Rattrapage automnal anglais (2016) : National Treasure (Bilan)

National Treasure est une série de quatre épisodes qui a été diffusée du 20 septembre au 4 octobre sur les ondes de Channel 4 en Angleterre et a été acquise par Hulu pour sa diffusion en Amérique dès le 1er mars 2017. Le titre fait référence à Paul Finchley (Robbie Coltrane), une légende vivante de la comédie qui un jour est accusé de viol par plusieurs victimes. Il a beau s’entourer des meilleurs avocats de la ville, ces poursuites viennent non seulement ternir son image publique, mais créent une véritable implosion au sein de sa famille. Tout de même, la question demeure ; est-il coupable ou non?  National Treasure est inspirée de l’opération policière Yewtree qui il y a quelques années a mené à l’arrestation de plusieurs vedettes de la télévision en lien avec des allégations d’abus sexuels, notamment envers des mineurs. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, la nouveauté de Channel 4 est tout aussi efficace qu’un documentaire, par exemple lorsque vient le temps d’aborder la notion de culture du viol, du rôle des médias, de la police, de la justice et des accusés bien entendu. Autant du point de vue diégétique qu’une réflexion plus large sur notre société, tout y est passé au peigne fin avec cette petite pépite de la chaîne. À voir.

Des téléspectateurs pour jury  (*divulgâcheurs)

Le lendemain d’une cérémonie où Paul à l’honneur de récompenser son meilleur ami et acolyte de jeu Gerry (Mark Lewis Jones) pour l’ensemble de sa carrière, la police débarque et effectue une fouille chez lui. C’est qu’une victime l’a accusé de viol dans les années 90 et lorsque la presse est au courant, ce sont six autres femmes qui portent aussi plainte pour harcèlement contre lui. Dès lors, son contrat pour une chaîne de télévision est suspendu, et ce, bien qu’il clame haut et fort qu’il est innocent. Le tourbillon médiatique dans lequel il est embourbé affecte bien entendu son épouse Marie (Julie Walters) qui était au courant qu’il avait des maîtresses, mais surtout leur fille Dee (Andrea Riseborhough). Instable depuis l’adolescence, elle a déjà eu des problèmes de consommation et effectué une tentative de suicide par le passé. Elle est d’autant plus sous le choc lorsqu’elle apprend que l’une des plaignantes n’est autre que son ancienne gardienne Christina (Susan Lynch). Pourtant, après enquête, les avocats de Paul réussissent à décrédibiliser une à une les plaignantes, jusqu’à ce qu’il n’en reste que deux. Lors du procès, ils ont beau jeu de relever toutes les incongruités dans leurs dépositions et à a fin de la série, Paul est acquitté et tout semble rentrer dans l’ordre…

On a beau nous offrir cette histoire du point de vue de Paul, reste qu’il est difficile tout au long de la série d’éprouver réellement de l’antipathie à son égard. Par exemple, on découvre au cours des premiers épisodes qu’il a toujours entretenu des maîtresses (même Marie était au courant, mais du moment qu’il lui disait la vérité, elle acceptait de fermer les yeux) et la police a trouvé beaucoup de pornographie dans son ordinateur personnel. Il dit n’avoir jamais rencontré la plupart de celles qui l’accusent, mais en même temps, le jour même après avoir été informé des accusations portées contre lui et avoir subi un interrogatoire en règle, au lieu d’aller chercher du réconfort auprès de ses proches il va coucher avec une maîtresse. Qui plus est, jamais on ne le voit s’effondrer ou craquer… un peu comme si au bout du compte, il n’était pas surpris par ces allégations. Mais est-ce que ça fait de lui un violeur ?

En même temps, là où National Treasure réussit son coup de maître est que jamais dans son scénario ou son montage on ne se résout à prouver hors de tout doute que Paul est coupable. Dans un premier temps, ses avocats réussissent à déstabiliser les plaignantes auprès du jury : la gardienne, fauchée, a accepté 30 000£ pour raconter son histoire en exclusivité à un journal et la voiture dans laquelle elle dit avoir été violée était en possession de Marie ce soir-là. Quant à Rebecca (Kate Hardie), l’autre qui l’accuse, un an après son supposé viol, on découvre qu’elle lui a écrit une lettre enflammée, elle qui était sa plus grande fan.

La caméra vient elle aussi brouiller les pistes. Le soir du supposé viol de Christina, cette dernière gardait Dee. La croyant endormie, on la voit ensuite se mettre du rouge à lèvres et flirter avec Paul à son arrivée. Dee se réveille et entend des gémissements au rez-de-chaussée, mais on ne peut affirmer s’il s’agit d’un acte consentant ou non, d’autant plus que jamais la caméra nous montre un plan de ce qui s’est passé. Même chose au troisième épisode alors que Gerry confesse à Marie que le soir où Dee à été amenée à l’hôpital après sa tentative de suicide, il est accouru pour prévenir Paul, mais sachant qu’il faisait l’amour (avec Rebecca), il n’a pas osé les interrompre. Dans le plan précédent, l’on voit la star faire du charme à son admiratrice visiblement inconfortable, mais on ne les voit jamais passer à l’acte, donc, impossible d’affirmer qu’elle a été forcée. Reste ce gros plan de Paul dans le box des accusés alors qu’il verse quelques larmes pendant que Rebecca revient sur les détails de l’agression. Repentir ? Destiné à émouvoir le jury ? Le fait est qu’à ce point, il empathie certainement à ce que Rebecca dit avoir ressenti, mais visiblement, l’homme ne sait tout simplement pas où est la ligne entre une agression et du sexe entre personnes consentantes.

Voir clair dans ces zones grises

National Treasure est encore plus pertinente lorsqu’elle se questionne de manière plus large quant à notre société et cet enjeu. À un moment, une journaliste interview Paul qui se plaint que l’on donne de la crédibilité aux allégations portées contre lui et celle-ci apporte un argument intéressant : dans un cas où nous avons un homme accusé de viol et une femme qui rapporte l’agression, quelle devrait être la priorité de la police ? Prouver que Paul est non coupable ou que la supposée victime dit la vérité ? Après tout, dans notre système de lois, on est innocent jusqu’à preuve du contraire. De plus, on parle souvent du calvaire des présumées victimes lorsqu’elles osent s’exposer au grand jour dans les médias, mais qu’en est-il des proches de l’accusé ? On le voit ici, Dee est d’une extrême fragilité et à cause du cirque médiatique, elle est à deux doigts de se donner la mort. Quant à Marie, la police lui pose toutes sortes de questions plus qu’embarrassantes sur les maîtresses de son mari et sa vie sexuelle. Au final, à qui profite ce scandale ? Pourquoi alors dénoncer, surtout lorsqu’il s’agit d’un crime perpétré il y a plusieurs décennies ? Marie a sa propre théorie là-dessus : « Everybody wants to be a victim these days, because it makes life so much easier to explain ». Une opinion malheureusement partagée par une partie de la population…

En exploitant avec un doigté incomparable toutes ces zones grises, National Treasure mérite amplement son succès d’auditoire : 4 millions de téléspectateurs ont regardé le premier épisode en direct, ce qui place la fiction au premier rang de la chaîne dans la semaine du 19 septembre. Et malgré une légère baisse, ils étaient tout de même 3,47 millions encore présents devant leur téléviseur pour une moyenne totale de 3,45.

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