The Young Pope (2016) : on est loin du miracle

The Young Pope est une nouvelle série de 10 épisodes qui a été diffusée sur plusieurs chaînes en Europe, dont Sky Atlantic pour l’Italie et l’Allemagne et Canal+ en France à la fin octobre. Son voyage se poursuit de l’autre côté de l’océan puisque les Nords-Américains peuvent la visionner depuis la mi-janvier sur les ondes de HBO. Le titre fait référence à Lenny Belardo (Jude Law) un cardinal effacé qui à 47 ans est élu pape par le conclave. Mais contrairement à ce que certains auraient pu penser, ce n’est pas son jeune âge qui le rendra manipulable, bien au contraire puisqu’une fois sur son « trône », il prend aussitôt les rênes du pouvoir sans écouter d’autres idées que les siennes. Coproduction dirigée par Paolo Sorrentino et impliquant l’Italie, la France et l’Espagne, The Young Pope n’a de grand que le nom de ses acteurs. Le personnage principal est insaisissable tout comme l’est de facto la série et on peine à croire, ne serait-ce qu’une seule seconde qu’il ait été réellement élu par le conclave. Sinon, il y a peu de chances que ce format « pièce de théâtre », passé le premier coup d’œil, tienne en haleine son auditoire canadien et américain.

 

L’anti The Crown

On sait peu de choses du cardinal Belardo sinon qu’il est d’origine italo-américaine et qu’il a passé son enfance dans un orphelinat sous les bons soins de la sœur Mary (Diane Keaton). Celle-ci est d’ailleurs rapatriée au Vatican pour assister dans son quotidien le nouveau pape qui porte le nom de Pie XIII. Le premier des hommes d’Église à tomber des nues est le cardinal Voiello (Silvio Orlando). Probablement tout-puissant sous le règne de son prédécesseur, il y va des mêmes louvoiements, mais se fait rapidement remettre à sa place par son nouveau « patron ». En effet, dans les trois premiers épisodes, Pie XIII prend une suite de décisions qu’il est difficile de comprendre comme de ne plus compter sur des revenus à son effigie pour renflouer les caisses de l’état pontifical ou de cesser de se montrer en public. Plus la série avance, plus il se fait des ennemis, à commencer par son mentor le cardinal Michael Spencer (James Cromwell) qui croyait dur comme fer qu’il serait le prochain pape et qui depuis a plongé dans l’alcool. Mis à part la sœur Mary, il semble que le cardinal Gutierrez (Javier Camara) soit le seul confident de Pie XIII, mais il est bientôt recruté par Voiello comme « espion » du pape. Une guerre sourde s’amorce, mais on a nettement l’impression que l’opinion est derrière les opposants au pape… pour le moment.

Il est assez aisé de comparer The Crown à The Young Pope, et ce, même si la première s’inspire d’un personnage qui existe toujours et l’autre pas. Dans les deux cas, on a un chef suprême qui accède à ses fonctions alors qu’il est dans la force de l’âge, mais inexpérimenté. Dans les deux cas aussi, il s’agit d’un pouvoir assez hors du commun : moins temporel et au-dessus de la mêlée où le symbolisme y est pour beaucoup. La ligne entre les actions concrètes et idéologiques de ces souverains est donc assez floue. Reste le traitement. The Crown décortique à la perfection la fonction royale tout en fournissant une certaine critique sur ses archaïsmes et l’importance d’un changement de règne. Nulle surprise donc lorsqu’elle a remporté le 8 janvier le Golden Globe de la meilleure série dramatique.

