Emerald City (2017): une brève route de brique jaunes ?

Emerald City est une nouvelle série de 10 épisodes qui est diffusée depuis le début janvier sur les ondes de NBC aux États-Unis. C’est dans cette ville qu’atterrira (littéralement) Dorothy Gale (Adria Arjona), une infirmière qui après s’être réfugiée dans une voiture de police durant une tornade se retrouve transportée dans ce monde fantastique. Évidemment, son seul but est de retourner dans son Kansas natal, mais pour ce faire, elle a besoin de l’aide du Magicien d’Oz (Vincent D’Onofrio), lequel est davantage sur ses gardes depuis l’arrivée de la jeune femme. Adaptation de la série de romans Land of Oz de L. Frank Baum, Emerald City revisite le classique en oubliant certains des repères des plus élémentaires, ce qui a tôt fait de nous perdre. Reste les personnages principaux, la plupart sans charisme qui peinent à nous convaincre de poursuivre l’aventure.

Revisiter un classique

Vingt ans après que sa mère toxicomane ait confié Dorothy aux bons soins de sa tante, elle tente mystérieusement de reprendre contact avec elle, mais lorsque la jeune fille la retrouve, elle baigne dans son sang et rien n’indique qu’elle survivra. Par malchance, une tornade s’abat au même moment sur la ville de Lucas et on connaît la suite : on change de monde et inopinément l’embarcation tombe tout droit dans un village d’Aborigènes et écrase la sorcière de l’Est (Florence Kasumba). Mais peu importe le caractère de la défunte, cette mort vient déséquilibrer le rapport de force dans le « royaume », ne laissant pour survivantes que la sorcière de l’Ouest (Ana Ularu) et Glinda au Nord (Joely Richardson). Reste le Magicien qui règne sur la cité d’Émeraude. Anna (Isabel Lucas), un genre d’oracle voit dans l’arrivée de Dorothy le chaos et aussitôt on lance des gardes à sa poursuite. Entretemps, la principale intéressée fait la rencontre de Lucas (Oliver Jackson-Cohen), un jeune homme qu’elle a retrouvé inconscient et attaché à une croix. Bien qu’il affirme ne se souvenir de rien, l’épée parmi ses maigres possessions suggère qu’il a été de la garde du Magicien autrefois. Ils font donc le chemin ensemble et peu à peu, il semble que Dorothy soit dotée de pouvoirs magiques… qu’elle aurait hérité de sa mère.

Remettre au goût du jour un classique est bel et bien dans l’air du temps : Disney engrange les millions au cinéma avec un public qui répond à l’appel. Dans le cas d’Emerald City, il y a bien eu plusieurs adaptations des histoires de Dorothy, qu’il s’agisse de téléfilms ou de dessins animés, mais l’œuvre qui fait consensus (The Wizard of Oz) date de 1939 et la curiosité était grande au lancement de cette nouveauté de NBC. Dès les premières scènes, il est évident que l’on s’oriente vers un contenu plus adulte, ne serait-ce qu’en raison de l’âge du personnage principal. Ici, Dorothy n’est plus une petite fille innocente, tout comme son « toto » qui n’est plus un chiot, mais un robuste berger allemand qui n’hésitera pas à faire usage de ses crocs si la situation se détériore. Certes, dans l’épisode double présenté au début janvier on a des personnages qui n’entendent pas à rire et des forces obscures apportent de l’ombre sur cette citée aux airs orientaux, mais on a de la difficulté à cerner les enjeux qui devraient nous motiver à poursuivre l’aventure jusqu’au bout. C’est que NBC mise sur un récit connu de la majorité de son public, mais pour ensuite nous enlever la plupart de nos repères. Ainsi, après trois épisodes, on n’a toujours pas rencontré le Lion ou le bûcheron en fer blanc et on est quelque peu déçu par l’épouvantail… qui n’en est pas un en fait. Mis à part quelques brins de paille sur son torse musclé et poilu, « Lucas » n’a pas de quête puisqu’il ne se souvient de rien. Bien entendu, les révélations viendront tôt ou tard concernant son passé obscur, mais en attendant, il suit Dorothy sans raison évidente.

Restent les « maîtres » du jeu qui pour le moment sont loin de nous intriguer. La sorcière de l’Ouest, si crainte dans le film de 1939 n’est qu’une adepte de sexe et d’euphorisants qui ne cesse de s’apitoyer sur son sort. Quant à Glinda, sa présence impose, mais lorsque l’on effectue une petite recherche sur imdb.com, elle ne sera présente que dans deux épisodes. Même chose quant à la défunte sorcière de l’Est qui était l’une des têtes d’affiche les plus exploitées de la campagne de promotion entourant la série alors qu’elle n’apparaîtra que dans trois épisodes. Reste le Magicien. En véritable seigneur de la cité, c’est lui qui a toutes les cartes en main, mais du point de vue scénaristique, tout semble extrêmement compliqué si bien que l’on peine à cerner ses desseins.

Une autre tendance qui s’essouffle

En 2013, History Channel étonnait tout le monde avec sa performance d’écoute entourant la diffusion de la série The Bible et certains networks avaient été prompts à prendre la balle au bond. En matière de récit à saveur biblique, CBS avec The Dovekeepers et NBC avec A.D. The Bible Continues ne s’en étaient pas trop mal tirées, mais ce fut ABC qui trois ans après le succès de la chaîne câblée se cassait les dents avec Of Kings and Prophets.  Dans le même sens, le mariage entre Disney et ABC a donné naissance à Once Upon a Time en 2011, fédérant près de 10 millions de téléspectateurs.  Deux ans plus tard, le même réseau profitait de cette vague et y allait avec ce que l’on pourrait qualifier de série dérivée : Once Upon a Time in Wonderland.  Mais le train était déjà passé et avec un faible auditoire de 3,8 millions, la série n’a connu qu’un opus tandis que OUAT est sur le respirateur artificiel cette année avec une demi-saison qui ne fédère que 3,5 millions.

 

Pour en revenir à NBC, Emerald City devait être tournée en 2014 pour une diffusion en 2015, mais après d’importants différends artistiques avec le showrunner Josh Friedman, la chaîne a tout simplement annulé le projet pour finalement faire marche arrière un an plus tard. Mais là encore, cette nouveauté n’est plus vraiment dans l’air du temps. Le fait que NBC lui ait donné la case horaire du vendredi 21 h ne devrait pas nous étonner et peut-être pour palier à une certaine lenteur, on a décidé de diffuser les deux premiers épisodes l’un à la suite de l’autre. Ainsi, pour sa première soirée, Emerald City a rassemblé 4,49 millions de téléspectateurs et récolté un taux de 1,0 chez les 18-49 ans. Une semaine plus tard, 3,29 millions restaient fidèles à la série avec un taux légèrement inférieur (0,8). À titre de comparaison, Grimm qui en est à sa sixième et qui obtient pour le moment un score équivalent se terminera définitivement en mars. À ce stade on doute que les aventures de la cité d’émeraudes fassent long feu.

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