La La Land (2016) : hommage à Jacques Demy et Michel Legrand

La La Land est le troisième long métrage de Damien Chazelle qui est sorti en salles le 9 décembre en Amérique du Nord et le 25 janvier en France. Le film se déroule évidemment à Los Angeles et raconte l’histoire de Mia (Emma Stone) et Sebastian (Ryan Gosling) qui se rencontrent et tombent amoureux. Elle rêve d’être actrice, tandis que lui de devenir un grand pianiste de jazz dans le but d’éventuellement posséder son propre club. Dans les deux cas, la route pour se rendre au sommet est semée d’embuches, mais dans l’hypothèse où ils y parviendraient, leurs destins sont-ils compatibles ? La La Land n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre qui après Chicago (2002) et plus récemment The Artist (2011) vient nous prouver que la comédie musicale n’aura jamais dit son dernier mot. Et bien qu’il constitue une sorte de synthèse des plus beaux films du genre à travers l’histoire du cinéma, c’est d’abord et avant tout un véritable hommage aux Parapluies de Cherbourg (1964) et aux Demoiselles de Rochefort (1967) que Chazelle nous livre.

Une nostalgie assumée

Mia travaille dans un petit café à Hollywood et ne cesse d’enchaîner les auditions, mais c’est tout juste si on l’écoute déblatérer son texte. Sinon, elle a beau se rendre à des fêtes où il est important d’être vu, souper avec des gens du milieu, rien n’y fait. Un soir alors qu’elle se promène seule, une douce mélodie l’attire dans un restaurant huppé et c’est là qu’elle y rencontre Sebastian qui vient tout juste de se faire renvoyer. S’il ne lui adresse pas la parole à ce moment-là, ils se croiseront tellement souvent par la suite qu’ils finiront par devenir amis, puis amoureux. Chacun essaie d’aider l’autre et lentement, leurs efforts semblent porter fruit. Mais entre connaître le succès et être reconnu pour son art, il y a un pas du coté de Sebastian. C’est l’inverse pour Mia alors qu’elle monte elle-même sa propre pièce de théâtre, mais avec un auditoire qui lui fait défaut.

Singin’ in the Rain (1952), La Belle au Bois Dormant (1950), West Side Story (1961), Sweet Charity (1969), Moulin Rouge (2001): les influences des grands classiques de la comédie musicale de Damien Chazelle sont indéniables. Mais il faut sans conteste se tourner du côté de la France pour y constater ses références les plus directes et peut-être aussi les plus inoubliables. Au début du film, Sebastian amène Mia au cinéma pour voir le classique Rebel Without a Cause, afin de l’inspirer dans l’écriture de sa pièce de théâtre. Mais à peine le générique est-il entamé que la pellicule prend en feu; comme quoi elle devra aller puiser ailleurs. De plus, les différentes scènes où l’on évoque Paris ne trompent pas, qu’il s’agisse d’une tour Effel illuminée en arrière-plan ou encore la reconstitution de l’Arc de Triomphe en papier mâché. D’ailleurs, Chazelle et Justin Hurwitz (le compositeur du film) ont travaillé ensemble sur leur premier long métrage intitulé Guy and Madeline on a Park Bench; un hommage direct aux Parapluies de Cherbourg. Le doute n’est donc plus permis, alors voici un petit tour d’horizon.

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Les Demoiselles de Rochefort

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La La Land

La mise en scène

Bien que Les Parapluies de Cherbourg soit un drame alors que Les Demoiselles de Rochefort soit une comédie musicale, le premier point commun que partagent ces deux films du point de vue visuel c’est bien les couleurs vives. Dans le premier, nous avons droit à des ruelles où s’entrechoquent le vert pomme et le fuchsia et des nuits où le ciel embrasse la lumière bleue des lampadaires. Dans le second, c’est surtout au niveau des costumes, plus particulièrement les robes courtes des dames que l’on célèbre à grands frais le technicolor : pas nécessairement d’unité, du moment qu’elles soient assez éclatantes pour attirer notre attention. L’argument vaut aussi pour La La Land qui outre ses couchers de soleil trop beaux pour être vrais nous offre une véritable orgie de couleurs dans presque chaque scène. Les tenues de Mia sont toujours unies et ont toutes un style très classique. D’ailleurs, en raison de ces coupes neutres et des teintes naturelles des vêtements, si ce n’était de l’usage (très restreint) de la technologie, il serait difficile d’affirmer avec certitude à quelle époque le film se situe.

