Rattrapage automnal anglais : Hooten & The Lady (2016)

Hooten & The Lady est une nouvelle série de 10 épisodes qui a été diffusée à partir de la mi-septembre sur les ondes de Sky 1 en Angleterre. Le titre fait référence à Ulysses Hooten (Michael Landes) une sorte de vagabond filou d’origine américaine qui se passionne pour les voyages à travers le monde tandis que la Lady en question est Alex Lindo-Parker (Ophelia Lovibond), une aristocrate employée au British Museum et qui est amenée à se rendre sur le terrain en raison de sa connaissance aiguë des artefacts. Tout au cours de la saison, ils se retrouveront malgré eux empêtrés dans des aventures aux quatre coins du globe ou leurs qualités respectives permettront d’éclaircir plusieurs mystères, et ce, bien qu’ils aient des tempéraments diamétralement opposés. Série on ne peut plus conventionnelle, Hooten & The Lady parvient néanmoins à nous divertir là ou des équivalents américains ont échoué. Et la liste des incongruités a beau s’allonger de semaine en semaine, Sky 1 nous livre tout de même une fiction familiale efficace et sans prétention.

 

On ne réinvente pas la roue, mais au moins on l’améliore

Ayant grandi dans la ouate entourée de domestiques, Alex est ravie de se faire offrir un voyage en Amazonie par le musée dans le but de partir à la recherche du campement du célèbre explorateur anglais du début du XXe siècle Percy Fawcett, lequel y a perdu la vie et dont la dépouille n’a jamais été retrouvée. Sans que l’on comprenne trop comment, elle et Hooten font équipe et après s’être enfuis des griffes d’une tribu aux mœurs discutables, ils retrouvent la caverne de l’explorateur, en plus d’une carte menant apparemment à une cité toute en or. Dans le second épisode, le duo se revoit à Rome alors que c’est cette fois Hooten qui demande à Alex de l’aider à retrouver le Livre des Sybillins, un recueil d’oracles datant de l’Antiquité, mais voilà que la mafia aussi les suit au pas. La semaine suivante, Alex engage son partenaire qu’elle retrouve en Égypte alors que tout indique qu’un groupe de chercheurs aurait retrouvé le tombeau d’Alexandre le Grand. Pourtant, la plupart des intervenants dans cette histoire ont des desseins contraires à leurs missions officielles.

Série procédurale avec enquête de la semaine et un duo aux antipodes : rien de bien novateur dans ce concept. Ici, Hooten est désorganisé, un brin délinquant, téméraire et séducteur alors qu’Alex est réservée, très à cheval sur les conventions et analytique. Malgré une certaine animosité, ils se complètent et seulement à la vue de ces détails on pourrait penser qu’il s’agit d’une série américaine proposée par l’un des networks. En fait, Hooten & the Lady est un genre de mélange entre MacGyver de CBS et Timeless de NBC, mais en version réussie.

Dans la série de CBS, on a droit à un duo indépendant qui voyage autour du globe et qui parvient à s’en sortir grâce à des objets du commun. Outre le fait qu’il s’agissait d’un ennuyeux remake sans saveur, l’équipe aurait bien pu affronter ses ennemis dans une seule et même ville qu’on n’aurait pu voir la différence tellement les lieux visités ne servaient qu’à donner une allure de carte postale à la mise en scène. En effet, avec la série de Sky 1, qu’on ait tourné ou pas la plupart des scènes en studio, reste qu’on a bien plus l’impression de voyager avec eux ne serait-ce que pour le but de leurs enquêtes : retrouver ou sauver des artéfacts locaux intimement reliés à leur ville d’origine. Justement, le but des enquêtes du duo est beaucoup plus attrayant que l’inévitable course aux terroristes exploitée à satiété du côté américain, même lorsque les protagonistes voyagent (Crossing Lines par exemple).

Dans le même sens, on réalise que les aventures culturelles dans Hooten & The Lady nous font beaucoup plus voyager que celles dans Timeless. En effet, dans les épisodes de NBC, chaque semaine les trois personnages principaux se rendent à une époque différente de l’Histoire afin de conserver le présent tel quel. Réduisant ces missions « d’époque » à de simples poursuites composées de scènes de combat en costumes, la série anglaise est étonnamment plus efficace. Il y a quelque chose de rigolo (et de novateur) à voir nos deux aventuriers en herbe grimper aux plafonds du Vatican pour examiner une peinture ou encore d’explorer les imposants tombeaux d’Égypte. Qui plus est, leurs enquêtes sont tout à fait légitimes du point de vue historique puisqu’on ignore encore aujourd’hui où se trouve le tombeau d’Alexandre le Grand, où a passé les derniers instants de sa vie l’explorateur Fawcett et s’il existe encore des exemplaires des Livres sibyllins. Autant les connaissances qu’Alex partage à l’écran de même que leurs enquêtes personnelles nous divertissent, autant cela nous donne envie de nous renseigner sur ces différentes énigmes.

Quelques bémols

Malgré son côté ludique, on ne peut passer sous silence quelques faiblesses scénaristiques et métaphoriques, à commencer par le titre. On ne peut en effet s’empêcher de sourciller par le fait qu’Alex soit définie comme n’étant qu’une « Lady » alors que Hooten a son identité propre, d’autant plus qu’elle partage à parts égales le temps d’antenne avec son coéquipier. Sinon, il y a le fait que l’on ait cette Anglaise et cet Américain qui s’aventurent dans ces pays ou régions, pour la plupart moins civilisés. Bien malgré eux, ils sont un peu l’incarnation de ce colonialisme honni alors qu’eux seuls sont assez intelligents pour résoudre les énigmes… des autres. En même temps, il ne faut pas s’arrêter à cette première impression puisque dans chacun des trois épisodes, ils accomplissent leurs missions afin de démocratiser la culture et non s’en emparer au nom de la grandeur d’un pays ou de la renommée d’un musée.

Du côté du scénario, on reste assez sommaire dans la construction des personnages. Le montage un peu brouillon du début font qu’on n’a aucune idée sur la manière dont Alex et Hooten sont entrés en contact, ni comment ils se retrouvent ligotés au sein d’une tribu qui veut leur faire la peau. Dans le second épisode, on apprend qu’Alex doit essayer des robes de mariage alors que la cérémonie aura lieu dans les prochains jours, mais jamais on n’aborde la question concernant l’identité de son fiancé… Ni de son mariage dans l’épisode suivant. Quant à Hooten, on sait que la totalité de l’argent qu’il gagne est remise à des œuvres de charité, mais on ignore encore où il vit ou comment il lui est possible de se payer de si fréquents voyages.

Sinon, on reste surpris que des méchants puissent pointer leurs armes sur eux en plein jour et que personne parmi la population locale, quel que soit le pays, ne bronche. Dans le premier épisode, le camp de Fawcett retrouvé par les deux compères est conservé comme si on l’avait quitté la veille et jamais on ne voit Alex sortir son téléphone ou appareil photo lorsqu’elle retrouve face à des trésors sans prix.

En tous les cas, Hooten & The Lady n’a pas fini de nous faire voyager. 1,2 million de téléspectateurs ont regardé en direct le pilote et l’auditoire fidèle pour la saison complète se chiffre à 750 000. Considérant que c’est le genre de série qui s’exportera sans problème à travers les pays d’Europe, on n’a pas été surpris lorsque Sky 1 a annoncé qu’elle renouvelait la série pour une seconde saison.

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