One Day at a Time / The Mick (2017): des femmes obstinées

One Day at a Time est une nouvelle série de Netflix dont les 13 épisodes ont été mis en ligne le 6 janvier sur le site de vidéo sur demande. Le personnage principal Peneloppe Alvarez (Justina Machado) d’origine cubaine est une ancienne vétérante de l’armée américaine qui de retour au pays travaille comme infirmière tout en élevant ses deux enfants. De son côté, The Mick compte en principe 10 épisodes et est diffusée sur Fox depuis le début de l’année 2017. Elle met en scène Mickey Murphy (Kaitlin Olson), une femme irresponsable qui se voit confier la garde de ses neveux après que sa sœur et son beau-frère aient quitté précipitamment le pays, eux qui sont activement recherchés pour fraude et évasion fiscale. Dans le premier cas, on nous vend la série comme étant très drôle tout en ayant le courage de s’attaquer à des sujets sensibles alors que dans le second, on promeut des mises en situation irrévérencieuses. Pourtant, ces deux séries peinent à réinventer la roue et l’on doute qu’elles marquent le téléspectateur.

One Day at a Time: et un sujet à la fois

Peneloppe a beau avoir retrouvé la chaleur du foyer familial, son mari lui est toujours au front. Au moins durant ses heures de travail à la clinique elle peut compter sur leur voisin Schneider (Todd Brinnell) et sa mère Lydia (Rita Moreno) pour s’occuper de ses deux enfants, l’introvertie Elena (Isabella Gomez) et l’extroverti Alex (Marcel Ruiz). Pourtant, elle souffre de ne pas être au foyer à les voir grandir et elle se sent en constant état de stress, si bien que son médecin lui a confié des antidépresseurs qu’elle refuse de prendre au premier épisode ; le résultat d’une fierté mal placée. Dans le second épisode, on s’intéresse au sexisme alors que Lydia propose à Elena d’aller en cours maquillée (pour une fois), persuadée qu’elle attira davantage l’attention des autres. Dans l’épisode suivant, une dispute éclate entre Peneloppe et sa mère à propos de la religion et de l’utilité d’aller à l’église tous les dimanches.

Il faut d’entrée de jeu mentionner que One Day at a Time est un remake de la série éponyme diffusée sur CBS de 1975 à 1984 et qui mettait de l’avant une mère divorcée devant élever seule ses deux enfants. Outre l’aspect nostalgique, c’est plutôt le ton comédie dramatique que l’on a conservé puisque la famille a été passablement « actualisée », ne serait-ce qu’en raison de l’origine cubaine des protagonistes, ce qui nous donne une perspective toute différente. Dans la nouvelle version, on a droit à des acteurs et surtout des actrices extrêmement talentueux,  mais de là à qualifier la série de poignante ou de marquante, il y a tout un pas. Certes, il est rare que l’on aborde les thèmes de la dépression et des troubles de stress post-traumatique, surtout du point de vue comique, mais le sujet est plus ou moins délaissé dans les épisodes suivants. Pour créer un meilleur impact du côté du téléspectateur, il aurait fallu que ce sujet soit au centre des intrigues de la saison, comme c’était le cas avec la dépendance aux drogues et à l’alcool dans Mom qui a encore de beaux jours devant elle à CBS.

On peut aussi arguer que l’origine ethnique des protagonistes est une plus-value à la série, ce qui n’est pas faux, mais la sitcom Cristela d’ABC est déjà passée par-là à l’automne 2014. Là encore, on s’intéressait à divers sujets, notamment dans les trois premiers épisodes alors que la protagoniste du même nom se sentait sans arrêt pointée du doigt dans la firme d’avocats où elle effectuait un stage. Plus tard,  on la prenait systématiquement pour une nounou dès qu’elle se retrouvait avec des enfants. La seule différence entre les deux est que Cristela restait dans l’humour pur alors que One Day at a Time cherche aussi à nous attendrir, ce qui fonctionne, mais quelques fois seulement. Pourtant, tant qu’à changer de sujet chaque semaine, on aurait préféré qu’elle s’inspire de The Carmichael Show qui soulevait un réel débat à chaque diffusion en raison des opinions fortes, de droite comme de gauche de ses protagonistes.

