Frontier (2016) : jungle nordique

Frontier est une nouvelle coproduction canado-américaine de six épisodes diffusée depuis le début novembre sur les ondes de Discovery Channel au Canada. L’action se déroule au début du XVIIIe siècle au nord du Québec et de l’Ontario dans la Baie d’Hudson et ces environs alors que le monopole de la traite de fourrure est de plus en plus disputé par des parties aux intérêts divergents. Parmi ceux-ci, mentionnons Declan Harp (Jason Momoa), né d’un père anglophone et d’une mère crie, qui terrorise l’un des représentants de Londres, Lord Benton (Alun Armstrong). Mais avec tous les revirements de situation, difficile d’affirmer qui aura le dernier mot… si l’on fait fi de l’Histoire bien entendu. Coproduction de Netflix et tournée en 4 K, Frontier est l’une des rares séries à s’intéresser au Nord canadien où la loi du plus fort l’emporte largement sur l’honneur ou les traités officiels. Malgré un pilote accrocheur, la suite nous prouve qu’il y a beaucoup trop de joueurs à la table et les excès de violence finissent par nous taper sur les nerfs (et le cœur).

 

 

Une place à prendre… ou à perdre

Michael Smyth (Landon Liboiron) est un roturier qui comme tant d’autres Européens a décidé de tenter sa chance dans le Nouveau Monde. Passager clandestin en compagnie de sa fiancée Clenna (Lyla Porter-Follows), à la suite d’une altercation où cette dernière est faite prisonnière de soldats anglais, le jeune homme accepte de devenir espion pour le compte de Lord Benton. Sa principale cible : Declan chef Cri de la Black Wolfe Company et un négociateur sans égal. Lui et Benton ont eu un grave différend par le passé et son alliance stratégique avec d’autres clans amérindiens pourrait dangereusement compromettre les profits de la HBC. Dans le second épisode, le fils de la chef d’une importante tribu est enlevé par les Européens et pour s’assurer de sa collaboration, Declan s’engage à le libérer. Entre-temps, Michael gagne sa confiance à un point où l’on ne sait plus trop envers qui penche sa loyauté. La semaine suivante, c’est toujours cette recherche d’alliances qui prime, qu’il s’agisse de Grace Emberly (Zoe Boyle) une Écossaise et tenancière d’un bar qui officiellement soutient Benton, mais qui reste en contact avec Declan ou encore Douglas Brown (Allan Hawco). Propriétaire de la Low River Company, sa situation financière est dans le rouge et il doit faire équipe avec Samuel Grant (Shawn Doyle), un richissime Américain basé à Montréal et qui a le bras très long.

Après Between (CityTV) ou Travelers (Showcase), voilà que Netflix signe une autre coproduction avec le Canada. La première portant sur un virus, la seconde sur la fin du monde à éviter, c’est la première fois avec Frontier que l’on s’intéresse à un sujet typiquement canadien avec le Grand Nord, les lacs, des communautés amérindiennes et surtout la neige. La série est loin de se baser sur des faits précis, mais reste qu’avec les lieux et les différents acteurs en place, on parvient à tracer les grandes lignes d’une page d’histoire susceptibles de plaire à un auditoire mondial. De plus, on s’écarte de la représentation pour le moins raciste des Amérindiens constamment dépeints comme un groupe homogène bon qu’à troubler l’ordre des Blancs fraîchement installés dans un territoire à « civiliser » (à la Texas Rising, History Channel).

Ici, Declan et ses acolytes ont autant leur place que les autres dans ce jeu mercantile du commerce des fourrures et il n’hésite pas à tourner casaque du moment que c’est au mieux de ses intérêts et celui des siens. Il s’agit bien entendu de jouer le jeu des Européens, mais en même temps, plusieurs scènes au cours des épisodes nous donnent un aperçu des différents rituels Cris, de leurs modes de vie, coutumes, le système du matriarcat et ils parlent même leur langue ancestrale entre eux que l’on prend la peine de traduire par sous-titres au bas de l’écran.

Le « Far-North »

Frontier a beau nous charmer avec son premier épisode, l’intérêt diminue cependant au cours des deux suivants, ne serait-ce qu’en raison de l’attention accordée à un trop grand nombre d’intervenants. En effet, on pourrait penser qu’au départ on aurait droit à un scénario à la Turn (AMC) avec Michael jouant les espions dans les deux camps, quitte à ce qu’il choisisse le sien éventuellement ou retrouve Clenna. Pourtant, il devient rapidement un personnage secondaire, tout comme Declan, et ce, bien que Jason Momoa soit la tête d’affiche de la série. Il s’agit là d’un simple argument publicitaire, l’acteur étant encore bien présent dans le mémoire des fans de Game of Thrones pour son rôle de Khal Drogo. Dans le pilote, il n’apparaît que dans deux scènes (la première et la dernière) et qui plus est, en cachant constamment ses sentiments et en se livrant au même jeu machiavélique que ses concurrents, il ne s’attire guère notre sympathie. Reste Lord Benton, mais comme dans toutes les productions nord-américaines à l’époque de la colonisation, lui et ses troupes représentent l’Angleterre, synonyme d’une mère patrie qui ne veut rien comprendre aux réalités du terrain et avide de profits seulement.

L’autre aspect qui nous fatigue à la longue est la violence, omniprésente au cours des trois premiers épisodes et surtout gratuite. D’ailleurs, ceux responsables de la signalétique au Canada ont coté les épisodes 18 ans et +, non sans raison. On se tue pour un rien et surtout pas n’importe comment. Coup de feu dans l’œil pour un concurrent gênant, arrachage de dents à froid, découpage d’une oreille pour faire parler quelqu’un et c’est sans compter Malcolm Brown (Michael Patric) dont chaque phrase contient le mot « fucking ». On veut bien croire qu’au début du XVIIIe siècle la lutte était chaude entre les différents clans et que retranchés à ce point de la civilisation certains auraient pu s’adonner à des exactions barbares. Pourtant, d’un point de vue télévisuel, tout est une question de dosage et la coproduction se sert davantage de cette violence à des fins de divertissement que pour faire réellement avancer l’histoire.

Le premier épisode de Frontier a attiré 369 000 téléspectateurs en direct, tandis que pour le second, 259 000 ont répondu à l’appel puis 343 000 en troisième semaine. Évidemment, il faut prendre ces chiffres à la légère puisque Discovery Channel n’est pas une chaîne câblée de première importance et c’est sans compter les multiples reprises au cours de la semaine ainsi que le nombre de vues sur son site web. De toute façon, la série a été renouvelée pour une seconde saison avant même son lancement. Il sera aussi intéressant de surveiller l’accueil à l’international dont la date est fixée : le 20 janvier 2017 alors que tous les épisodes seront disponibles pour l’écoute en rafale sur le site de Netflix.

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