Taboo (2017): un peu trop et pourquoi ?

Taboo est une nouvelle série de huit épisodes qui est diffusée depuis le 7 janvier sur les ondes de BBC One en Angleterre et le 10 du même mois sur FX aux États-Unis et au Canada. Nous sommes en 1814 alors que James Keziah Delaney (Tom Hardy) refait surface à Londres après 12 ans d’absence au moment où se déroulent les obsèques de son père. Si son passé demeure nébuleux, son futur l’est beaucoup moins puisqu’il hérite de toutes les possessions paternelles (au détriment de sa demi-sœur Zilpha (Oona Chaplin). Celles-ci incluent la Baie de Nootka, un territoire vital dans le Pacifique pour le commerce avec la Chine que se disputent apparemment l’Angleterre et les États-Unis. Mais voilà qu’à la grande stupeur du gouvernement anglais et de la Compagnie des Indes, James refuse de céder ne serait-ce qu’une infime parcelle de son héritage à quiconque, comptant s’enrichir par ses propres moyens. Cocréée par Tom Hardy lui-même et inspiré d’un des livres qu’il a écrits, Taboo, tout comme son personnage principal est aussi opaque que le brouillard de Londres. Si l’idée de fond à saveur historique est intéressante, et ce, malgré les nombreux anachronismes, c’est ce côté surnaturel du récit qui prend définitivement trop de place.

 

 

 

Le retour du mort-vivant

Vers la fin du XVIIIe siècle, James a parcouru le monde en servant dans la marine, notamment en Inde et en Afrique sous l’autorité de Sir Stuart Strange (Jonathan Pryce) qui à l’époque n’était pas vraiment reconnu pour son empathie envers ses subalternes et les peuples conquis. Or ce même homme est désormais à la tête de la Compagnie des Indes et croit qu’en lui donnant une importante somme, il vendra sans problème Nootka. Pourtant, James ne daigne pas regarder le contenu de la lettre qui lui est offerte et quitte le conseil. C’est qu’il a en sa possession plusieurs diamants, probablement trouvés à Nootka. Sachant que sa vie est en jeu, il décide de faire un testament stipulant que s’il meurt, la Baie sera léguée aux États-Unis, si bien que le gouvernement anglais doit tout faire désormais pour le garder en vie. Mais les choses se compliquent lorsque dans le second épisode, l’actrice Lorna Bow (Jessie Buckley) clame qu’elle a épousé quelques années avant sa mort le père de James en Irlande. Après vérification, cela s’avère vrai et elle s’installe donc dans la demeure familiale.  Pendant ce temps, James, malgré son apparence crasseuse, s’applique à régler toutes les dettes de son père et découvre grâce à une autopsie que ce dernier n’est pas mort de causes naturelles. Vengeance et appât du gain seraient donc au menu ?

C’est là le principal problème avec Taboo : on ne sait pas très bien où la série veut nous amener. Suivant son retour inattendu à Londres, on est d’abord persuadé que les plus grosses intrigues concerneront son passé, comment il a survécu, pourquoi il est si cachotier, etc. Or, il n’en est rien. Les quelques flashbacks ne nous apprennent en rien ce qui lui est arrivé et quant à ses connaissances, elles spéculent sans arrêt entre elles sur son passé en Afrique… alors que les enjeux se situent à l’autre hémisphère où se trouve Nootka. D’ailleurs, on ne sait même pas si le protagoniste y a déjà posé les pieds.

C’est en effet le caractère trop secret du personnage principal qui après trois épisodes commence à nous lasser. D’une part, il ne cesse de lancer des phrases ambiguës auxquelles on ne donne pas suite (« I am dead », « I am not a fit man to be with children »). D’autre part, au lieu de nous éclaircir sur la nature de James, on nous affuble de scènes qui ne font qu’ajouter une couche supplémentaire de mystères dont on se serait bien passé. À un moment, une jeune fille prévient James qu’un homme vivant dans un bateau planifie de l’exécuter. En pleine nuit, il emprunte donc un canot, s’y introduit et y met le feu. Un autre soir, il se rend à l’intérieur d’un autre vaisseau, se déshabille et récite des formules incantatoires dans une langue étrangère… puis retourne chez lui. Le corps tatoué, vêtu de noir et peu soucieux de sa personne, il vit littéralement comme un ermite dans la demeure paternelle si bien qu’on peine à comprendre pourquoi cet homme aux goûts simples cherche-t-il à ce point à s’enrichir avec sa possession de Nootka.

Des ombres sinistres

Ce sont Kristoffer Nyholm et Anders Engströhm qui assurent la réalisation de Taboo. Ceux qui se tenaient derrière la caméra dans The Killing et Jordskott reproduisent ici le même univers sombre et fantasmagorique. En ajoutant l’expertise pour les productions historiques de Stephen Knight, le créateur de Peaky Blinders, la série de BBC One/FX nous offre une signature unique et hypnotisante. Mais c’est lorsque l’on s’enfonce dans le surnaturel que l’on décroche. À plusieurs moments, les flashbacks de James impliquent des morts-vivants qui hurlent leur frustration et surgissent de nulle part. Même le générique où l’on voit les protagonistes noyés et flottant à la surface reproduit la même ambiance morbide. Visuellement réussit, cela nous détourne inutilement de la trame la plus intéressante de la série : l’histoire et la politique.

En effet, James est un peu le David luttant contre son Goliath incarné par la Compagnie des Indes : une espèce de multinationale avant l’heure. On est définitivement de son côté et sa nonchalance à neutraliser les difficultés que l’on place en travers de son chemin par ces gros joueurs a quelque chose d’amusant. Mais les efforts fournis pour intéresser le plus large auditoire possible à ce pan de l’histoire donnent néanmoins lieu à certains anachronismes. La baie de Nookta a bel et bien fait l’objet d’un litige, mais c’était entre l’Angleterre et l’Espagne. Qui plus est, les différends ont été réglés à l’amiable avec la Convention de Nootka… en 1790, donc près d’un quart de siècle avant les évènements décrits par la série. Puis, l’un des protagonistes affirme à l’épisode #2 : « The border between the United States and Canada is being drawn up in a very… quiet… closed room, no? ». En fait, le Canada de l’époque se limitait à la partie est du continent américain et ne portait même pas encore ce nom. Quant à la Colombie-Britannique, ce n’était qu’une colonie anglaise de plus sur l’échiquier mondial…

Diffusée les samedis soir sur BBC One, le premier épisode de Taboo a attiré 7 millions de téléspectateurs et la semaine suivante, ils étaient toujours 6,14 millions devant leur écran. Succès aussi sur FX aux États-Unis puisque dans l’ordre, la série a attiré un auditoire de 2,12, 1,12 et 1,08 millions durant ses trois premières semaines avec un taux chez les 18 à 49 ans s’établissant à 0,49 en moyenne, ce qui en fait la 3e fiction la plus populaire du réseau. De quoi rassurer Hardy qui nous apprenait qu’il avait perdu 2 millions de £ dans cette nouvelle production qu’il finance en grande partie. Heureusement pour lui, de bonnes cotes favorisent les ventes à l’étranger et la commande de saisons supplémentaires est fort probable; de quoi renflouer ses caisses.

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