Ransom (2017) : négociations à rabais

Ransom est une nouvelle coproduction de 13 épisodes qui est diffusée depuis le début janvier sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. Nous y suivons Eric Beaumont (Luke Roberts) et son équipe de négociateurs alors que leurs services sont requis un peu partout en Amérique dans des cas ou justement une rançon est exigée. La prémisse est en effet aussi simple que ses épisodes. Si l’on peut féliciter les créateurs de la série Frank Spotnitz (Crossing Lines, The Man in High Castle) et David Vainola de nous proposer chaque semaine une variante aux situations critiques dans lesquelles les victimes se retrouvent, l’équipe en revanche est à l’image du rythme de la fiction : beaucoup trop lent et mécanique. Mais Ransom nous prouve surtout qu’encore une fois ce modèle de coproduction n’est pas viable.

Des cas assez improbables

L’action débute à Montréal et en quelques minutes seulement, on est à même d’apprécier les talents d’Eric alors qu’il parvient à sauver de la mort une dizaine d’otages. Le tout, en neutralisant sans coup férir le fou qui porte autour de lui une ceinture bourrée de dynamite. C’est tout de suite après que Maxine Carlson (Sarah Greene) vient se présenter à lui et son insistance lui vaut un stage avec le reste de l’équipe. Celle-ci est composée d’Oliver Yates (Brandon Jay McLaren) : un profileur spécialisé en psychologie et Zara Hallam (Nazneen Contractor) qui est responsable de la sécurité. Outre la petite escapade du début au Canada, les protagonistes se rendent rapidement à Denver alors que des parents dont le jeune fils a été kidnappé il y a plusieurs années reçoivent une demande de rançon. Dans le second, c’est un joueur de baseball professionnel de St-Louis qui est atteint d’une grave maladie et qui a besoin d’une greffe de la moelle osseuse de toute urgence. Le problème est qu’un potentiel donneur anonyme exige plusieurs millions en échange. La semaine suivante, l’équipe se retrouve à négocier à New York avec des voleurs de banque… qui ne demandent pas de rançon.

Ransom est bien entendu un procédural dans le sens le plus plate du terme, mais il faut tout de même reconnaître qu’après trois épisodes, on dépasse l’histoire de base du simple enlèvement répétitif afin de mettre constamment au défi l’équipe d’Eric. Mais entre les intentions et livrer la marchandise, il y a un pas que la série peine parfois à effectuer correctement. Dans le second épisode par exemple, une mère kidnappe une jeune femme qui s’avère une donneuse potentielle pour le joueur de baseball grâce à des informations fournies par son ex-mari, un médecin. Le but ? Payer avec l’argent de la rançon des traitements pour son fils atteint d’une maladie dégénérative. Un peu tiré par les cheveux en effet. Sinon, même dans son déroulement, chaque épisode est rigidement formaté, ce qui ne rend pas service à la série. C’est qu’en gros, on a nos « experts » qui restent dans leurs quartiers à effectuer des recherches sur la toile. Ils ne sortent de leur léthargie qu’aux dernières minutes des épisodes pour donner quelques coups de poing, question d’apporter un certain climax plus ou moins réussi.

Par contre, ce qui nuit le plus à Ransom c’est sans conteste ses personnages. Tous fades, on pourrait interchanger leurs champs d’expertise sans qu’on s’en rende compte tellement leurs répliques sont formatées et prévisibles, d’autant plus qu’aucun trait de caractère ne les définit. En effet, après trois épisodes, rien de spécial ne transpire de la personnalité d’Oliver et en dehors de son travail, tout ce que l’on sait de Zara est qu’elle a des enfants. Quant à Eric, il demeure maître de lui-même, peu importe les circonstances. Seule Maxine semble dans les premières scènes être l’élément du groupe à surveiller étant donné que comme le téléspectateur, elle s’embarque dans une nouvelle aventure. On apprend à la fin du pilote qu’Eric est responsable du meurtre de sa mère : une petite bombe au niveau du scénario, mais qui meurt au feuilleton. Eric admet à ses collègues qu’il était au courant depuis le début sans pour autant justifier son embauche. Puis, on élude complètement la question en deuxième semaine pour y revenir timidement au troisième épisode. Bref, une trame scénaristique à long terme brouillonne qui nous donne une raison supplémentaire de ne pas poursuivre la série.

 

Beaucoup de joueurs à la table pour rien

C’est une des tendances du moment : dans le but de contrer des entreprises comme Netflix et ses budgets mirobolants, la plupart des marchés télévisuels joignent leurs forces et forment des partenariats afin d’amener plus d’argent sur la table. En principe l’idée n’est pas mauvaise, mais c’est presque toujours en pratique que cela se gâche. Le modèle de Ransom est un véritable cas de figure. Outre Global comme partenaire canadien, on compte aussi TF1 pour la France et RTL pour l’Allemagne. Probablement l’une des pires décisions de ces diffuseurs a été de faire équipe avec CBS, la moins créative des networks. De plus, c’est à se demander quel est l’avantage réel d’une telle union, particulièrement pour les pays européens associés. Au moins dans Crossing Lines, une autre coproduction très moyenne, on voyageait dans plusieurs pays d’Europe. Ici, à l’exception de Montréal au début qui est méconnaissable, on se promène entre les différents états américains qui se ressemblent tous (la série a été tournée en Ontario). Même chose du côté des acteurs. Peu connus à l’international, ils sont tous (nord) américains. Eric Beaumont, malgré son nom n’est canadien-français dans la fiction que par son permis de conduire (l’on y voit brièvement sa province d’origine) puisqu’il n’a aucun accent et prononce son nom à l’anglaise.

À la base, si la série est un succès, tous les joueurs autour de la table encaissent les profits issus de la publicité dans leurs pays respectifs et c’est sans compter de potentielles ventes dans les territoires étrangers. Il y a peu de chance que cela se produise avec Ransom qui a été lancée un 1er janvier puis diffusée les samedis soir : une case assez ingrate s’il en est une. Et les chiffres le reflètent : 6,65 millions de téléspectateurs ont regardé en direct le premier épisode avec un très faible taux de 0,85 chez les 18-49 ans. Les deux semaines suivantes, ils n’étaient respectivement que 3,28 (taux de 0,35) et 3,62 (0,40). Au Canada, les chiffres sont meilleurs (un auditoire d’un million pour le premier épisode et 950 000 pour le second), mais il est impensable que CBS renouvelle une telle série. Bien hâte de voir l’accueil de la France et de l’Allemagne dans les prochains mois…

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