Mary Kills People (2017): surtout par compassion

Mary Kills People est une nouvelle minisérie de six épisodes qui a été diffusée vers la fin janvier sur les ondes de Global au Canada. Mary Harris (Caroline Dhavernas), c’est un médecin réputé qui en dehors de ses heures de travail abrège la souffrance de certains patients en fin de vie accompagnée de son collègue Des (Richard Short). Par contre, ses activités clandestines ne passent pas inaperçues par la police qui tente (en vain pour le moment) de l’incriminer. Mary Kills People est une fiction qui conjugue habillement divertissement et sujet lourd sans pour autant en diminuer superficiellement sa portée dans son traitement. Le principal ennemi de la série est cependant sa brève durée qui occasionne certains raccourcis malhabiles.

Concilier les deux bouts de la lorgnette

En tant qu’infirmière, Annie (Grace Lynn Kung)  passe beaucoup de temps avec des patients et étant au fait de leurs dossiers médicaux, c’est elle qui sert de courroie de transmission avec Mary. Grady (Greg Bryk) est l’excentrique fournisseur de Des en phénobarbital; ce liquide que les deux médecins mélangent à une coupe de champagne et que les patients avalent afin d’écourter leurs souffrances. L’un atteint du cancer du pancréas, l’autre de fibrose kystique : peu importe l’âge ou le sexe, cette dose fatale ne leur est administrée qu’après que Mary ait évalué toutes les options de survies possibles. Le dernier patient est Joel (Jay Ryan), un jeune homme athlétique atteint d’un cancer apparemment incurable. Dans un premier temps, Mary s’attache à lui et ils vont même jusqu’à faire l’amour. Elle évite de justesse d’être arrêtée après avoir découvert qu’il est un policier et que lui et son collègue Frank (Lyriq Bent) la suivent depuis de mois. À la maison aussi la tension est palpable. Mère célibataire, elle doit verser une importante pension alimentaire à son ex-mari Kevin (Sebastien Roberts) et avec tout son travail, elle a peu de temps à consacrer à ses deux filles, Cambie (Lola Flanery) et Jess (Abigail Winter). D’ailleurs cette dernière est tombée par hasard sur les fioles de phénobarbital de sa mère et commence à poser de plus en plus de questions. Au fil des trois premiers épisodes, Mary a de plus en plus de problèmes avec Grady qui l’oblige à s’occuper d’un patient tandis que paradoxalement, elle et Joel se rapprochent, malgré des « carrières » qui les rendent ennemis.

Alors qu’une loi concernant l’aide médicale à mourir est entrée en vigueur à l’été 2016 au Canada, peu de fictions contemporaines ont abordé le thème de front. On pense entre autres au film Quelques Heures de Printemps de Stéphane Brizé, mais jamais du côté des séries télévisées le sujet ne s’est trouvé au cœur des intrigues. Des bémols s’appliquent cependant concernant Mary Kills People puisque sans nécessairement parler de toile de fond, l’euthanasie ne constitue qu’une partie de ce qui se passe dans la nouveauté de Global. En effet, développée par un réseau câblé de niche comme Sundance ou HBO, on aurait pu par exemple centrer chacune des diffusions sur un cas en particulier, mettant ainsi le patient et ses proches au cœur des épisodes. L’intensité et les larmes auraient été au rendez-vous, mais pas nécessairement les téléspectateurs. Global est d’abord et avant tout une chaîne généraliste privée qui cherche à faire de l’audience, ce qui explique que l’on traite le sujet de façon plus… globale justement. En effet, dans la plupart des cas, c’est à peine si l’on mentionne la maladie qui frappe les patients de Mary. On aurait bien aimé d’autres arguments que « il n’y a plus rien d’autre à faire » de la part de la doctoresse et un peu plus de détails concernant la souffrance que vivent les patients pour mieux comprendre comment on en vient à cette solution extrême.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’on minimise le sujet ou pire encore qu’il est traité de façon caricaturale. Tout au long des épisodes on nous offre des pistes de réflexion à même le scénario concernant l’aide médicale à mourir. Par exemple, après que Jess questionne sa mère sur le phénobarbital qu’elle a trouvé, cette dernière lui avoue qu’elle se l’est procuré pour euthanasier leur chat malade… En apprenant cette triste nouvelle, Louise (Alexandra Castillo), la nouvelle petite amie de Kevin affirme candidement : « When they’re suffering it’s the only option ». Pourquoi ce qui est si évident pour un animal ne le serait-ce pas pour l’être humain ? À l’autre bout du spectre, on a Joel qui dit à Mary : « You don’t get to play God Mary. None of us do ». Cette réflexion sur la vie s’applique aussi à l’héroïne et à sa famille alors que la petite amie de Jess, Naomi (Katie Douglas), visiblement blasée, ne dit jamais non quannd lui offre d’essayer une nouvelle drogue comme de la cocaïne. Quant à Mary, elle est une fumeuse qui tente d’arrêter… sans grand succès.

Restent ses motifs qui constituent l’une des intrigues de la série. On apprend au troisième épisode qu’elle aurait « tué » sa mère, mais on ne sait pas comment ni dans quelles circonstances. En même temps, elle est extrêmement empathique lorsqu’elle se retrouve aux côtés de ses patients dans les derniers moments.

Trop court

Il faut aussi relativiser : Mary n’est pas une sainte et elle et Des empochent 10 000 $ chaque fois qu’ils abrègent la vie de l’un de leurs patients. On voit à plusieurs reprises que la protagoniste subit de la pression de son ex pour qu’il lui donne de l’argent régulièrement : une pension alimentaire peut-être. Cette partie du scénario est d’ailleurs assez difficile à gober puisqu’on doute que ce revenu supplémentaire soit nécessaire à un médecin qui passe presque toutes ses journées à l’hôpital. Normalement, l’avantage de produire des séries les plus courtes est qu’il y a moins de temps morts et plus d’intensité.  Ça ne s’applique pas ici à Mary Kills Peopple ou du moins à son format puisqu’en six épisodes, on évacue des détails comme ceux-ci, ce qui affecte la qualité du scénario. Même chose concernant la romance entre Mary et Joel. On comprend qu’il a des sentiments pour elle, mais la veille il l’espionnait encore et le lendemain ils se retrouvent dans une chambre d’hôtel à s’échanger des confidences. Le nombre d’épisodes aurait pu doubler qu’on ne s’en serait pas plaint, d’autant plus que dans sa structure, la série n’est pas conçue comme ayant une fin fermée (Broadchurch, The Missing, Cardinal…).

En tous les cas, les chiffres sont encourageants. Le premier épisode a attiré 761 000 téléspectateurs en direct. En incluant les enregistrements, on atteint le nombre de 1 059 000, si bien que la série de Global s’est classée au 21e rang des émissions les plus regardées de la semaine du 23 janvier. De plus, la chaîne Lifetime (coproductrice) la diffusera cet été dans le même bloc horaire qu’UnReal.  Aux dires de l’actrice principale Caroline Dhavernas, il y a de fortes chances pour que Mary Kills People revienne pour une seconde saison. L’appréciation des Américains déterminera sans aucun doute son sort.

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