Pure Genius (2016) : sur le respirateur artificiel

Pure Genius est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la fin octobre sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. Le titre fait référence à James Bell (Augustus Prew), un milliardaire qui a fondé Bunker Hill, un hôpital doté de la dernière technologie au service de patients souffrant divers maux.  Le docteur Walter Wallace (Dermot Mulroney) est le dernier en lice à se joindre à l’équipe et ensemble, ils font aller leurs neurones et audace et parviennent (toujours) à soigner tous ceux qui viennent demander de l’aide, même les cas les plus désespérés. L’objectif principal de CBS qui est de livrer un procédural avec un minimum de créativité en espérant un maximum d’auditoire pourrait bien ne pas se concrétiser ici. Des personnages beiges au ton amorphe de la série, même les « cas de la semaine » sont aussi ridicules que les traitements employés pour les soigner.

Ces génies…

Walter vient tout juste d’être radié de l’ordre des médecins pour avoir prescrit un traitement controversé à un enfant qui n’a pas survécu. Pourtant, c’est cette témérité qui lui vaut d’être recruté par James qui s’est donné pour mandat de prendre en charge les cas désespérés. C’est qu’en plus de compter sur une équipe du tonnerre, il dispose d’un matériel à la fine pointe de la technologie qui à l’en croire, est en avance d’au moins dix ans sur les pratiques médicales actuelles. Force est de constater que l’amalgame entre médecins compétents et matériel ultra-sophistiqué font bon ménage puisque dans le premiers épisode, l’équipe parvient à sauver une mère cancéreuse tout en donnant naissance à son bébé prématuré et à secourir un ambulancier presque par hasard avant qu’il ne soit victime d’une crise cardiaque. Dans le second, elle parvient à transplanter une partie d’un foi d’un père alcoolique à sa fille sans que les deux ne succombent et de rendre fonctionnelles à nouveau les jambes mutilées d’un jeune garçon victime d’un accident de voiture plutôt que de l’amputer. Dans le troisième, les médecins parviennent à rétablir la mémoire d’un homme retourné en enfance suite à un traumatisme crânien et à détecter chez une femme obèse la tumeur responsable de son embonpoint.

Un peu comme à l’hiver 2013 avec Golden Boy, CBS commet la même erreur de nous arriver avec un titre prétentieux à l’image de son personnage principal. James, ce « pur génie » est doté d’un égo démesuré à la hauteur de son talent. On a ainsi droit au même schéma chaque semaine : en un clin d’œil il est capable de trouver un moyen de sauver une vie et supporte mal les contrariétés. Incapable de se rappeler du nom de la plupart de ceux et celles qu’il a engagés, Walter est en quelque sorte sa conscience ; un père de substitution qui bien qu’un peu plus empathique, est aussi divertissant qu’une plante verte. On tente bien de nous le rendre sympathique notamment lorsqu’il est en contact avec son fils, mais la plupart de leurs interactions se font via Skype, si bien que le niveau de chaleur humaine augmente de quelques degrés à peine. Même chose pour le reste des employés : on a bien droit à quelques flirts et instants de camaraderie, mais la plupart soit sonnent faux soit nous indiffèrent puisque toute l’attention est portée envers les patients.

Justement, du côté de ceux-ci, c’est l’inverse qui se produit puisqu’on en fait trop. Dans le second épisode par exemple, on a droit à un vrai mélodrame entre le père et sa fille qui lavent leurs linge sale devant tout le monde avec pour point culminant la décision de cette dernière de refuser le transplant. C’est qu’ayant gâché sa jeunesse, elle ne veut rien accepter qui viennent de lui, quitte à mourir. On devine sans trop de difficultés l’issue de cette querelle. Quant au patient qui est retombé en enfance dans l’épisode suivant, on a davantage envie de rire que d’éprouver de la souffrance en le voyant jouer avec des légos ou dormir les bras autour de son « ami » le robot de plastique.

Le ton aussi laisse à désirer. Peut-être pour contraster avec Code Black, l’autre série médicale de CBS qui se déroule dans les urgences où les médecins n’ont aucun moment de répit, la chaîne a préconisé avec Pure Genius une ambiance beaucoup plus zen… trop en fait. Des sons monocordes accompagnent toutes les scènes et lors d’une opération délicate dans le pilote, une balade toute simple au piano accompagne cet instant pourtant crucial. Pour les téléspectateurs au cœur sensible donc, préférablement accompagné d’une infusion de camomille.

Le système médical rêvé…

Tout comme dans Bull, les créateurs de la série Jason Katims et Sarah Watson ont énormément misés sur le bling-bling technologique pour afin d’insuffler un vent de fraîcheur aux épisodes. De quoi en mettre plein la vue aux téléspectateurs, certes, mais on a surtout l’impression qu’il s’agit de la poudre aux yeux afin de camoufler les failles scénaristiques reliées au domaine hospitalier. En effet, le jargon médical est déjà assez difficile à saisir pour le commun des mortels, tout ce bla bla autour des miracles de la technologie pouvant soigner n’importe quelle maladie ne nous convainc guère. Chaque épisode nous fait miroiter des rétablissements miracles au point de faire réagir certains téléspectateurs, dont un médecin de famille qui a décrit point par point dans son blogue toutes les incongruités liées aux opérations des deux premiers épisodes, qu’il s’agisse du faible taux de survie d’un enfant né avant prématurément à la 20e semaine, le type de sang O négatif qui ne serait pas aussi rare qu’on le prétend, la formation des os et leurs grosseurs complètement incompatibles avec l’âge du jeune patient victime de l’accident de voiture, etc.

Sinon, c’est ce faux message de l’hôpital modèle que l’on tente de vendre aux téléspectateurs qui pose problème. À Bunker Hill, on fait fi de beaucoup de bureaucratie et un docteur rayé de l’ordre est engagé par le patron de l’établissement en raison de son audace. Sinon, on se sert des réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter afin de recenser des données médicales très précises de la population environnante, ce qui non seulement n’est pas éthique, mais est aussi illégal. Avec Pure Genius, peu importe le chemin du moment qu’on arrive au fil d’arrivée. Le plus beau dans tout ça est que les patients ne dépensent pas un sou pour se faire opérer. James est un milliardaire qui de façon complètement désintéressée a choisi d’offrir un hôpital à la population. Son profit, c’est de voir les gens ressortir en santé. À d’autres…

Après des nullités telles que Bull, Man With a Plan et Kevin Can Wait qui cartonnent au niveau des audiences, CBS a enfin ce qu’elle mérite pour la médiocre Pure Genius : 6,23 millions de téléspectateurs ont regardé en direct le pilote avec un taux de 1,05 chez les 18-49 ans. Au quatrième épisode, la moyenne était de 5,62 millions (taux de 0,94). Avec Code Black sur la même chaîne qui en deuxième saison rassemble un auditoire d’environ 5,72 millions et un taux de 0,97, CBS devrait tout simplement laisser de côté le genre médical et passer à un autre appel.

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