Star (2016) : ça fausse

Star est une nouvelle série de 13 épisodes dont le premier a été diffusé à la mi-décembre sur les ondes de Fox aux États-Unis avant de reprendre du service en janvier dans sa case horaire du mercredi soir. Le titre fait référence au personnage principal (interprétée par Jude Demorest), une jeune femme qui après avoir accumulé les séjours en familles d’accueil décide de partir à la recherche de sa sœur Simone (Brittany O’Grady), elle aussi sous la coupe de parents qui l’hébergent. Une fois les deux réunies, destination Atlanta puisque c’est là qu’elles doivent rencontrer Alexandra (Ryan Destiny), venant d’un milieu beaucoup plus aisé, mais qui a aussi décidé de fuir le nid familial. C’est qu’elles ont toutes le même objectif : devenir de grandes chanteuses. Mais à peine commencent-elles une nouvelle vie que leurs démons du passé les rattrapent. Encouragée par Empire dont le succès ne se dément pas après trois saisons, Fox a renouvelé son alliance avec son créateur Lee Daniels pour une deuxième aventure qui peine à nous convaincre. Le problème vient surtout du manque de cohérence entre la narration et le côté musical qui sont censés nous faire passer en un claquement de doigts des larmes à une certaine coolitude : l’échec est patent.

 

 Des écorchées et des chansons

Les trois jeunes filles n’en peuvent plus de leurs conditions actuelles, d’où ce changement de vie pour le moins extrême au début du pilote. Rose (Naomi Campbell), la mère d’Alexandra est alcoolique tandis que son père Roland Crane (Lenny Kravitz) est un musicien reconnu, mais qui ne croit pas au talent de sa fille. C’est autrement plus dramatique pour Simone qui est régulièrement violée par son père adoptif Otis (Darius Leecan). Quant à Star, tout ce qu’on en sait c’est qu’elle s’enfuie après que sa mère adoptive lui ait demandé de faire la vaisselle… une fois de trop apparemment. Lorsqu’elles font la connaissance en personne d’Alex, les trois sont hébergées par Carlotta (Queen Latifah), la propriétaire d’un salon de coiffure et marraine de Star et de Simone. Les trois jeunes filles ne perdent pas de temps et par un tour de passe-passe, convainquent Jahil Rivera (Benjamin Bratt), un agent raté, de les représenter. Mais malgré leurs voix mélodieuses et la chimie du groupe, les problèmes ressurgissent. Roland retrouve sa fille et lui promet une carrière du moment qu’elle rentre avec lui, tandis que Simone est toxicomane. Quant à Star, on ne sait jusqu’où elle ira pour décrocher un contrat.

Que l’on soit noir ou blanc, dans l’univers de Lee Daniels, la pauvreté est le meilleur incubateur pour l’inspiration artistique et Star n’hésite pas à nous entraîner dans les bas-fonds d’Atlanta. Par contre, on décèle assez rapidement qu’avec de trop grosses intrigues, le scénario n’a tout simplement pas les moyens de ses ambitions.  C’est que ces lourdes intrigues sont automatiquement minées par les chansons qui les accompagnent. Non qu’elles soient ennuyeuses ou qu’on ose les taxer d’amateurisme : les trois chanteuses sont très talentueuses et les chorégraphies sont à couper le souffle, mais c’est la manière de les insérer au récit qui pose problème. Dans Empire par exemple, l’on ne chante que lorsque les protagonistes enregistrent un album ou qu’ils se produisent sur scène. Ici, les prestations sont insérées n’importe comment et à n’importe quelle occasion. Par exemple, Star se met en tête d’entrer en contact avec Jahil, mais le seul endroit où il est possible d’attirer son attention est dans une boite de strip-tease. La jeune femme se « déguise » comme il se doit et l’isole dans une salle privée pour lui montrer ses talents… de chanteuse évidemment. S’ensuit un montage dans l’établissement avec plusieurs danseuses qui se déhanchent lascivement : comme quoi la sexualité et le monde de la musique ne font qu’un!

