Tina & Bobby (2017): 29 ans de relation en 3 heures

Tina & Bobby est une nouvelle minisérie de trois épisodes qui a été diffusée du 13 au 27 janvier sur les ondes d’ITV en Angleterre. Le titre fait référence à Bobby Moore (Lorne MacFadyen), le légendaire joueur de football professionnel et à sa première épouse Tina Moore (Michelle Keegan). On revient donc sur ce couple qui a marqué les esprits, en partant de leur rencontre en 1957 jusqu’à la fin de leur relation au milieu des années 80. Inspiré du livre Bobby Moore by the Person Who Knew Him Best écrit par Tina elle-même, la série débute avec beaucoup de potentiel et une bonne mise en scène, mais lorsqu’on se rend jusqu’au bout, on reste sur notre faim. Événements se succédant de façon trop précipitée, personnages un peu trop convenus; on finit par se demander si le point de vue pour raconter cette histoire était le bon.

Une relation prévisible

C’est en faisant la ligne pour un spectacle avec une amie que Tina a rencontré pour la première fois Bobby alors qu’il commençait à peine à être connu. Sans parler de coup de foudre, leurs atomes crochus sont évidents dès le départ et il se passe peu de temps avant qu’ils ne décident de s’unir pour la vie. Promu capitaine de son équipe, la West Ham United, son ascension est cependant freinée lorsque le médecin lui apprend qu’il est atteint d’un cancer aux testicules et qu’une opération est de mise. Il s’en tirera à bon compte, notamment grâce au soutien indéfectible de Tina et celui-ci lui rendra la pareille quelques années plus tard suivant la mort subite de Betty (Patsy Kensit), la mère de Tina. Toujours est-il que tant que la carrière du joueur va bien, on peut en dire de même pour leur couple. Bobby connaît son apogée suivant la victoire de son équipe à la World Cup de 1966, tandis qu’elle prend plaisir à élever leurs deux enfants. C’est lorsque l’heure de la retraite sonne que les plus gros défis s’amoncèlent. Problèmes d’argent, dépression, un penchant un peu trop marqué pour la bouteille, Bobby va à vau-l’eau. Désespéré, il accepte néanmoins un poste temporaire de gestion d’un club de football à Hong Kong… où il y rencontre sa maîtresse. Pour Tina, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La chimie n’y est tout simplement plus et leur couple s’achève définitivement sur cette triste note.

Le premier opus de Tina & Bobby a de quoi charmer n’importe qui, et ce, peu importe que l’on soit au faîte de la grande carrière de Moore ou pas. Premièrement, un excellent travail a été effectué au niveau de la mise en scène. Musique nostalgique, des costumes éclatants et pour un budget probablement restreint, ITV s’en sort très bien avec les reconstitutions historiques en alternant les images d’archives des matchs en noir et blanc et d’autres provenant des bulletins de nouvelles en couleur. À un moment, on a ce plan où l’on voit la reine décerner le trophée à l’acteur personnifiant Bobby : on y voit que du feu tellement ça a l’air réaliste.

La série gagne aussi quelques points supplémentaires lorsque vient le temps de nous dépeindre une époque et ses mœurs à travers ce couple chéri on ne peut plus traditionnel : elle aux fourneaux et acceptant de tourner pour toutes sortes de publicités destinées aux ménagères, tandis qu’il est l’unique pourvoyeur de sa famille. Pourtant, c’est le cancer de Bobby qui accapare la grande partie du premier épisode avec tout le tabou entourant ce genre de maladie. Il a beau s’en sortir indemne, reste qu’il a dû se faire enlever un testicule et que sa masculinité en prend un coup au point d’éviter les douches communes.

C’est malheureusement dans les deux épisodes suivants que le tout devient un peu trop brouillon. C’est qu’on veut trop en couvrir et le temps manque, si bien que l’on finit la série avec plus d’interrogations que de réponses. Par exemple, il y a toute cette affaire d’un bracelet supposément volé par Bobby à Bogota la veille d’un match important. On met tellement l’accent sur le tollé médiatique de cette nouvelle qu’on oublie de nous faire entendre la version du principal intéressé. On constate la même chose à propos de sa fin de carrière assez ingrate. On ne comprend pas qu’un tel champion tombe aussi rapidement dans l’indifférence. C’est qu’un peu trop souvent, on se sert de phrases passe-partout on ne peut plus clichées pour expliquer tel ou tel comportement, du genre « The game will always be his mistress », « You used to be so disciplined » ou encore « I want to make it work » (à propos de leur couple). Cela a pour conséquence d’aborder en surface seulement les problèmes qu’ils doivent surmonter au quotidien.

Le mauvais point de vue ?

Une fois la nouveauté d’ITV terminée, on se demande si ces « trous noirs » du côté de la narration ne sont pas à imputer au point de vue que la série adopte. En effet, c’est davantage TINA & Bobby puisque c’est l’épouse que l’on suit en grande majorité tout au long de ce parcours nuptial. Sans nécessairement parler de complaisance, force est d’admettre que dans ce qui nous est montré, c’est Tina qui a constamment le beau rôle, elle qui lui offre un soutien indéfectible. Du coup, on est un peu décontenancé par leur rupture assez abrupte et un divorce que l’on évoque à peine. Ils vont tout simplement chacun de leur côté et on se demande toujours pourquoi elle a choisi d’aller refaire sa vie seule et loin de tous en Floride. Mais les grands absents ici ce sont surtout les enfants. Les hauts et les bas ne tournent qu’autour du couple et jamais ils n’évoquent les conséquences de telle ou telle décision concernant pourtant ceux-ci. À un moment, c’est tout juste si l’on se rappelle qu’ils existent. Quant à la finale, si elle est fidèle à leur dernière rencontre, on ne sait trop quoi penser puisqu’on ignore où ils en sont, si le divorce a été orageux, etc. Le fait qu’entretemps Bobby se soit remarié et que ce ne soit même pas évoqué vient justement confirmer la disparité par rapport à ce que le titre laisse présager.

En tous les cas, pour une série diffusée les vendredis soir, Tina & Bobby s’en est assez bien tirée puisqu’elle a attiré 4,64 millions de téléspectateurs, se classant ainsi au 14e rang des émissions les plus regardées de la chaîne dans la semaine du 9 janvier. Au deuxième épisode, la fiction a glissé au 17e rang avec un auditoire de 3,9 millions, se classant tout juste sous The Halcyon, ce qui n’est pas mal du tout.

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