(Bilan) The Witness for the Prosecution (2016): LE cadeau des fêtes de BBC II

The Witness for the Prosecution est une nouvelle minisérie de deux épisodes qui ont été diffusés les 26 et 27 décembre sur les ondes de BBC One en Angleterre. Nous nous retrouvons en 1923 alors qu’Emily French (Kim Cattrall), une riche veuve est retrouvée assassinée dans sa luxueuse demeure de Londres. Le premier suspect est Leonard Vole (Billy Howle), son jeune amant à qui elle a légué récemment toute sa fortune. Bien que le procès ne soit qu’une formalité pour plusieurs, John Mayhew (Toby Jones) s’acharne à le défendre contre vents et marées puisqu’en effet, cette nuit dramatique est entourée d’un voile de mystère. Scénarisée par Sarah Phelps qui l’an dernier nous a donné l’excellente And Then There Were None, cette seconde adaptation d’un roman d’Agatha Christie de la BBC durant la période festive vaut éminemment le détour.  On a en effet visé juste en privilégiant le passé des personnages plutôt que de s’attarder aux joutes verbales d’un procès, le tout, appuyé d’une solide mise en scène.

Le traumatisme de 14-18 (*** divulgâcheurs)

Malgré un âge avancé, Emily French a l’habitude de s’amouracher d’hommes plus jeunes qu’elle et lorsqu’elle rencontre Leonard, il n’est qu’un insignifiant garçon de table qui vient de perdre son emploi… pour une énième fois. Elle tombe immédiatement amoureuse de lui, au grand déplaisir de sa fidèle domestique Janet (Monica Dolan)  qui croit voir clair dans son jeu et dès que sa maîtresse est retrouvée assassinée, elle n’hésite pas à le désigner coupable. C’est à ce moment que Mayhew entre en scène. Il met d’abord tous ses espoirs sur le témoignage de Romaine, sa petite amie qui pourrait le disculper. Or, à la dernière minute, cette chanteuse de music-hall tergiverse et l’incrimine. Mais l’avocat de l’accusé n’a pas dit son dernier mot et tombe sur l’ancienne rivale de scène de Romaine, désormais défigurée et qui lui remet des lettres intimes lui ayant appartenu.  Ce témoin à charge n’étant plus crédible, Leonard est disculpé et peut maintenant jouir de sa nouvelle fortune comme bon lui semble et en donne une substantielle part à Mayhew pour le remercier. C’est en liquidant les biens de Miss French que celui-ci tombe sur une preuve paraissant incriminer Janet, laquelle sera pendue. Quelques mois plus tard, le détective, en vacances en France avec sa femme Alice (Hayley Carmichael) tombe sur Leonard… fraîchement marié à Romaine. Tout n’était donc que du bluff ?

Contrairement à ce que laisse présager le titre, The Witness for the Prosecution n’est pas tant une série judiciaire, mais bien un drame touchant plusieurs personnes, ce qui nous apparaît clair dès les premiers plans. En effet, au début du premier épisode, comme au second, on y voit Leonard et Romaine terrés dans un genre de bunker alors que les bombardements font rage durant la Première Guerre mondiale. Il n’y a que décombres autour d’eux et leur air traumatisé nous en dit long sur ce qu’ils ont dû endurer. En fait, ce conflit est exactement le point de départ de cette descente aux enfers de la plupart des protagonistes. Qu’il ait été héros de guerre, peu importe : Leonard multiplie les emplois minables tandis que Romaine n’est qu’une figurante dans un numéro de danse, mais même lorsqu’elle accède au rôle principal, elle ne semble toujours pas satisfaite. On comprend peu à peu que ces survivants n’ont rien oublié et qu’ils ont de surcroît perdu toute foi en l’humanité. Lorsque le couple est démasqué par Mayhew, ils n’éprouvent pas une once de pitié. Comme le clame Leonard : « Murder? Just one life after so many. (…) We are what happens when you butcher the young, when you cheat us, you lie to us, you expect us to be grateful just for being alive. ». En effet, qu’est-ce qu’un meurtre pour le couple après tout ce qu’ils ont enduré ? Sans pour autant excuser leur comportement, leur raisonnement contient une certaine logique : désabusés, c’est à qui sera le plus malin pour tenter de survivre.

Mayhew est en quelque sorte leur opposé. Le grand drame de cette guerre pour lui, c’est d’y avoir perdu un fils. Durant un épisode et demi, on l‘entend tousser (les effets des gaz de combat utilisés durant 14-18), comme s’il portait sa croix. On n’est donc pas surpris de toute l’énergie qu’il met à défendre le jeune Leonard; un genre de fils de substitution en qui il refuse de voir le mal. En ce sens, on comprend mieux sa vulnérabilité lorsqu’il se met à pleurer comme un enfant en entendant Romaine chanter devant son public « Let Me Call You Sweetheart » : qui symbolise une certaine innocence, une pureté des sentiments qui n’a plus sa place après les terribles épreuves qu’il a connues.

 

Du frisson à la morosité

Si The Witness for the Prosecution a sur le téléspectateur un tel impact, c’est évidemment en grande partie grâce à la mise en scène. Et encore une fois, l’on comprend mieux pourquoi les adaptations des romans d’Agatha Christie connaissent un si grand succès puisqu’outre le volet policier, indémodable en soi, elles ne se limitent pas à un genre en particulier. Par exemple, dans And Then There Were None l’an dernier, la réalisation était très grinçante et l’on était perpétuellement stressé juste à l’idée qu’un protagoniste s’aventure seul dans un coin sombre de la villa isolée. Même en retournant dans leur passé, on s’intéressait davantage à leurs crimes qu’à leurs états d’âme et le gris omniprésent qui dominait au niveau de l’éclairage nous transmettait à la perfection cette froideur des cœurs. Avec The Witness for the Prosecution, on est ailleurs. À l’image de ces âmes désabusées, les couleurs qui dominent Londres sont le jaunâtre et le verdâtre. La plupart des scènes se déroulant la nuit, on peut ainsi duper plus aisément le téléspectateur, notamment dans la scène où Romaine, à l’aide de maquillage à réussit à se défigurer afin de se faire passer pour une autre lors de sa rencontre avec Mayhew sans que l’on ne se doute de rien. Et le contraste n’en est que plus grand durant les 30 dernières minutes de l’épisode final. Le détective a reçu un traitement approprié : ses bronches sont dégagées et avec sa femme ils peuvent enfin s’offrir de belles vacances. Dès lors, tout est lumineux et on respire presque autant que lui. Mais c’est bien mal connaître la reine du suspens pour croire que tout finira bien. Parce que c’est justement à ce moment où tous semblent avoir ce qu’ils méritent que les masques tombent et nous atteigne de plein fouet, rendant pour une deuxième année consécutive cette production de BBC un incontournable du temps des fêtes.

Sans surprise, durant ses deux soirs consécutifs, The Witness for the Prosecution s’est classée au sommet du palmarès des programmes les plus regardés du 26 et 27 décembre. Avec un tel succès d’audience, nul doute que la BBC nous arrivera avec une nouvelle adaptation l’an prochain et l’on frémit déjà d’impatience sur celle qui sera sélectionnée. L’autre bonne nouvelle est que le service de vidéo sur demande Acorn TV offrira aussi la série à ses abonnés un peu partout dans le monde dès le 30 janvier.

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