C’est une autre histoire pour The Young Pope. Le principal problème avec la série de Sorrentino est qu’au cours des trois premiers épisodes il peine nous fournir une analyse satisfaisante du pouvoir papal. Qu’est-ce que ça veut dire devenir pape en 2016 ? Mis à part enflammer le cœur des croyants à coups de discours, peut-il réellement donner une orientation nouvelle à la religion catholique ? Aux prises avec une crise existentielle assommante, il ne nous présente aucun plan pour dépoussiérer l’institution qu’il représente, ce qui devrait pourtant être au cœur du récit. Puisque l’action se déroule à notre époque, on s’attendait à un genre de drame-fiction où l’actualité occuperait une part importante du récit : la question des femmes au sein de l’église, l’avortement ou l’homosexualité par exemple, mais il n’en est rien. L’une de ses premières décisions est de ne plus se montrer au public puisqu’il n’est que le serviteur de Dieu, souhaitant s’effacer derrière lui. En un sens c’est logique, mais en contradiction avec la principale fonction d’un pape qui est d’être vu par ses fidèles; de leur donner une image concrète du pouvoir de dieu sur Terre.

Ainsi, on voit Pie XIII se comporter davantage en souverain absolu à la Louis XIV qu’en pape du XXIe siècle. Il prend un malin plaisir à affirmer sa supériorité sur les autres, non pour le bien de l’église, mais par pure vanité, ce qui ne mène à rien. En effet, il regarde toujours ses interlocuteurs comme s’il avait envie de leur arracher les yeux tout en cherchant à les humilier sans que l’on comprenne à quoi rime cette frustration permanente. À Voiello, il dit à un moment : « The most pressing issue is my need for a cup of American coffee. Would you make me one, Your Eminence? » Plus tôt il exige d’avoir un Cherry Coke Zero pour le petit déjeuner : des caprices puéril dont on n’a que faire. Si certains téléspectateurs peuvent se gausser de cette arrogance, on a rapidement le sentiment de tourner en rond.

La coproduction in english

C’est une tendance de plus en plus marquée, notamment chez les Européens. Évidemment, lorsqu’on a trois chaînes qui financent la production (Sky Atlantic, Canal+ et HBO), il est évidemment logique d’y aller avec l’anglais, et ce, bien que les langues officielles du Vatican soient l’italien, le français, l’allemand et le latin. Dans ce cas, normalement il y a un genre de tabou concernant la langue parlée à même le scénario puisque la traduction entre éventuellement en ligne de cause.  Dans la version anglophone, Voiello avoue au pape : « My English does have its limits » et lui de répondre sur un ton arrogant : « You’d better improve it then. ». Blague méta ? En tout cas, elle n’est pas drôle…

Sinon, pour une coproduction avec de si gros joueurs, on est déçu par le manque de faste de The Young Pope qui se déroule dans 95 % des cas entre quatre murs, comme si on regardait une pièce de théâtre. Du coup, on en vient à la conclusion que la majorité du budget a servi à payer les trois acteurs principaux : Law, Keaton et Cromwell. Le plus dommage dans tout ça est qu’on a aussi de grandes actrices françaises au générique comme Cécile de France et Ludivine Sagnier, mais on peut compter leurs lignes sur les doigts d’une main et leurs présences se révèlent finalement insignifiantes.

En France sur Canal+, le casting prestigieux a manifestement opéré puisque 612 000 téléspectateurs ont regardé les deux premiers épisodes de The Young Pope avec une part d’audience de 14 %. En Italie sur Sky Atlantic, ils étaient 953 000 pour les mêmes épisodes, mais la semaine suivante, la série perdait près de la moitié de son public (seulement 517 000 pour les épisodes #3 et #4). Finalement, aux États-Unis, le départ a été plutôt modeste  puisque la série ne s’est même pas classée dans le top 100 des programmes câblés les plus regardés de la soirée du dimanche avec 963 000 téléspectateurs et un taux de 0,3 chez les 18-49 ans. Dans l’épisode suivant diffusé le lendemain, ils étaient 713 000 (taux de 0,19). En tous les cas, la création de Sorrentino a été renouvelée pour une seconde saison, mais pas attendue avant 2018 ou 2019. Largement le temps de l’oublier, donc…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s