Incorporated (2016) : tension chez les cols blancs

Incorporated est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la fin novembre sur les ondes de SyFy aux États-Unis et Showcase au Canada. L’action se déroule en 2074 alors que la grande majorité des pays ont fait faillite et que seules les larges corporations ont réussi à rassembler un semblant d’ordre et d’abondance pour leurs poignées d’employés qui vivent dans la « zone verte ». Le reste de la population quant à elle, fortement affectée par les changements climatiques vit dans une pauvreté absolue dans les « zones rouges ». Ben Larson (Sean Teale) est issu de ce milieu, mais grâce à la ruse, il a réussi à occuper un poste important à la SPIGA, une grande compagnie. Bien entendu, le fait qu’il soit marié à Laura (Allison Miller), la fille de sa patronne Elizabeth (Julia Ormond) ne lui a sans doute pas nuit. Toujours est-il qu’il est obsédé à secourir Elena (Denyse Belding), un amour de jeunesse qui vit rabaissée au rang d’esclave sexuelle dans la zone rouge avec l’aide de son frère Theo (Eddie Ramos). Mais pour ce faire, il doit monter en grade et échafaude un plan pour le moins machiavélique et surtout risqué. Incorporated est assez efficace lorsqu’elle se met à fond dans les intrigues de bureau. Par contre, le monde avant-gardiste qu’elle s’est créée n’est pas exploité à son plein potentiel.

Tout risquer par amour

Ben travaille pour un programme surnommé Everclear qui consiste à lire les pensées et rêves des gens, mais la technologie n’est pas encore au point, ce qui commence à irriter de plus en plus la direction. Le jeune homme profite donc de ce climat de tension pour organiser une sortie dans la zone rouge avec des collègues, dont Chad (David Hewlett), un supérieur qu’il parvient à enivrer afin de s’accaparer de son sang. Une seule goutte de celui-ci lui permet d’avoir accès à plusieurs informations confidentielles et lorsqu’il s’en empare, l’on croit que c’est Chad qui joue un double jeu et il est arrêté sur le champ. Dès lors une compétition débute entre Ben et son collègue Roger (Douglas Nyback) qui est aussi déterminé que lui. Dans le second épisode, Laura fait tout ce qu’elle peut pour sauver Chad et sa famille de la déchéance, mais rien n’y fait et on abandonne le pauvre dans la zone rouge après lui avoir effacé la mémoire. Dans l’épisode suivant, Diana Walters (Krista Bridges) d’une autre corporation souhaite rejoindre les rangs de la SPIGA, mais la défection d’employés d’une compagnie à une autre est très mal vue, si bien qu’ils font croire à sa mort.

Les amateurs de films cultes comme La Firme devraient y trouver leur compte avec Incorporated. L’on comprend très tôt à quel point chacun d’entre eux est privilégié d’avoir un emploi et que c’est quasiment une question de vie ou de mort lorsqu’une opportunité de monter en grade s’offre à eux. Les astuces de Ben sont assez ingénieuses et même lorsqu’il y a enquête externe concernant le comportement pour le moins suicidaire de Chad, il parvient à s’en sortir avec brio. Si cette compétition trouve un écho si fort auprès des téléspectateurs, c’est que l’actualité y est pour quelque chose. Par exemple, il y a à peine deux ans, Tim Draper, un important investisseur de la Sillicon Valley demandait carrément la scission de la Californie en six états. Trop populeuse, chacun d’entre eux pourrait mieux gérer son territoire et comme par hasard, le sien est l’un des plus puissants des États-Unis comparé à la Californie du Sud plus en retard économiquement.

À l’inverse, la motivation de Ben de sauver Elena, soit, le cœur de l’intrigue demeure boiteuse. Marié, éprouvant une grande affection envers sa femme, on comprend mal pourquoi il s’apprête à tout risquer par amour. L’histoire parallèle concernant Theo n’est pas plus  convaincante. Certes, lui aussi est plein de ressources et il est un peu notre « représentant » de la zone rouge, mais ses combats de boxe ne semblent qu’une excuse pour nous faire décrocher d’une intrigue plus cérébrale à un genre d’action plus tangible.

Et l’Histoire derrière l’histoire ?

Ce qu’il y a de frustrant avec Incorporated est qu’elle s’est trop investie au niveau personnel, laissant peu de place au contexte qu’elle s’est créée pourtant fort pertinent, d’autant plus étonnant que les scripts ont été écrits et tournés bien avant l’élection de Donald Trump à la tête du pays. Peu favorable aux changements climatiques ou à des mesures sociales comme l’Obamacare et venant du milieu des affaires, c’est peut-être un futur régenté par des corporations qui nous attend, qui sait ? Au cours des premiers épisodes, on nous glisse toutes sortes d’information plus qu’intrigantes concernant leur réalité, la plus intéressante concernant… le Canada. C’est que le pays a décidé de construire un mur sur sa frontière commune avec les États-Unis parce que le nombre d’immigrants illégaux était ingérable pour la monarchie constitutionnelle du nord. À l’heure où Trump a fait une partie de sa campagne sur l’érection d’un mur à la frontière du Mexique, ce retournement de situation fictif  est assez ironique, d’autant plus qu’on a appris récemment que la grande archive du web prévoyait de sauvegarder tous ses sites dans des serveurs au Canada, de peur que le nouveau président ne s’attaque à la neutralité du Web.

Sinon, au point de vue visuel, on est loin de l’expertise habituelle attribuée à SyFy. Comme la grande majorité de l’action se déroule dans la zone verte, mis à part une technologie plus avancée, le soleil continue de briller, les gens mangent à leur faim et ils sont tous entourés d’une végétation luxuriante. Quant à la zone rouge, crasseuse et sombrant dans la débauche, on pourrait aisément trouver un quartier comme celui-ci dans l’une des grandes villes américaines comme New York ou Chicago. En somme, on n’a pas vraiment l’impression qu’une cinquantaine d’années se sont écoulées et sans contexte mondial suffisant, le scénario perd de sa superbe.

Après avoir dévoilée son premier épisode sur le web à la mi-novembre, la reprise  « officielle » d’Incorporated à la télévision a attiré 523 000 téléspectateurs avec un taux de 0,15 chez les 18-49 ans. Par chance, cette audience s’est maintenue les deux semaines suivantes (539 000 ép. #2, 572 000 ép. #3) et on note même une hausse du taux « payant » qui en moyenne se situe désormais à 0,17. Si celui-ci se maintient comme c’est déjà le cas pour ses cotes d’écoute générales, SyFy pourrait bien lui accorder une suite.

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