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Les Demoiselles de Rochefort

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La La Land

Le volet musical

Dans la grande majorité des comédies musicales, les chansons se substituent tout simplement au langage, mais dans les films de Demy/Legrand et Chazelle/Hurwitz, on y va à l’extrême puisqu’elles accaparent plus de 90 % du scénario avec un certain nombre de mélodies en forme de leitmotiv. La musique ou plutôt les arts sont aussi intégrés à même l’histoire avec Sebastian dans La La Land qui rêve de faire carrière au piano et Mia sur les planches. Dans Les Demoiselles de Rochefort, Solange (Françoise Dorléac) et Delphine (Catherine Deneuve) ont toutes deux pour plan de s’en aller à Paris afin de briller sur scène : la première est compositrice (au piano aussi) et la seconde est danseuse de ballet.

Du côté de la chorégraphie, le ton est donné dans les deux films dès l’introduction. Dans celui de Demy, les artistes arrivent au port et sortent de leurs camions. On les voit s’étirer comme s’ils émergeaient d’un long sommeil et se mettre à envahir le centre-ville pour la fin de semaine en effectuant des pas de danse qui nous semblent à la fois spontanés et chorégraphiés. On assiste au même genre d’ouverture dans celui de Chazelle avec les gens qui sortent de leur inertie causée par un bouchon de circulation et qui se dégourdissent en dansant tous ensemble dans un genre de pow-wow improvisé. Et dans un cas comme dans l’autre, on a même droit à un numéro de claquettes de la part des personnages principaux. Enfin, il est à noter que dans les deux films, c’est le jazz qui l’emporte haut la main et certaines notes ou accords effectuent littéralement un véritable saut de 1967 à 2016.

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Les Parapluies de Cherbourg

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La La Land

Le récit (** divulgâcheurs)

C’est évidemment le couple qui est au cœur de ces trois histoires. Dans Les Parapluies de Cherbourg, on est carrément dans le drame puisqu’on a affaire à un amour impossible ou plutôt une longue rupture divisée en trois actes : « le départ », « l’absence » et « le retour ». À l’inverse, dans Les Demoiselles de Rochefort, on est dans le positivisme le plus complet. Chaque couple a sa chanson et chaque couple est en quête de l’amour idéal. C’est probablement là la plus grande force de La La Land : parvenir à juxtaposer les deux tons. Ici aussi l’action est séparée en tableaux, au rythme des saisons (l’on amorce le film avec l’hiver pour se terminer avec la même période cinq ans plus tard). Mia et Sebastian se rencontrent assez tôt et on a tout le temps de voir leur amour s’épanouir. Se flétrir aussi. Ce sont toutes les épreuves par lesquelles ils doivent passer qui aura raison d’eux et si la finale est assez triste, on nous offre tout de même une réalité parallèle en contrepartie. C’est là justement une belle mise en abîme du cinéma qui en fin de compte est une usine à rêve et c’est l’un de ceux-ci que l’on offre aux téléspectateurs.

Chazelle n’a donc rien inventé, mais s’est inspiré de quelque chose de sublime pour en faire une nouvelle fiction tout aussi remarquable. Pendant ce temps, chaque nouvelle cérémonie semble élever un peu plus haut La La Land au rang de film culte. Après une myriade d’honneurs aux Golden Globes et plus récemment le prix du meilleur long métrage à la cérémonie des PGA Awards (Producers Guild of America), c’est avec 14 nominations qu’il est en route vers les Oscars qui auront lieu dans quelques semaines. Pendant ce temps, les recettes au box-office ne cessent de grimper et ont déjà amplement dépassé les 200 millions $.

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