Shut Eye (2016) : un futur incertain

Shut Eye est une nouvelle série dont l’entièreté des épisodes (10) a été mise en ligne le 7 décembre sur le site de vidéo sur demande Hulu. L’action se déroule à Los Angeles au sein d’une communauté de voyants qui s’en met plein les poches à coup de prédictions plus ou moins fondées. L’un d’entre eux est Charlie Haverford (Jeffrey Donovan), un arnaqueur de première qui peut compter sur une clientèle fidélisée jusqu’au jour où il annonce à l’une d’elles que son petit ami la trompe avec une autre. Le lendemain, le principal concerné le roue de coups et après un bref séjour à l’hôpital, il se met à avoir des visions qui ironiquement s’avéreront exactes. Dernière série américaine d’une certaine envergure à faire son entrée dans notre petit écran avant la période des fêtes, Shut Eye, malgré une prémisse très originale et une tête d’affiche charismatique ne livre tout simplement pas la marchandise. C’est que les différents univers dans lesquels évoluent nos personnages ne semblent jamais se rencontrer et après trois épisodes, on peut conclure que l’ensemble a été exploité des plus maladroitement.

Des coulisses assez fades

Après son agression, les médecins ont beau rassurer Charlie, son épouse Linda (KaDee Strickland) et leur fils Nick (Dylan Schmid), reste que le principal intéressé, en traversant les couloirs se met à entendre à l’avance ce que les gens autour de lui vont se dire, et ce, même s’ils se trouvent à plusieurs mètres de lui. Dans un deuxième temps, il fait des prédictions à ses amis les plus proches qui étonnamment se réalisent. Par exemple, il dit à Eduardo Bernal (David Zayas), le chef d’un gang criminel que son fils n’est en fait pas atteint de la maladie d’asperger (c’était le diagnostic du médecin) et qu’une simple chirurgie au niveau de l’oreille devrait le remettre sur pieds, ce qui s’avère véritable. Encouragé par sa femme à s’émanciper du clan Romani, un genre de mafia de gitans avec à sa tête l’imposante Rita (Isabelle Rossellini) qui s’octroie de larges commissions, Charile est néanmoins pris de vertiges et accepte d’être suivi par la Dre Nora White (Susan Misner), une neurologue peu orthodoxe avec qui il développe rapidement une complicité.

Sur papier, les scénarios des subséquents épisodes de Shut Eye peuvent sembler intéressants, mais en pratique, c’est tout le contraire. Certes, peu ou plutôt aucune série jusqu’ici n’a eu pour personnages principaux des gens exerçant la cartomancie et équivalents pour prédire l’avenir. Par contre, à peine le pilote est-il commencé alors que l’on y voit Charlie récolter les beaux dollars de ses clients visiblement satisfaits, que le sujet est occulté dès qu’il se fait tabasser. Il est en effet ironique qu’un homme qui ait passé une bonne partie de sa vie à emberlificoter les autres soit soudainement saisi de visions qui s’avèrent justes, mais on ne planche pas assez sur ce changement. Charlie a beau être atteint d’hallucinations comme lorsqu’il voit des beignes se décomposer ou un poivron vert devenir multicolore, ça ne fait aucunement avancer l’histoire. Et au lieu de plancher sur son nouveau don, on le voit pendant les épisodes 2 et 3 passer une batterie de tests des plus bizarres chez la docteure White (incluant l’injection de champignons hallucinogènes), mais en définitive, cela a peu d’incidence sur son boulot et ses relations familiales.

L’autre élément du scénario qui détonne est le fait qu’en haut de la pyramide se trouve une famille de gitans qui s’est appropriée le lucratif business de la voyance. Encore une fois, la série peine à tirer son épingle du jeu avec l’exploitation de ce filon. En fait, le fils de Rita, Fonzo (Angus Sampson) se comporte comme n’importe quel chef de clan mafieux; qu’il s’agisse de ses manières drastiques d’extorquer ou de tuer et de son manque d’empathie. La seule scène qui détonne se trouve dans l’épisode #1 alors que la sœur de Charlie, Drina (Havana Guppy), qui est elle aussi voyante reçoit la visite d’un gitan qui s’est vite rendu compte qu’elle trichait. Sa punition? Elle doit déambuler devant toute « l’association » à laquelle Charlie appartient, tous ses membres lui crachent au visage et Rita lui taille au couteau sur la joue la lettre « M ». Cette scène est aussi ridicule qu’extrême. De toute façon, on avait compris le propos : ils n’entendent pas à rire.

Chacun pour soi

Après avoir vu le premier épisode, on est sans conteste décidé à laisser la chance au coureur, ne serait-ce que pour le nombre foisonnant d’intrigues mises en branle. C’est qu’on a d’un côté les membres de la famille Haverford, menant une vie somme toute rangée malgré le marginal métier du patriarche. De l’autre, on a tous ceux qui les entoure où un rebondissement n’attend pas l’autre. Dans la première catégorie, on a déjà évoqué le cas de Charlie, de ses nouveaux dons et du temps passé avec son médecin. En parallèle, Linda se rend à divers événements en espérant que le bouche-à-oreille fasse son œuvre. N’ayant pas froid aux yeux et défendant les intérêts de son mari d’une poigne de fer, elle a néanmoins une aventure avec Gina (Emmanuelle Chriqui) appartenant au clan des gitans et Fonzo a beau essayer de l’intimider une fois qu’il découvre son secret, l’épouse reste de marbre. Puis, il y a Nick qui en pleine adolescence feint à s’intégrer. Il va même jusqu’à faire semblant d’avoir des problèmes d’attention afin que son psychologue lui prescrive une drogue quelconque qu’il essaiera de partager avec des amis.

Le hic est que tous ces personnages évoluent à part les un des autres et à aucun moment on nous convainc qu’ils forment une famille. De plus, leurs histoires plutôt timorées contrastent avec les criminels qu’ils côtoient… un peu trop même. L’exemple le plus probant est celui d’Edouardo. Un jour en visite chez les Haverford, un de ses ennemis le suivait au pas et tout d’un coup une succession ininterrompue de coups de feu retentit, laissant un proche du mafioso devant leur maison. Eduardo « nettoie » le tout et indique qu’il réparera les dégâts. C’est à peine si Linda et Charlie réagissent et plus tard, ce dernier assiste à un règlement de compte entre le même client et un de ses employés alors qu’il le jette dans l’huile chaude pour cuire les beignes (encore…). Charlie est traumatisé sur le coup, mais on doute que cette vision lui hante longtemps l’esprit. Entre violence extrême, sinon gratuite, et le train-train quotidien de la famille concernée, aucune des pièces du casse-tête ne s’agence suffisamment bien ensemble pour assurer à la fiction un minimum de crédibilité.

Il est bien évidemment trop tôt pour statuer si Shut Eye aura un avenir ou non. En tous les cas, Hulu a pour le moment deux séries prévues pour 2017 : l’une, Dimension 404 avec six épisodes indépendants les uns des autres se penchera sur les bons et mauvais côtés de notre ère digitale (un peu à la Black Mirror). L’autre est The Handmais’s Tale est une adaptation du roman de science-fiction de Margaret Atwood se situant dans un monde dominé par la religion et où les femmes sont considérées comme étant en voie de disparition.

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