Beyond (2017): l’habit ne fait pas le moine

Beyond est une nouvelle série de dix épisodes dont les deux premiers ont été diffusés le 2 janvier sur les ondes de Freeform aux États-Unis. L’action tourne autour de Holden (Burkely Duffield) qui à la suite d’une bagarre alors qu’il avait 13 ans se retrouve dans un coma dont il ne sortira que 12 ans plus tard. À son réveil, il doit non seulement s’adapter à un monde qui a changé rapidement, mais aussi à certains pouvoirs surnaturels qu’il semble avoir hérité durant sa léthargie et qui suscitent la convoitise d’êtres mystérieux. Première série de la chaîne à être offerte dans son entièreté en SVOD après la diffusion de son pilote sur un mode linéaire, Freeform a beau se débattre comme le diable dans l’eau bénite pour s’amouracher un auditoire plus volatile que jamais, reste que quel que soit son enrobage, c’est son contenu qui importe. Malheureusement, Beyond n’est pas vraiment à la hauteur de ses ambitions.

Déjà-vu de A à Z

Un soir alors qu’Holden et son meilleur ami Kevin (Jordan Calloway) savourent probablement la première bière de leur vie, le grand frère colérique de ce dernier, Jeff (Jeff Pierce) leur cherche noise. C’est en voulant s’enfuir à bord de sa mobylette qu’il fait une chute qui le plonge dans un long sommeil. À son réveil, tout a évidemment bien changé, y compris lui-même puisque c’est à peine s’il se reconnaît dans la glace. Sinon, son jeune frère Luke (Jonathan Whitesell) est désormais à l’université tandis que ses parents, Diane (Romy Rosemont) et Tom (Michael McGrady) ont divorcé, mais ils s’efforcent dans un premier temps de cacher cette information à leur fils qui est en quête de stabilité. Justement, la convalescence de celui-ci une fois sur pieds est assez fulgurante si bien qu’en un temps record, il peut quitter l’hôpital. Pourtant, durant la nuit il se téléporte malgré lui dans la clairière où il a eu son accident et est assailli d’étranges visions. Deux personnes pour le moment s’intéressent à ce côté sombre ou du moins méconnu d’Holden : Willa (Dilan Gwyn) qui lui recommande de n’en parler à personne et L’Homme au gilet jaune (Peter Kelamis) qui cherche littéralement le kidnappeur en utilisant Kevin comme appât. À la fin du pilote, on comprend que pour le moment, ses pouvoirs extrêmes (tout casser sur son passage, déclencher des incendies, couper l’électricité, etc.) se manifestent seulement lorsqu’il est en colère. C’est finalement au troisième épisode qu’il s’installe chez Willa afin d’en apprendre davantage sur son passé.

Him, Thirteen, Stranger Things, The OA: on a l’impression de retrouver une parcelle de chacune de ces séries dans Beyond et pas seulement leurs qualités. Par exemple, dans HIM d’ITV, dans les thèmes on mélangeait problèmes de familles du point de vue d’un adolescent, lequel possédait aussi des pouvoirs surnaturels. Après avoir visionné toute la série, on s’est dit que l’auteure aurait dû n’exploiter qu’un seul de ces deux sujets et la même chose s’applique quant à la nouveauté de Freeform. Une fois sorti du coma et rentré dans sa ville natale, Holden est dans les faits un grand garçon de 13 ans. Pourtant, mis à part une gêne par rapport aux filles et le fait qu’il ne sache pas conduire, il n’a pas l’air de se sentir dépassé pour autant, notamment au niveau de ses pairs ou de l’informatique. Cette adaptation après avoir perdu plusieurs années d’une vie était au centre des intrigues de Thirteen (BBC) Three et même de la première saison de Rectify (Sundance TV) et jouait à merveille sur la corde sensible du téléspectateur. Dans les deux premiers épisodes de Beyond, on tente d’abord à cette composante du personnage, mais malgré tout on peine à nous émouvoir.

À partir du troisième épisode, on élabore davantage du côté de la science-fiction et avec L’Homme au gilet jaune au look rétro qui saigne du nez, difficile de ne pas penser à Stranger Things de Netflix. C’est par contre avec l’autre nouveauté du service de vidéo sur demande The OA que Beyond partage le plus de similarités. Dans les deux cas, on a des personnages principaux qui ont disparu de la civilisation durant plusieurs années et qui reviennent transformés par une expérience supranaturelle. Autant la première nous envoûtait majoritairement en raison des talents de conteuse de l’héroïne, autant sa conclusion « mystique » peinait à nous convaincre. C’est beaucoup moins évident avec Beyond puisqu’on a la très nette impression qu’au niveau du scénario, une fin crédible (même avec un volet surnaturel) ne sera pas au menu. Bref, le « voyage » de Holden ne semble pas déboucher sur quelque chose qui ait du sens, d’où la difficulté de nous engager à long terme, et ce, peu importe le mode de diffusion.

L’Avenir de Freeform

Depuis qu’ABC Family est devenue Freeform avec pour plan de viser une nouvelle clientèle : les 14-34 ans, la chaîne ne fait qu’accumuler les échecs du côté fiction. Mis à part la très moyenne Shadowhunters, ni Recovery Road, Guit ou Dead of Summer n’ont trouvé leur public. Seulement en termes de visionnement classique, la chaîne a perdu 16 % de parts de marché au dernier quadrimestre de 2016. Évidemment, pour ce qui est du rattrapage en ligne, c’est une tout autre histoire avec une hausse de 33 % de son auditoire âgé entre 18 et 34 ans. Freeform est même la première chaîne à s’être associée avec Nielsen dans le but de créer une nouvelle forme de comptabilité de l’auditoire en incluant les deux modes de diffusion. Devant un si grand défi, on n’est donc pas surpris que Freeform ait décidé de mettre la série dans son entièreté en ligne le jour de son lancement télé, à la fois sur freeform.com et sur Hulu (sans compter l’app. Freeform et Freeform sur demande). Reste qu’il y a une grande part d’improvisation dans cette décision puisque les scénaristes et producteurs exécutifs Adam Nussdorf et David Eick n’étaient même pas au courant et que forcément, le mode d’écriture n’est pas adapté à ce genre de diffusion…

Malgré tous ses efforts, reste à savoir si la chaîne a tout simplement les reins assez solides pour entrer dans la cour des Netflix et Amazon qui dépensent présentement des sommes astronomiques dans du nouveau contenu qui ne cesse de décupler. On aurait tendance à répondre par la négative et ce n’est certainement pas Beyond qui avec plus de défauts que de qualités marquera le coup d’envoi de cette nouvelle direction. Pour le moment, la chaîne est clairement en mode expérimentation et essaie tant bien que mal de faire sa place dans un paysage sériel de plus en plus compact.

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