Pure (2017) : ne pas prêcher par l’exemple

Pure est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis le début janvier sur les ondes de CBC au Canada. L’action se déroule dans le sud de l’Ontario au sein d’une communauté de mennonites (un mouvement religieux créé au XVIe siècle aux Pays-Bas) alors qu’elle vient tout juste d’élire son nouveau pasteur : Noah Funk (Ryan Robbins). Celui-ci découvre assez vite que certains membres du village sont impliqués dans le trafic de cocaïne, mais lorsqu’il tente d’y remédier, il ne fait qu’envenimer les choses. Premier à en subir les conséquences, le pasteur se retrouve dès lors entre l’arbre et l’écorce. C’est qu »il est « prié » de prendre désormais part au commerce des narcotrafiquants par son chef Eli Voss (Peter Outeridge) tout en essayant se s’en sortir avec l’aide du policier Bronco Novak (A.J. Buckley). Malgré une introduction assez longue et quelques bémols ici et là, Pure vaut assurément le coup d’œil.  Lentement, mais sûrement, on se laisse envoûter par cette narration efficace qui est davantage ancrée dans la réalité que l’on pourrait le croire.

Les loups dans la bergerie

Jamais Noah n’aurait cru être confronté à de tels… « défis » en acceptant le nouveau poste de pasteur à Antioch. C’est que son propre frère Abel (Gord Rand) est lui-même un toxicomane notoire et lorsqu’il découvre que c’est un membre de sa communauté qui l’approvisionne, il est hors de lui. Il préviens Bronco qui procède à l’arrestation de celui qui supervisait le trafic à travers le village. Le problème ne disparaît pas pour autant puisqu’Eli est pour le moment intouchable si bien qu’il oblige Noah de prendre la place, sans quoi sa femme Anna (Alex Paxton-Beesley) et ses deux adolescents, Isaac (Dylan Everett) et Tina (Jessica Clement) seront assassinés. Il s’exécute donc du mieux qu’il peut, mais entre les livraisons à assurer en provenance du Texas et des revendeurs qui veulent renégocier leurs marges de profits, la tâche n’est pas aisée. Reste que le pasteur n’a pas dit son dernier mot alors qu’il collecte en douce assez d’informations contre Voss et sa bande pour éventuellement mettre fin à leur organisation.

Déjà en soi la prémisse de Pure (qui peut nous rappeler à certains égards celle de Breaking Bad) ne manque pas d’intérêt malgré un premier épisode assez lent qui néanmoins livre ses promesses une fois celui-ci terminé. C’est qu’à l’inverse des séries américaines où une explosion et plusieurs échanges de coups de feu surviennent invariablement dans les 15 premières minutes d’une fiction de peur de perdre le téléspectateur, le rythme de la nouveauté de la CBC se veut le reflet du mode de vie pour le moins spartiate de cette communauté d’Antioch. Se déplaçant toujours en carriole et fonctionnant sans eau courante ni électricité; le contraste est total avec l’organisation dans laquelle Noah se voit forcé de participer.

Naïvement, il croyait qu’en dénonçant un revendeur, le problème serait réglé alors que c’est le contraire qui se produit. Regarder ce néophyte se débrouiller comme il le peut dans cette situation qui le dépasse a quelque chose d’assez divertissant. De plus, c’est la personnalité du protagoniste qui se révèle assez fascinante. De marbre, peu loquace, malgré ses larges lunettes derrière lesquelles il se cache, on a affaire à un homme avec des principes. Le fait qu’il s’obstine à se déplacer en vélo bien que ses nouvelles « fonctions » nécessitent l’utilisation d’un des véhicules de Voss nous démontre que malgré son apparente soumission, il tente de préserver une âme pure (d’où le titre ?). En ce sens, on s’attache aisément au personnage pour sa droiture d’esprit, mais aussi l’amateurisme dont il fait preuve. Après tout, c’est à peine s’il sait se servir d’un téléphone cellulaire et lorsqu’il y va de cette harangue : « Everybody thinks they will be so connected with these. Connected to strangers. Connected to sins. A tiny little devil in every ear. », on ne peut s’empêcher de sourire.

Reste qu’à certains égards, on peine toujours à comprendre le fonctionnement de cette organisation, à commencer par l’implication des Mennonistes dans ce processus. Si les motivations de Voss sont claires, en revanche on se demande ce qui a poussé de simples gens de la communauté pourtant très croyants à s’impliquer dans cette chaîne fatale. Besoin d’argent ? Pour quoi faire puisque leur religion leur dicte de vivre simplement ? Un chantage éhonté de la part de Voss ? En même temps, il ne peut menacer de tuer toutes les épouses et enfants du village… Un mystère qui déjà à la mi-saison demeure insoluble.

Pas si tiré par les cheveux que ça…

Pure se déroule dans la ville fictive d’Antioch et l’action a été tournée en Nouvelle-Écosse et non au sud de l’Ontario comme on veut nous le faire croire ici. À l’inverse, le Mennonitisme lui existe bel et bien et compte plusieurs communautés, notamment en Ontario, au Manitoba et en Colombie-Britannique. Rejetant le sacrement du baptême, l’usage de la force et ne considérant pas leur pasteur comme étant un intermédiaire entre eux et Dieu, ils ne sont cependant qu’une infime minorité à ne pas adhérer à tout progrès technique. Naturellement, on en vient à se demander pourquoi c’est cette communauté en particulier qui fait l’objet d’une série canadienne alors qu’avant sa diffusion, la grande majorité du pays ignorait jusqu’à son existence! En fait, son créateur Michael Amo a soumis cette idée de scénario à différents producteurs il y a plus de dix ans, mais ceux-ci n’avaient pas manifesté leur intérêt. Depuis, ce groupe religieux a non seulement fait parler de lui en raison d’un conflit avec la province de Québec et son ministère de l’éducation et plus d’avoir fait la une dans les journaux de Calgary. C’est qu’un camionneur mennonite a été arrêté en 2014 à la frontière entre le Montana et l’Alberta pour avoir essayé de faire passer un chargement de cocaïne valant plus de 200 000 $. Quand la réalité dépasse même la fiction…

En tous les cas, Pure a connu un bon départ. 858 000 téléspectateurs ont regardé le premier épisode et même si dans les deux semaines qui ont suivi, ce chiffre a baissé (632 000 et 640 000 respectivement), il semble s’être néanmoins stabilisé. Pour le moment, impossible de savoir s’il y aura une seconde saison, en supposant que son auteur ait envisagé cette éventualité.

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