Sweet /Vicious (2016): des hommes à abattre

Sweet/Vicious est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la mi-novembre sur les ondes de MTV aux États-Unis. Ces qualificatifs font référence aux deux têtes d’affiche ; « Vicious » pour Ophelia (Taylor Dearden) qui travaille avec son meilleur ami Harris (Brandon Mychal Smith) chez un disquaire et qui amasse surtout de l’argent en vendant de la drogue. Et puis « Sweet » pour Jules (Eliza Bennett), une jeune fille modèle qui appartient à une confrérie. Ces deux adolescentes aux antipodes décident néanmoins de faire équipe et la nuit s’érigent en véritables justicières, punissant les jeunes hommes du campus coupables de viol. Bien que la prémisse ait une certaine légitimité, la nouveauté de la créatrice Jennifer Kaytin Robinson ne tient pas un instant la route. Le ton tragi-comique et la structure procédurale décrédibilisent carrément le propos. Le rythme saccadé des épisodes associé à un manque de budget n’a rien pour nous convaincre de poursuivre la série.

Féminisme à l’extrême

Au début du récit, les deux jeunes filles ne se connaissent pas du tout. Ophelia, bien que brillante, consacre peu de temps à ses études et ne se mêle pas vraiment à la vie estudiantine. Par hasard un soir, elle tombe sur quelqu’un vêtu de noir de la tête aux pieds en train de ruer de coups un jeune homme. Elle n’a pas le temps d’intervenir, mais au fil de ses recherches sur la toile, elle découvre qu’il s’agit en fait de Jules. Cette dernière a été agressée sexuellement par son ex-petit copain et depuis, elle fait payer les hommes qui ont fait de même avec d’autres filles du campus. Mais voilà qu’un soir, l’agresseur est plus fort que Jules. Il s’apprête à la tuer lorsqu’intervient Ophelia qui le frappe violemment à la tête, si bien qu’il meurt sur le coup. Dans un premier temps et après moult complications, les deux jeunes filles parviennent à enterrer le corps sans se faire prendre. Fortement ébranlée, Jules décide d’abandonner sa quête vengeresse, mais lorsqu’Ophelia lui montre une pièce cachée du lycée avec le nom d’une vingtaine de jeunes filles agressées gravé au mur, elle ne peut s’empêcher de réenfiler son uniforme noir, cette fois assistée de sa nouvelle complice.

Peu de séries ont pour thème principal les agressions sexuelles. Lorsque c’est abordé à l’écran, c’est souvent du point de vue de la police; la victime n’étant que le trait d’union entre elle et le violeur. Sweet/Viscious est diffusée sur MTV, une chaîne qui certes, s’adresse au public cible, mais qui n’est pas reconnue pour ses fines intrigues et pour faire dans la nuance. En ce sens, le premier problème est de l’avoir construite sous forme de procédural. Mis à part l’introduction du pilote, on a donc droit au « viol de la semaine », ce qui ne fait aucun sens. Dans la réalité, on n’a aucune difficulté à croire que des jeunes filles n’osent pas dénoncer leurs agresseurs et que par conséquent, nous ignorions la réelle ampleur de ce fléau, mais de là à ce qu’un nouveau violeur sévisse chaque semaine sur un seul campus universitaire, on est dans l’exagération la plus complète. Qui plus est, mis à part deux ou trois garçons gravitant autour de Jules et Ophelia, cela implique que tous les autres de la série ne sont que des dangers potentiels, ce qui est insultant pour le téléspectateur masculin.

Cette vision on ne peut plus simpliste se reflète aussi au niveau du ton. On a beau parler de viol, on ne s’intéresse que très superficiellement aux victimes; seulement à l’après-coup, lorsque l’heure de la vengeance a sonné. Jules et Ophelia, en plein contrôle d’elles-mêmes ruent de coups les agresseurs, le tout accompagné d’une musique entraînante qui glorifient leurs actes. Dans le même sens, plusieurs ont comparé Sweet/Viscious à une série Marvel où l’accent est davantage mis sur les combats que la psychologie des personnages, ce qui occasionne plusieurs incongruités au niveau du scénario. Par exemple, Jules à un moment fait la rencontre de Tyler (Nick Fink) qui ne cesse de la courtiser. Or, elle ne découvre que plus tard que l’homme qu’elle et Ophelia ont tué est son demi-frère. Qu’à cela ne tienne, elle ne voit aucun problème à sortir avec lui, comme si avec des bases aussi tordues, une relation à long terme était possible. Pourtant, on continue dans cette voie avec des séquences ennuyeuses où on les voit flirter et apprendre à mieux se connaître, quand ce n’est pas des scènes superficielles avec les amies de Jules qui ne font que parler chiffons et rencards.

Problèmes d’éthique

Le message envoyé est en effet très mauvais. Œil pour œil, dent pour dent. Pas question d’avertir la police : donner une bonne raclée aux garçons semble être la seule solution viable. Jules a d’ailleurs à sa disposition une collection incroyable de couteaux de chasse et même un pistolet électrique : ça fait beaucoup pour une jeune fille d’environ 16 ans. Ensuite, cette violence gratuite et impulsive n’est pas sans conséquence, comme en témoigne l’épisode #3. Ophelia et Jules font la connaissance d’une nouvelle victime d’agression, mais cette dernière refuse de l’identifier. Elles piratent donc son ordinateur et comme par hasard, elles tombent sur un témoignage que cette pauvre jeune femme s’est fait à elle-même devant sa webcam. Non seulement elles enfreignent sa vie privée sans aucun scrupule, mais elles se trompent sur l’identité de l’agresseur. On a donc Ophelia qui enchaîne les coups sur un adolescent parfaitement innocent et lorsqu’elle le réalise, elle prétexte n’être qu’une simple voleuse, s’empare de son porte-feuille et prend la fuite. On se fiche apparemment des séquelles potentielles de celui-ci et on retrouve le vrai coupable. Puis on appelle sous le couvert de l’anonymat la victime afin qu’elle constate de ses yeux les ecchymoses infligées au violeur… comme si tout allait rentrer dans l’ordre par la suite.

À l’image de la série, les cotes d’écoute de la nouveauté sont catastrophiques. Le premier épisode a rassemblé un auditoire de 270 000 téléspectateurs avec un taux de 0,12 chez les 18-49 ans. La semaine suivante, plus de 30 % de l’auditoire avait déguerpi : 178 000 (taux de 0,08) et 139 000 (taux de 0,07) pour la troisième diffusion. Quand on pense qu’avec des taux de 0,25, des fictions telles Scream et Eye Candy ont été annulées, Sweet/Vicious n’a aucune chance.

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2 réflexions sur “Sweet /Vicious (2016): des hommes à abattre

  1. Hummm l’intrigue se passant à la fac, je ne pense pas qu’elle est 16 ans, d’autant plus qu’on apprend que ça fait déjà 3 ans qu’elle est dans sa sonorité. Et au niveau de l’audience, les chaînes ne se basent plus que sur les diff directes mais aussi replay & co, qui pour le coup, son très bon pour cette série.

    • En effet, de plus en plus difficile de prédire l’avenir d’une série ces jours-ci. À la limite, avec des chiffres bas, je suis content que l’on prenne maintenant en compte le succès critique d’une série (The Americans, The Affair, Crazy Ex-Girlfriend)…. Sweet/Vicious est tout simplement ridicule avec son viol de la semaine que l’on punit par les coups… on rend ça cool. J’ai un problème avec ça…

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