Rattrapage automnal anglais : Crazyhead (2016)

Crazyhead est une nouvelle série de six épisodes qui a été diffusée sur les ondes de la chaîne E4 en Angleterre du 19 octobre au 23 novembre. Depuis qu’Amy (Cara Thebold) a cessé un traitement médical spécial et les pilules qui allaient avec, la jeune femme croit être atteinte de visions. Par contre, les zombies qu’elle semble voir partout sont bel et bien réels à en croire Raquel (Susan Wokoma), sa nouvelle copine qui malgré un amateurisme évident, s’est donné pour mission d’anéantir tous ceux qui à Bristol tenteraient de troubler sa tranquillité. Les deux héroïnes font équipe, mais leurs ennemis se font de plus en plus intenses, d’autant plus que désormais, ils n’hésitent pas à s’en prendre aux proches des deux femmes. Genre de fourre-tout censé plaire aux jeunes, Crazyhead se contente du minimum et d’un humour à peine pour le moins paresseux. Et comme c’est le cas ici, il faudrait arrêter de qualifier automatiquement une série de féministe dès que des femmes sont les personnages principaux.

Un don…

Callum (Tony Curran), le médecin d’Amy lui confirme que ses visions ne sont que des effets secondaires normaux depuis qu’elle a arrêté de prendre sa médication, mais un soir en sortant d’un bar, la jeune femme est agressée par l’un d’eux et Raquel vient à son secours en rouant de coups ce zombie qui prend la fuite. Par la suite, elle lui confirme que les ceux-ci existent réellement et qu’à sa connaissance, elles sont les seules à pouvoir les voir. Dans le cas de Raquel, ça s’explique assez aisément puisque sa mère, une humaine, a eu une aventure avec un zombie, Sawyer (Luke Allen-Gale) si bien qu’elle est « métisse », mais pas pour autant experte en la matière. Dans le premier épisode, Amy découvre que sa meilleure amie Suzanne (Riann Steele) est en fait une zombie elle aussi et avec Raquel, elles tentent de l’exorciser, mais sans succès puisqu’elle meurt. Pendant ce temps, Sawyer qui malgré son état privilégie le bien-être de sa fille est capturé par ses acolytes, lesquels obéissent aux ordres de Callum qui bien entendu se cache sous une fausse couverture. Malheureusement, Raquel et Amy arrivent trop tard et ce dernier décède. Au troisième épisode, Suzanne est revenue à la « vie », les deux femmes la kidnappent et s’enfuient à la campagne pour échapper à ceux qui leur en veulent.

Inutile de revenir sur l’immense succès que connaît en ce moment The Walking Dead ainsi que toutes les séries câblées américaines qui ont repris paresseusement le même concept (Ash vs Evil (Starz), Z Nation et Aftermath de SyFy entre autres). On est par contre un peu déçu qu’une chaîne anglaise reproduise ce même schéma, du moins à moitié. BBC Three en 2013 nous arrivait elle aussi avec une histoire de zombies avec In the Flesh, mais l’accent était davantage mis sur l’exclusion sociale que ces êtres représentaient dans un futur rapproché au lieu de bêtes scènes de combat.  Même E4 l’hiver dernier, a su faire preuve d’une certaine inventivité, notamment avec Tripped dans laquelle deux jeunes qui après avoir consommé beaucoup de drogues amorçaient un voyage dans le temps. Dans chaque épisode, on les retrouvait dans un univers parallèle avec des destins différents; résultats de gestes commis par le passé.

À l’inverse, avec Crazyhead, on stagne au premier niveau. On s’amuse manifestement à nous montrer ces jeunes filles tabasser les zombies avec tout ce qui leur tombe sous la main. On y a même ajouté un volet « exorciste » avec des formules incantatoires afin de délivrer les âmes démoniaques par ces êtres démoniaques. Quant à l’humour, il est et inutilement puéril et surtout forcé. Par exemple, la session d’exorcisme requiert selon Raquel que l’on urine sur ces personnes possédées. Dans le même ordre des choses, plus tard Sawyer rend visite à Raquel, mais son frère Tyler (Arinzé Kene) n’a aucune idée qui il est. Afin de pouvoir converser en paix avec lui, elle propose à Amy de coucher avec lui… Reste le personnage de Jake (Lewis Reeves), amoureux d’Amy. Il a beau se montrer très serviable au cours des épisodes, sa vulgarité d’adolescent obsédé par le sexe est exaspérante. Mais au final, peu importe ces thèmes réchauffés et l’humour plus que moyen : c’est la structure narrative qui même à la mi-saison reste floue. On ne sait toujours pas ce que les zombies veulent, pourquoi Amy les voit et quels seront leurs prochains objectifs. En temps normal, ce pourrait être un bon suspens, mais ici ça ressemble davantage à de l’improvisation.

Avoir des couilles, c’est « féministe » ?

À tort, certains ont qualifié Crazyhead de série féministe, mais avec des arguments tenant peu la route. En effet, ce n’est pas parce que les deux personnages principaux sont des femmes qui rouent de coups leurs adversaires qu’automatiquement on peut célébrer leur « girl power ». D’une part, si l’on est si étonné de voir ces deux jeunes femmes à l’avant-plan dans une série d’horreur, c’est surtout parce que le genre en soi a une certaine tradition de misogynie; les femmes étant plus souvent les victimes des sadiques que l’inverse. Sinon, qu’y a-t-il d’honorant à les voir se battre « comme des hommes » ? La même question se posait avec Sweet/Vicious (MTV) alors que les deux héroïnes le soir s’habillaient de noir et faisaient la peau aux violeurs du campus, pensant que cela mettrait du baume sur le cœur des victimes. Dans la nouveauté d’E4, les zombies ont peu de profondeur et à part sucer le sang de leurs humains, ils ne servent pas à grand-chose si bien que de les massacrer à coup de tuyaux comme s’ils n’étaient que de simples objets sans âmes n’a rien de bien héroïque. Au début du premier épisode, tout portait à croire que les morts-vivants n’étaient que de sexe masculin, ce qui aurait pu représenter une quelconque métaphore entre les genres, mais comme finalement il y a aussi des femmes zombies, cette théorie tombe à l’eau. De toute façon, au final on n’en connaît pas assez sur Amy et Raquel pour être en mesure d’affirmer en quoi elles représentent à la télévision une image positive aux jeunes filles qui les suivent dans leurs aventures.

Le premier épisode de Crazyhead a rassemblé 200 000 téléspectateurs en direct, ce qui n’est pas beaucoup, mais E4 demeure une chaîne marginale. Netflix qui coproduit la série la rendra disponible sur sa plateforme dès le 16 décembre. Peut-être qu’un accueil favorable à l’international influencera les diffuseurs à lui accorder une suite ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s