Rattrapage automnal anglais : Close to the Enemy (2016)

Close to the Enemy est une nouvelle série de sept épisodes diffusée depuis la mi-novembre sur les ondes de BBC Two en Angleterre. L’action se déroule en 1946 alors que l’Europe se remet avec grand mal de la dernière guerre. Pourtant, la vie continue et la compétition entre pays aussi avec les premiers soubresauts de la Guerre froide. Afin de maintenir son statut dans le monde, l’on accorde au capitaine Callum Ferguson (Jim Sturgess) une période de six jours pour convaincre Dieter Koehler (August Diehl), un brillant scientifique allemand de travailler à la construction d’avions à réaction. Seulement, ce dernier se montre rébarbatif, d’autant plus qu’il a été amené de force sur l’île britannique avec sa fillette Lotte (Lucy Ward). Pendant ce temps, on a Kathy (Phoebe Fox), de l’unité des crimes de guerre qui vient singulièrement compliquer cette opération séduction. C’est peut-être le titre qui laissait présager un prometteur drame noir, mais Close to the Enemy nous déçoit à plus d’un niveau. Pour une série assez courte, on a l’impression qu’elle s’attarde à 90 % sur des histoires secondaires assez inintéressantes au détriment de la trame principale. Reste un tas d’autres petits irritants incluant le casting qui ont tôt fait de mettre au défi notre patience.

Un drôle de portrait d’Après-Guerre

Callum a beau promettre monts et merveilles à Dieter et Lotte, ce n’est pas l’appât du gain qui pourrait convaincre cette famille décimée qui a définitivement le mal du pays. Pour le moment, tous sont logés et nourris dans un hôtel qui a échappé aux bombardements et un semblant de routine s’installe et des relations se nouent. Il y a entre autres l’idylle épistolaire de Callum avec Julia (Charity Wakefield) qui semble être une prostituée de luxe et avec Rachel Lombard (Charlotte Riley) une riche Américaine fraîchement établie à Londres… et surtout mariée. Mentionnons aussi Harold Lindsay Jones (Alfred Molina), un haut fonctionnaire aux Affaires étrangères qui vient en aide au jeune frère de Callum, Victor (Freddie Highmore), un ancien soldat atteint de troubles de stress post-traumatique. Ce n’est qu’au troisième épisode que Dieter acceptera finalement de travailler pour le gouvernement britannique, au détriment de Kathy qui s’insurge qu’au nom de l’intérêt de l’État, on puisse passer l’éponge aussi facilement sur des faits et gestes perpétrés par les ennemis d’hier. Sans rien trouver de concret sur Dieter, elle continue tout de même à s’intéresser au petit clan gravitant autour de l’hôtel.

En temps normal, lorsqu’au scénario on a un scientifique allemand, une agente de la MI6 et un capitaine avec les pleins-pouvoirs, le tout dans un contexte d’après-guerre, on pense immédiatement à un drame d’espionnage, à des scènes de filature, des personnages sous couverture et une course contre la montre. Close to the Enemy n’est malheureusement rien de tout ça. En fait, après trois épisodes on se demande toujours qui est cet « ennemi si proche » puisque dès le début Dieter est traité avec égards et que son principal souci est le bonheur de sa petite fille. Le manque criant d’enjeu outre que le train-train quotidien à l’hôtel est probablement ce qui nous déconcerte le plus ici, d’autant plus que les cliffhangers sont assez insignifiants. Sinon, du côté de Callum, on a droit à deux flashbacks en autant d’épisodes où l’on voit des soldats anglais se préparer à déjeuner en plein air lorsque des Allemands surgissent de nulle part et ouvrent le feu. Ces segments sont si brefs qu’on ne sait trop comment les interpréter, d’autant plus que ces souvenirs n’affectent aucunement le quotidien du capitaine. Quant au côté plus technique, on a droit à plusieurs problèmes de raccords, des mises en situation qui ne font aucun sens et quelques dialogues faiblards, ce qui est loin de redorer le blason de la série.

Un casting imposé et distrayant

C’est en regardant Close to the Enemy que l’on réalise à quel point le talent des acteurs anglais est reconnu au niveau international. En effet, la plupart des têtes d’affiche se sont déjà illustrées notamment aux États-Unis au point où l’on ignorait jusqu’à leurs origines britanniques. C’est d’abord le cas avec Jim Sturgess qui interprétait le cuisinier cocaïnomane Dion dans Feed The Beast d’AMC, malheureusement annulée. Même chose pour Freddie Highmore qui continue de nous effrayer sur A&E dans son rôle du psychopathe Norman dans Bates Motel. Il y a aussi Ringwood, le bras droit de Callum qui est interprété par Alfie Allen… le « castré » Theon Greyjoy de Game of Thrones. Enfin, mentionnons Alfred Molina, alias l’absurde Dr Edelweiss d’Angie Tribeca. Qu’on ne se méprenne pas, ce sont tous d’excellents acteurs, mais leurs rôles précédents étaient si marquants et ceux qu’ils occupent dans la nouveauté de BBC Two sont si fades qu’ils manquent malgré eux de crédibilité.

L’autre problème au niveau du casting est en lien direct avec la Charte de la chaîne publique. C’est qu’en 2022, la BBC devra mieux refléter sa diversité autant derrière que devant l’écran et des quotas ont même été établis, qu’il s’agisse de minorités visibles ou de personnes LGBT. Si à première vue l’objectif est noble, son application l’est moins et Close to the Enemy incarne le meilleur exemple étant donné que la série se déroule à une époque où l’immigration n’était pas si massive. En effet, deux Noires font partie de la distribution. D’une part, on a Eva (Angela Basset) qui incarne une chanteuse de jazz, ce qui est plutôt banal comme casting après qu’ITV ait elle aussi donné quelques lignes à un même genre d’artiste dans la saison 4 en 2013. Et mis à part de chanter et d’offrir des oranges à ses téléspectateurs, son apport aux intrigues est assez restreint. L’autre est la nouvelle collègue de Dieter avec qui elle concevra des avions modernes. 1946 : UNE scientifique et noire de surcroit. À une époque où les femmes, même blanches, restaient encore en majorité au foyer, c’est extrêmement difficile à avaler. Loin d’incarner la diversité à l’écran, on sent que ces actrices ont été imposées, ce qui n’aide en rien la cause des minorités.

Lentement, mais sûrement, on note un certain déclin du côté de l’auditoire. 2,74 millions de téléspectateurs ont regardé le premier épisode en direct qui s’est classé au 5e rang de la chaîne dans la semaine du 7 novembre. À la mi-saison, plus de la moitié de l’auditoire avait déserté la fiction puisqu’ils n’étaient plus que 1,87 million et l’émission dégringolait au 12e rang. Il ne reste plus qu’à espérer que The Halcyon qui s’installera sur les ondes d’ITV dès janvier, elle aussi se déroulant majoritairement dans un hôtel de luxe durant la Deuxième Guerre mondiale remportera plus de succès.

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