Rattrapage automnal anglais : Paranoid (2016)

Paranoid est une nouvelle coproduction britannico-germanique de 8 épisodes qui a été diffusée du 22 septembre au 10 novembre sur les ondes d’ITV en Angleterre et qui se retrouve actuellement sur Netflix. L’action se déroule dans la ville fictive de Woodmere alors qu’un homme dont le visage est voilé par un capuchon s’introduit dans un parc où plusieurs enfants s’amusent et poignarde à plusieurs reprises une mère, Angela Benton (Emma Bispham). Dès lors, une enquête s’amorce impliquant la détective Nina Suresh (Indira Varma) et ses acolytes Bobby Day (Robert Glenister) et Alec Wayfield (Dino Fetscher). Mais voilà qu’en plus d’éprouver de la difficulté avec l’enquête qui multiplie les faux-semblants, ils peinent à gérer leurs vies chaotiques. Bien que la série ne soit pas à court de retournements de situation, c’est l’intrusion dans la vie privée des protagonistes qui ne nous convainc qu’à moitié. Sinon, Paranoid est un autre exemple de ce qui ne fonctionne pas avec les coproductions internationales.

Le vrai du faux

Alors qu’Angela rendait son dernier souffle sous les coups de poignard du tueur, c’est Lucy, une quakeresse qui se trouvait aussi au parc qui a secouru son jeune fils Luke (William Flanagan), lequel vit désormais chez son grand-père Eric (John Duttine). Après une enquête minutieuse, il semble que l’auteur du crime soit Jacob Apley (Richard Kelleher), un homme souffrant de troubles mentaux. Lorsque la police retrouve enfin sa trace, son corps est retrouvé et tout indique qu’il s’agit d’un suicide. En même temps, Nina, Alec et Bobby reçoivent constamment des notes d’une personne anonyme essayant de les aider au cours de leur enquête; leur disant où chercher, à qui parler, etc. L’une d’entre elles leur suggère d’enquêter sur le père de Luke, Ruben qui vit en Allemagne. Manque de pot encore une fois : Linda Felber (Christiane Paul) et Walti Merian (Dominik Tiefenthaler) de la police de Düsseldorf avec qui ils collaborent le retrouvent mort : un suicide (encore). Reste qu’un homme masqué rôde toujours à Woodmere et il en aurait après des documents écrits par Angela, lesquels nous laissent croire qu’ils seraient reliés à une société pharmaceutique allemande.

Le titre de la série reflète assez bien l’état des lieux ici puisqu’on n’a aucune idée qui croire et on a toujours l’impression qu’il y a anguille sous roche, à commencer par les enquêtes. En effet, deux suicides en peu de jours, ça commence à faire beaucoup. Dès le second épisode, il est établi que Jacob n’a pas tué Angela, pas plus qu’il ne se serait enlevé la vie, tout comme Ruben qui d’après la police aurait pu être noyé. Du côté des enquêteurs, il y a Alec ainsi que son entourage familial qui nous laisse perplexes. C’est que Chris Crowley (Michael Maloney), le psychiatre qui traitait Jacob est en couple avec Monica (Polly Walker)… sa mère. Lors d’une discussion avec Nina, le détective lui dit que cette dernière est une menteuse pathologique et qu’en aucun cas il ne faut pas prêter foi à ses propos. À l’opposé, Monica s’entretient avec elle plus tard et lui avoue que son fils est fragile mentalement et qu’il a tenté de se suicider après une affaire de cœur qui a mal tourné alors qu’il n’avait que 17 ans. Normalement, on aurait tendance à croire le détective, mais Chris en rajoute en mentionnant qu’Alec a eu des problèmes psychologiques par le passé.

On a donc ici plusieurs points d’interrogation qui réussissent à nous accrocher, mais c’est lorsqu’on s’attarde au côté « humain » des détectives que Paranoid perd des points. En effet, lorsqu’on nous propose une série policière de type procédurale, on peut se permettre de mettre tout l’accent sur les enquêtes et à la limite, on s’accommode de représentants des forces de l’ordre unidimensionnels. Par contre lorsqu’il s’agit d’une investigation s’étalant sur toute une saison, il est primordial de s’attacher à ceux qui tentent de retrouver le coupable ainsi qu’aux proches des victimes, à l’image de l’excellente Broadchurch qui a été diffusée sur la même chaîne.  Ce n’est malheureusement pas du tout le cas avec Paranoid. Certes, les personnages ont leurs problèmes, mais ils sont inintéressants. Bobby a beau être un détective brillant, il souffre de troubles d’anxiété, ce qui ne fait pas avancer d’un iota l’histoire. Quant à Nina, au premier épisode son petit ami lui annonce qu’il la quitte et il nous faut endurer sa crise de la quarantaine, elle qui se préoccupe de ne pas encore avoir eu d’enfants. Reste les familles des victimes, après trois épisodes ils n’ont toujours pas eu leur heure de gloire et on doute qu’ils l’aient éventuellement. Seule la romance naissante entre Nina et Alec pourrait aboutir à quelque chose et idéalement avoir un lien avec l’enquête, mais aurons-nous assez de patience pour nous rendre jusqu’à la huitième heure ?

Une coproduction forcée

À l’heure où Netflix fait trembler tous les marchés télévisuels avec ses budgets colossaux, une des seules solutions pour les petits pays qui rêvent eux aussi de grandeur est de se regrouper afin d’amener davantage d’argent frais sur la table. Jusqu’ici, rares sont celles qui ont réussi à nous impressionner. Taxi Brooklyn (TF1/NBC), Houdini & Dolyle (Global/ITV Encore), You, Me and the Apocalypse (CBS/Sky1): aucun de ces partenariats entre les deux continents n’a passé le cap de la première saison. C’est comme si l’efficacité narrative à l’américaine et le côté plus artistique à l’européenne dans tous ces cas n’avaient jamais réussi à atteindre l’équilibre recherché, pas plus qu’il n’était parvenu à rallier un solide auditoire de part et d’autre de l’Atlantique. Dans Paranoid, c’est justement cette alliance entre deux pays qui vient miner le scénario. Comme l’Allemagne a elle aussi contribué, il fallait donc l’inclure d’une façon ou d’une autre dans les intrigues, mais l’apport de Linda et Walti est assez nul. Ils n’ont aucune profondeur et peinent à s’imbriquer dans la gravité du récit, enquêtant nonchalamment et entretenant des rapports se limitant à quelques présences via Skype avec leurs acolytes anglais. Ces scènes ont tout simplement l’air rajoutées au montage et le père de Luke aurait pu se trouver dans une ville voisine de Woodmere au lieu de l’Allemagne que ça n’aurait absolument rien changé à la structure de la série.

Le premier épisode de Paranoid a néanmoins suscité la curiosité de beaucoup d’Anglais puisqu’ils étaient 5,52 millions devant leur écran. Lentement, mais sûrement, le nombre de téléspectateurs a diminué et ils étaient 3,87 toujours présents à la conclusion du drame policier. La moyenne est exactement la même que The Level : 4 millions. Dans les deux cas, ITV n’a fait aucune annonce à ce jour concernant un éventuel renouvellement.

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