Rattrapage automnal anglais : Damned / Sunny D (2016)

Damned est une nouvelle série de six épisodes qui a été diffusée du 27 septembre au 1er novembre sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. L’action se déroule dans un centre de protection de la jeunesse avec des assistants sociaux qui n’ont pas la tâche facile entre les familles qu’elles doivent gérer et la bureaucratie reliée à leur milieu de travail. De son côté Sunny D est une nouvelle comédie de 4 épisodes qui a été diffusée du 27 novembre au 11 décembre sur le site de BBC Three. Le « D » du titre fait référence à Dane (Dane Baptiste), un jeune trentenaire vivant toujours chez ses parents qui un jour, complètement saoul, demande en mariage sa petite amie de longue date Nicola (Sasha Frost). Dès lors, l’anxiété en lui s’installe, ainsi qu’une certaine remise en question. Dans les deux cas, les créateurs se retrouvent aussi devant la caméra et leur empreinte est très forte, autant en ce qui à trait au contenu qu’au montage. L’un s’en tire assez bien, tandis que l’autre échoue.

Damned : peut-on rire de n’importe quoi ?

Parmi les principaux intervenants sociaux, nous avons Rose (Jo Brand), une ancienne assez blasée qui est davantage préoccupée par ses propres problèmes familiaux que par ceux des enfants. De son côté, son collègue Al (Alan Davies) s’est mis les pieds dans les plats en se rapprochant un peu trop d’une des mères dont il s’est occupé. Mentionnons aussi Nat (Isy Suttie), une stagiaire qui sait à peine se servir d’un téléphone et Nitin (Himesh Patel), un ex-policier engagé secrètement par la patronne Denise (Georgie Glen) pour espionner ses employés. Dans les trois premiers épisodes, on a l’impression qu’ils doivent sans arrêt gérer des montagnes russes, qu’il s’agisse d’un père et d’une mère ne donnant que des sucreries à leur nourrisson, d’un couple de parents gais victimes d’homophobie ou encore d’un père pour le moins désaxé qui décide de prendre en otage Rose, laquelle lui avait enlevé la garde de ses enfants quelques années plus tôt.

 

En lisant le synopsis de chacun de ces épisodes, il est assez difficile de croire que Damned est une comédie. Cela fait plus de sens par contre lorsqu’on sait que c’est Jo Brand qui en est l’inspiratrice, elle qui quelques années plus tôt a donné à la BBC la comédie Getting On se déroulant dans une unité de soins prolongée pour personnes en fin de vie. On ne s’intéressait non pas aux patients, mais au corps infirmier apathique et sans cesse en rivalité entre eux. On retrouve une formule similaire avec Damned ; c’est-à-dire que les parents n’occupent que l’arrière-plan pour laisser toute la place aux employés. Si dans la précédente série qui privilégiait un humour assez jaune, on en profitait pour critiquer le système médical, dans la nouveauté de Brand, ce facteur pourtant essentiel n’est pas assez présent. On passe en effet beaucoup trop de temps à les voir s’insulter entre eux et on ne comprend pas pourquoi il y a une pareille acrimonie au sein de l’équipe, particulièrement l’égard Nintin. Par exemple, au troisième épisode, quelqu’un trouve une photo qu’il a prise de son derrière lors d’une soirée très arrosée et Rose la fait circuler par courriel à tous les autres employés qui la mettent en arrière-plan de leur ordinateur. Aux insultes quotidiennes, difficile de trouver un peu de place pour une dénonciation sous le couvert de l’humour concernant leur emploi. On imagine aisément que celui-ci est loin d’être une partie de plaisir, mais lorsqu’ils se plaignent d’avoir trop de travail et pas assez de ressources, il est difficile de les plaindre, spécifiquement lorsque l’un d’entre eux au troisième épisode affirme : « It’s not my job to care. »

Reste le montage pour le moins incohérent. La caméra se déplace au gré des insultes à la technique du cinéma-vérité et à un moment, certains personnages s’adressent directement à elle. Faux documentaire ? Pas vraiment puisqu’à aucun moment l’on ne mentionne la présence d’une équipe technique. Au final, ces mouvements de caméra nous donnent davantage mal au cœur qu’ils ne réussissent à imposer un certain style.

Sunny D : une nouvelle signature pour BBC Three ?

Dane occupe un emploi plus qu’ennuyant avec une supérieure (Danielle Rayne Meyer) qui ne cesse de lui faire des avances. Ses parents Gloria (Liz Hume Dawson) et Lawrence (Don Warrington), le traitent encore comme un gamin tandis que sa sœur jumelle Kadean (Gbemisola Ikumelo) lui répète sans arrêt qu’il est de trop. Pourtant, force est d’admettre qu’il apprécie tout de même cette relation amour-haine avec sa famille, ce qui explique son stress à éventuellement devoir quitter le nid familial pour s’engager concrètement avec Nicola. Au cours des trois premiers épisodes, on le voit tergiverser alors qu’il s’offre une petite introspection en compagnie de ses amis.

On pourrait presque affirmer que la BBC Three, depuis son passage uniquement en ligne cherche à se donner une image bien distincte puisqu’il y a beaucoup de points communs entre Sunny D, Fleabag et Flat TV; les trois comédies maison de la chaîne. À bien y penser, la nouveauté de Dane Baptiste est quasiment un croisement des deux précédentes. En effet, le créateur est le premier noir à avoir été en nomination à l’Edenburg comedy awards et s’est forgé une fiction plus ou moins à l’image de sa véritable personnalité. Il en a été de même avec Phoebe Waller-Bridge qui en 2013 a vu son One Woman Show Fleabag couronné à l’Edinbugrh Festival Fringe pour ensuite nous être raconté en série. À l’autre bout du spectre, Flat TV nous arrivait au début du printemps avec une comédie déjantée dans laquelle la vie des deux protagonistes se confondait avec l’univers télévisuel que l’on connaît. Ici, les émotions de Dane nous sont transmises de plusieurs façons humoristiques, comme lorsque les personnages se retrouvent dans l’émission fictive « Keeping up with the Kar-Dane-Shians » et qu’ils nous disent ce qu’ils pensent réellement, comme si l’on était dans une téléréalité. Plus tard, on va de flashbacks en flashforward avec une télécommande de magnétoscope ou encore, on l’on se trouve dans « The Adventures of Superdane », une parodie de la populaire série Lois and Clark. C’est cette authenticité, mêlée à des références de la pop culture, particulièrement issue des années 90 qui font tout le charme de Sunny D. Quant au montage, contrairement à Damned il est plus cohérent : dynamique, à l’image de l’humour slapstick.

Le premier épisode de Damned a attiré 1,89 million de téléspectateurs et après quatre diffusions, la moyenne de l’auditoire se situait autour de 1,35 million. C’est un peu moins que la moyenne de The Windsors, mais un peu plus que Flowers, toutes deux diffusées sur Channel 4 et renouvelées pour une saison supplémentaire. Du côté de Sunny D, il faudrait que la série ait le même genre de succès que Fleabag qui après avoir été encensée par les critiques, a été achetée par Amazon pour une diffusion à l’international. Cela ne garantirait pas nécessairement une deuxième saison, mais au moins une plus grande exposition.

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