The Halcyon (2017): la fête au temps des conflits

The Halcyon est une nouvelle série de huit épisodes qui est diffusée depuis le début janvier sur les ondes d’ITV en Angleterre. Le titre fait référence à un luxueux (mais fictif) hôtel de Londres où les plus riches se rassemblent pour faire la fête alors qu’au-dehors, les bombes sont à la veille de pleuvoir. En effet, nous sommes en 1940 et l’Angleterre en a plein les bras avec les Allemands. Deux familles occupent notre attention : les Hamilton, propriétaires de l’établissement et les Garland ou plus spécifiquement Richard (Steven Mackintosh), le gérant et sa fille Emma (Hermione Corfield) en quête d’une promotion. Comparée à tort de prochain Downton Abbey, The Halcyon a au contraire son identité propre et parvient à nous divertir sans pour autant faire vibrer notre cœur. Mais malgré un manque d’intensité et l’Histoire un peu trop relayée au second plan, reste que les personnages sont assez bien définis pour qu’on ait envie de les suivre toute une saison.

Un entre deux mondes

De toutes les propriétés qu’il possède, c’est très certainement dans le Halcyon que Lord Hamilton (Alex Jennings) aime le plus résider, notamment en compagnie de sa maîtresse, la pulpeuse et surtout très bruyante Charity Lambert (Charity Wakefield). Mr Garland qui lui est entièrement fidèle doit faire des pieds et des mains lorsque Lady Hamilton (Olivia Williams), jalouse comme deux et qui n’a pas la langue dans sa poche décide de lui rendre une visite impromptue. En tous les cas, leurs deux fils sont autrement plus sages que leur père. L’aîné des jumeaux Freddie (Jamie Blackley) suit une formation de pilote tandis que le benjamin Toby (Edward Bluemel) se trouve un emploi au Ministère de la Guerre. Tout change à la fin du premier épisode alors que Lord Hamilton succombe à une crise cardiaque. Dans les deux autres qui suivent, l’épouse du défunt veut se débarrasser de Richard qu’elle blâme pour sa complaisance passée. Puis, entre en scène Joe O’Hara (Matt Ryan), un reporter américain peu compatissant à l’égard de ses hôtes, mais rapidement séduit par le courage dont fait preuve la population anglaise.

Alors que Downton Abbey explorait la lente, mais certaine déchéance de l’influence aristocratique sur le pays, The Halcyon se retrouve entre deux périodes charnières de son l’histoire. En effet, c’est toujours la noblesse qui détient le plus gros portefeuille, mais elle est bien au fait que les temps ont changé et que les gens issus de la classe populaire ont une réelle influence sur les décisions du gouvernement. Ainsi, il est rafraîchissant de constater que la hiérarchie entre les employés de l’hôtel est quasiment nulle. Au contraire, ils forment une véritable famille. Au second épisode, Richard apprend qu’il n’a qu’un mois pour se trouver un autre emploi. Tour à tour, les employés, qu’il s’agisse d’un majordome ou d’un sous-chef lui offrent dans un premier temps qu’il vienne s’installer chez eux et plus tard, proposent de se cotiser afin qu’il ne se retrouve pas sur la paille. Dans des moments plus heureux comme l’anniversaire d’un « simple » portier, tout le personnel prend un verre à sa santé. Plus tard, Richard n’hésite pas à renvoyer son chef à la suite de comportements racistes envers Nico (Max Kleine), un nouvel employé juif et d’origine autrichienne qui a dû fuir son pays après l’Anschluss.

La situation est un peu plus ambigüe pour Lady Hamilton. Grâce à son statut nobiliaire, elle parvient à dissuader tous ses pairs d’engager Richard alors à la recherche d’un emploi. Par contre, aussitôt son mari décédé, c’est à son fils qu’échoient toutes les responsabilités et privilèges si bien qu’elle n’a toujours pas voix au chapitre en raison de son sexe. C’est probablement ce qui explique sa réaction très émotive, pour ne pas dire hystérique lorsque Freddy lui impose de garder Richard à la tête de l’administration de l’hôtel.

En gros, c’est le casting en entier la valeur sûre au Halcyon autant pour les défauts que pour les qualités de ses personnages. Emma qui est promue assistante de son père amènera un peu plus de souplesse et d’empathie dans la gestion des employés et on a bien hâte de voir si son idylle avec Freddie tiendra le coup en raison de leur différence de classe. Quant à Toby, espérons que son homosexualité (pour le moment il flirte avec Adil (Akshay Kumar) le barman) occupera une plus grande place dans le scénario que celle de Thomas dans Downton Abbey. Reste Richard et Lady Hamilton, tous les deux d’une même trempe, mais qui semblent assez prudents pour gérer uniquement leurs platebandes respectives.

Confettis et champagne

Peu de temps après la sortie de The Crown au Royaume-Uni, The Guardian a publié une très intéressante lettre d’opinion d’un de ses lecteurs s’insurgeant qu’à la télévision britannique, l’Histoire nous soit toujours racontée à travers le spectre des mieux nantis et qu’elle ne reflétait en rien le destin du véritable peuple. En ce sens, il n’a pas tort, mais lorsqu’on s’attarde aux séries historiques des dernières saisons (et elles sont nombreuses), il est évident que le public préfère les récits avec le point de vue « d’en-haut » et toute la magnificence qui l’accompagne (Donwton Abbey, Victoria) que de voir des colons à l’œuvre par exemple dans Jericho ou Banished.

Pour en revenir à The Halcyon, on privilégie plus ou moins la même approche, mais c’est là l’aspect le moins réussi de la série. Certes, on parle politique, mais peut-être est-ce en raison d’un budget limité, on sort peu des quatre murs de l’établissement et pour le moment, la plupart des discutions portant sur les événements extérieurs demeurent assez superficiels. Pourtant, la série a le potentiel de s’améliorer avec le temps à ce sujet. En effet,  il faudrait donner plus de place au journaliste O’Hara et sur ses réflexions ou encore mettre l’accent sur un nouveau client de l’hôtel chaque semaine, qu’il soit anglais ou provenant d’un des nombreux pays européens en guerre.

En tous les cas, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il y a un certain appétit pour cet établissement puisque 6,6 millions de téléspectateurs ont regardé le premier épisode le soir de sa diffusion, se classant au 13e rang des séries les plus vues de la semaine du 2 janvier sur ITV. Par contre, elle n’a pas réussi à ébranler l’hégémonie de BBC One ce soir-là. En effet,  Silent Witness, une série policière qui en est à sa vingtième saison a attiré dans la même case horaire un auditoire de 8,25 millions.

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