Dans quelques autres exemples, l’on veut nous faire croire que le monde musical est le plus efficace des sédatifs. C’est ce que croit Star en tous les cas. Elle est bien la seule à ne pas se rendre à l’évidence que sa sœur est une toxicomane avec de graves problèmes. Star en effet est persuadée que tout ce qu’elle a besoin, c’est que sa frangine soit à ses côtés afin qu’elle aille mieux. À en croire la série, cela semble vrai. Lors d’une fête privée où elles doivent se donner en performance, la première chose que fait Simone est d’enfiler à la vitesse de l’éclair les gorgées de whisky. Malgré son état d’ébriété avancé, elle danse et chante comme si de rien n’était. Au troisième épisode, elle se retrouve à l’urgence (à cause d’une surdose de médicaments) et l’on voit Star, leur défunte mère et Alexandra vêtues d’une jaquette d’hôpital qui chantent : ♪ Stay with me baby ♪ ♪ Baby, baby ♪ ♪ I’m here for you ♪. Ce ne sont pas les paroles le problème, mais le ton groove un peu trop accrocheur alors que l’on devrait verser une larme.

D’autres émotions contradictoires

Star a en effet la maladresse aussi d’accumuler les incongruités ou de trouver le don de nous faire décrocher en raison des nombreuses exagérations. D’ailleurs, la rencontre entre les trois filles est assez improbable : elles quittent tout pour faire carrière ensemble alors qu’elles ne se sont parlées que via instagram. Sinon, ce meurtre d’Otis par Star vient rajouter une couche judiciaire de trop. La mère d’Alexandre interprétée par Naomi Campbell qui dans Empire aussi jouait les poupées de luxe est un véritable cliché ambulant.

Mais c’est Jahil qui remporte la palme de l’improbable. Artiste raté et cocaïnomane, on peine à croire qu’il soit proche de Hunter Morgan (Chad James Buchanan), un joueur de football qui a des intérêts en musique (les musiciennes surtout…). Pour financer ses trois muses, il prend part à toutes sortes de traquenards, dont celui de conduire à bon port un camion rempli à craquer d’immigrantes illégales.

Sinon, la styliste de Carlotta devrait revoir sa stratégie. On sent clairement que cette femme à la fois forte et sensible est le pendant de Cookie Lyons dans Empire, mais en beaucoup moins riche. Le seul atout qui lui reste pour qu’il émane d’elle une certaine excentricité est sa nombreuse collection de perruques. À l’épisode #3 lorsqu’elle se fait du sang d’encre pour Simone, elle en arbore une ridicule avec un « coq » vert fluo. On devrait être triste; on a envie de s’esclaffer.

Sinon, les trois chanteuses rêvent de participer à un important concours où elles auraient à se produire sur la scène Honda. Après la grossière commandite de Pepsi dans Empire, en plus des chansons de la série que l’on veut nous faire acheter sur iTunes, peut-on seulement avoir espérer d’avoir quarante minutes de contenu sur soixante pour nous divertir sans que l’on ait droit à un coucou des publicitaires ?

Il est évident que Fox voulait surfer sur la vague Empire avec Star, mais l’expérience n’est guère concluante. Après un début en décembre ayant attiré 6,7 millions de téléspectateurs avec un taux de 2,15 chez les 18-49 ans, le troisième épisode en janvier n’en rassemblait plus que 4,25 millions (taux de 1,4). Quand on pense qu’Empire, à sa troisième saison (et renouvelée pour une quatrième) peut encore compter sur un taux de 3,19 chez les plus jeunes, on doute que son acolyte connaisse un aussi long parcours. De toute façon la franchise n’a pas dit son dernier mot : Lee Daniels a révélé qu’Empire aurait éventuellement son spin-off qui porterait sur les années de jeunesse de Cookie Lyon…

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