elle doit se cacher pour voir si son enfant va bien via Skype est traité de façon humoristique. À la limite, on pourrait dire la même chose à propos d’Anne et de sa première fille, mais on en fait trop au point où l’on tombe vite dans la caricature. C’est encore pire concernant les deux autres protagonistes. La scène où Jenny se donne un orgasme (Dieu sait comment) en utilisant son tire-lait et le fait qu’on ne la définisse que par sa libido pour le moins unique est complètement ridicule. Quant à Frankie, on se demande au second épisode si on n’a tout simplement pas retiré son personnage du casting tellement sa présence est négligeable. Dans le pilote, en pleine visite d’une maison elle se met la tête dans la piscine pendant plusieurs minutes au point où ses clientes se demandent si elle n’est pas morte. Dans l’épisode #3, ce n’est pas mieux alors qu’elle s’endort en prenant son bain avec son bébé dans ses bras…

Ce manque d’empathie à leur égard est renforcé par le fait qu’elles vivent toutes dans des palaces luxueux en plus de nous donner l’impression de ne faire qu’acte de présence au travail (sauf Kate). Difficile en effet de compatir pour ces femmes qui ont des conjoints irréprochables, qui s’habillent en tailleur et qui bénéficient presque toutes des services d’une nounou.

Urban Myths : des hauts et des bas

Dans le premier épisode intitulé « Bob Dylan : Knocking on Dave’s Door », on voit le célèbre chanteur (Eddie Marsan) qui en 1993 doit rendre visite à son ami Dave Stewart, mais voilà qu’en taxi il a oublié son adresse et débarque dans le quartier de Crouch End à Londres. Par hasard, il entre chez une dame dont le mari s’appelle Dave (Paul Ritter) sauf que ce dernier est plombier… Qu’à cela ne tienne : les deux hommes font connaissance et passent une bonne soirée à se connaître l’un l’autre jusqu’à ce que le chanteur reparte sur les chapeaux de roue. Dans le second épisode (« Samuel Beckett and Andre the Giant »), on se trouve à Ussy-sur-Marne en 1986 alors que le célèbre écrivain (David Threlfall) se donne pour mission d’amener tous les jours à l’école son jeune voisin André (Liam MacDonald), lequel manque de confiance en soi malgré sa grande taille. Dans le suivant (« Hitler the artist »), on nous transporte en 1907 alors qu’un certain Adolph Hitler (Iwan Rheon) tente d’être accepté à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne.

N’eût été une controverse avant le début même de sa diffusion, Urban Myths serait probablement restée dans l’ombre. En effet, l’un des épisodes devait porter sur une rencontre fictive entre Michael Jackson et Elizabeth Taylor. L’acteur choisi pour incarner le chanteur était Joseph Fiennes; un blanc, ce qui a provoqué l’ire de sa propre fille et de plusieurs fans, si bien que Sky Arts a tout simplement décidé d’annuler sa diffusion.

Reste que l’exercice de la série demeure intéressant parce tous les épisodes diffusés s’inspirent d’une certaine légende urbaine concernant un instant dans la vie de ces personnalités. En effet, un incident similaire s’est produit à propos de Bob Dylan, tandis que Samuel Beckett reconduisait André à l’école tous les jours à un certain moment de sa vie. Quant à Hitler, son échec dans le monde de l’art est de notoriété publique. L’autre bon point pour Sky Arts est qu’elle ne se limite pas à des célébrités issues de la culture pop, ce qui lui laisse un champ infini de possibilités pour l’avenir.

Par contre, pour le traitement de ces histoires, le résultat est variable. Si celui sur Bob Dylan est assez équilibré, on ne peut que sourciller dans le second alors que l’on dépeint la France rurale des années 80 comme si on si elle n’avait pas évolué depuis un demi-siècle. Et c’est sans compter ses références un peu plus pointues qui risquent de faire décrocher plusieurs néophytes. C’est étonnement l’épisode d’Hitler qui nous déçoit le plus. On a beau nous exposer à ses manies qui font écho à un certain dérèglement mental (l’obsession de la propreté, le dégoût en général pour le sexe opposé et les homosexuels, etc.), c’est son attitude revancharde qui finit par nous donner mal à la tête. Sinon, dans tous ces cas, on sourit à quelques reprises, mais il y a peu à parier que les épisodes nous restent en tête un long moment.

Le premier épisode de Workin’ Moms a rassemblé un auditoire de 712 000 téléspectateurs : un résultat correct, mais plus encourageant étant donné que la moitié de cet auditoire est âgé entre 25 et 54 ans. Après trois saisons, Schitt’s Creek fait beaucoup mieux alors difficile de se prononcer sur l’avenir de cette nouveauté aux critiques mitigées. Quant à Urban Myths, voici entre autres quelques sujets qu’elle abordera dans les prochains mois : Cary Grant et Timothy Leary sous LSD durant un tournage, Mohamed Ali qui prévient un suicide et une entrevue des Sex Pistols qui tourne au vinaigre.

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