The Mick : White Trash

À la voir aller, Mickey n’a d’autre chose à faire de ses journées que de boire et dormir. Sans surprise, elle est à sec de liquidités et s’invite à une réception donnée par sa sœur Poodle (Tricia O’Kelley). Lorsque celle-ci est arrêtée par les agents fédéraux, sans attendre sa réponse, elle lui confie la garde de ses trois enfants : Ben (Jack Stanton), le plus jeune et l’innocence même, le cadet Chip (Thomas Barbusca) qui croit tout pouvoir acheter avec de l’argent et l’aînée Sabrina (Sofia Black-D’Elia) qui est aussi chipie que tête dure envers sa tante qu’elle regarde de haut. Dans le premier épisode, la guerre est ouverte entre les deux alors que Mickey fraternise avec Alba (Carla Jimenez), la bonne. Dans le second, les deux femmes en ont assez de garder les enfants et telles Thelma et Louise, elles quittent le nid familial en confiant la garde des enfants à leurs plus que redoutables grands-parents paternels. La semaine suivante, Mickey s’inquiète que Sabrina et son petit ami n’utilisent aucun moyen de contraception lorsqu’ils ont des relations sexuelles et à défaut de réussir à la sensibiliser, tente de lui donner une bonne leçon….

Le générique de The Mick ne fait pas dans la dentelle lorsque vient le temps de dépeindre son personnage principal : dans un supermarché en pyjama avec un visage de lendemain de veille, elle se « régale » en viandes froides, croustilles et rince-bouche, se rase les aisselles et ressort avec un paquet de bières qu’elle n’a probablement pas payées. Cette nouveauté en fait justement trop avec cette soi-disant recette infaillible pour provoquer en nous le rire. Qu’il s’agisse de gifles, d’insultes (la grand-mère à ses petits-enfants : « I blame my idiot son and that whore mother of yours. ») ou de mises en situation comme lorsque Mickey falsifie le test de grossesse de Sabrina pour lui faire croire qu’elle est enceinte.

Mais par-dessus tout, c’est l’antipathie que l’on ressent à l’égard des personnages qui devient un frein à la longue. Il est assez évident que Mickey est d’un égoïsme sans nom. Et peut-être que ce qui la frustre le plus est que les trois enfants auxquels elle est désormais confrontée le sont autant qu’elle (parce qu’ils sont riches bien entendu…) À la longue, ce qui nous tape sur les nerfs est que certes, ils finissent par collaborer ou se rendre service mutuellement, mais seulement dans leur propre intérêt. Jamais l’amour filial ne traverse malgré tout entre la tante et les neuveux, ce que l’on retrouvait au moins avec la très moyenne Uncle Buck (dont la prémisse était identique par ailleurs).

La première de The Mick a attiré 8,58 millions de téléspectateurs avec un taux de 2,81 chez les 18-49 ans. Pour une série qui a été lancée un premier janvier, c’est tout un exploit. Puis, déplacée dans sa case horaire du mardi, plus de la moitié ont déserté, mais ils étaient toujours 3,3 millions (taux de 1,28), puis 3,02 (taux de 1,10) en troisième semaine, ce qui est encore très honorable pour une série de Fox. D’ailleurs, la chaîne a annoncé récemment qu’elle avait commandé quatre épisodes supplémentaires à la série. De son côté, Netflix continue de prendre un minimum de risques du côté de ses comédies. Après un retour de Fuller House en décembre et du séquel Wet Hot American Summer : Ten Years Later quelque part en 2017, nul doute que One Day at a Time reviendra à l’agenda du service de vidéo sur demande.

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