Rattrapage automnal anglais : Class (2016)

Class est une nouvelle série de huit épisodes qui a été diffusée du 22 octobre au 3 décembre sur les ondes de BBC Three en Angleterre et Space au Canada. L’action se déroule à la Coal Hill Academy alors qu’elle accueille deux nouveaux membres : Charlie (Greg Austin) et l’institutrice Miss Quill (Katherine Kelly) qui sont en fait des extra-terrestres venus se réfugier sur notre planète après qu’une guerre atroce ait dévasté la leur. Mais ce n’est pas en changeant d’endroit que les problèmes cessent pour autant. En effet, chaque semaine un monstre différent vient menacer la sécurité de ses habitants et c’est à Charlie et à ses nouveaux alliés de classe de les éliminer. Spin-off de la série culte Doctor Who, Class grâce à son équipe technique chevronnée dose au meilleur horreur, humour et aventures; le tout en proposant quelque chose d’à la fois familier et novateur à un auditoire plus jeune. Dans un cas comme celui-ci, les Américains empêtrés dans leurs adaptations formatées des DC Comics/Marvel auraient intérêt à prendre quelques notes.

Nouvelle expertise anglaise ?

Dans l’autre planète où ils vivaient, Charlie était un prince et Miss Quill son garde du corps. Une fois arrivés sur Terre, un faux sentiment de sécurité s’est installé chez eux puisqu’assez rapidement, le maître des ombres (leader of the shadows) décide de s’emparer de l’âme des étudiants tous réunis à un bal de graduation. Miss Quill et Charlie désemparés sont cependant secourus par le Doctor Who (Peter Capaldi) qui parvient à neutraliser le monstre, sans pour autant l’anéantir. C’est que sans que l’on comprenne trop pourquoi, April, une étudiante modèle, mais effacée se retrouve à partager le même cœur que lui. Soit on les tue tous les deux ou on les garde en vie et pour le moment cette deuxième option s’impose. Avant de partir vers d’autres missions, Who désigne Miss Quill, Charlie, April et trois autres étudiants comme étant les nouveaux protecteurs de l’école : Ram (Fady Elsayed), un joueur de soccer dont la petite amie a été tuée par le monstre, Tanya (Vivian Oparah) venant d’une famille très religieuse et dont le père est mort il y a quelques années et Matteusz (Jordan Renzo), le petit ami de Charlie. Dans le second épisode, un dragon maléfique s’est emparé de l’âme de l’entraîneur de Ram et tue des étudiants afin de décupler ses forces alors que dans le troisième, le même phénomène se produit, mais de la part d’un autre type d’extra-terrestre (le Lan Kin) qui avec ses immenses racines fait apparaître des proches décédés de nos protagonistes dans le but de les attirer dans les ténèbres.

 

En amorçant Class, on a encore en tête Crazyhead de Channel 4 qui s’adressait au même public, mais avec beaucoup moins d’inventivité et dans laquelle deux novices devaient éliminer des zombies qui les pourchassaient. Bien que la série ne se prenait pas au sérieux, l’ensemble ne livrait pas la marchandise et ressemblait trop aux multiples déclinaisons américaines qui de chaîne en chaîne répètent toujours le même schéma. Class a une signature tout à fait différente, mais pas totalement étrangère aux Anglais. C’est que le créateur et principal scénariste Patrick Ness est aussi producteur exécutif de la série aux côtés de Steven Moffat, le showrunner de Doctor Who et Brian Minchin à qui l’on doit entre autres Torchwood. Ce qui caractérise ces trois séries ? Leur ton déjanté, beaucoup d’effets spéciaux à la fois effrayants et fantastiques, un rythme endiablé et des personnages principaux drôles par moments, mais surtout attachants.

Le meilleur exemple d’une synthèse réussie se retrouve dans l’épisode #3 qui commence avec un très beau montage de la relation pour le moins fusionnelle de Tanya avec son père : de l’enfance jusqu’à l’enterrement de ce dernier. L’apparition de sa présence fantomatique, l’œuvre du Lan Kin, met autant l’accent sur la vulnérabilité de la jeune fille que sur sa force de caractère. À l’autre bout du spectre, nous avons Miss Quills qui reçoit le même genre de visite, mais de sa sœur. Dans son cas, c’est son côté froid et tactique qui ressort puisqu’à aucun moment elle ne se laisse berner. En même temps, c’est elle qui nous fait le plus rire comme lorsqu’elle y va d’un théâtral : « We are decorating! » dans le pilote afin qu’on la laisse tranquille ou encore quand elle lit dans l’épisode #3 une roman Hunger Game et qu’elle s’exclame à elle-même : « Did this really happened? »  Restent certaines intrigues ou enjeux dont on a de la difficulté parfois à comprendre tous les tenants et aboutissants, mais c’était aussi le cas avec Torchwood par exemple, ce qui ne nous a pas empêchés d’en apprécier l’essence.

Une différence qui importe peu

Alors qu’aux États-Unis le personnage homosexuel The Ray de DC Comics devrait atterrir sur les ondes de The CW quelque part en 2017, les Anglais ont une longueur d’avance à ce sujet. En effet, après Jack Harness (toujours dans Torchwood), c’est maintenant Charlie qui ne cache pas ses émotions envers Matteusz et rapidement ils forment un couple. Deux personnages principaux en deux séries d’aventures à être homosexuels… sans que cela ne paraisse pour autant. C’est qu’on n’en fait pas tout un plat : April avait le béguin pour Charlier, mais lui tout bonnement lui demande si Matteusz est célibataire. Il va ensuite le chercher à sa porte et danse avec lui à la soirée de graduation sans que quelqu’un passe un commentaire désobligeant. Au troisième épisode, son nouveau petit ami a beau venir se réfugier chez lui après que ses parents l’aient mis à la porte en raison de ses préférences sexuelles, Class a tout de même dépassé le stade de la démystification. Dans une entrevue de Buzzfeed Patrick Ness a répondu : « When I was a kid I never saw myself in books, I never saw myself on the screen, I never dreamed that the lead of the show would be somebody like me. The lack of that is harmful.I never saw it. It harms people, when you don’t see yourself on-screen. You are harmed, you are implicitly disinvited from the party ». Ici, l’important n’est pas tant de les voir aborder le thème de l’homosexualité, il est seulement question de voir des homosexuels, c’est tout. De l’autre côté de l’écran, personne ne s’en est plaint non plus et on doute que l’auditoire ait décroché en raison de ce facteur; comme quoi la frilosité de la plupart des producteurs quant à cette représentation n’a plus sa raison d’être en 2017.

Le seul élément déplorable avec les séries anglaises est que lors de leur conception, on se limite presque tout le temps à un arc narratif d’une saison seulement, si bien que les renouvèlements sont plutôt rares. En tous les cas, l’avenir est assez prometteur pour Class puisque BBC One la diffusera en mode linéaire sur ses ondes dès le 9 janvier; comme quoi la chaîne principale croit à la nouveauté de sa consœur. Les Américains aussi auront le privilège de découvrir la série qui s’ajoutera quelque part cette année dans la grille horaire de BBC America.

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