People of Earth / Stan Against Evil (2016) : les intrus qui dérangent

People of Earth et Stan Against Evil sont deux nouvelles séries qui ont profité du jour de l’Halloween pour faire leur entrée dans notre télévision. La première compte 10 épisodes, est diffusée sur les ondes de TBS, et met en scène Ozzie Graham (Wyatt Cenac), un reporter qui se rend dans une petite ville afin d’écrire un article sur un groupe de personnes qui ont tous une chose en commun : ils ont déjà été kidnappés par des extra-terrestres. Le journaliste est évidemment sceptique, mais lorsqu’il réalise que ça lui est probablement arrivé à lui aussi, il plaque tout et décide de s’installer auprès de ses pairs. La seconde comédie compte 8 épisodes, est diffusée sur IFC et se déroule à Willard’s Mill, une petite ville du New Hampshire alors que le shérif local Stan (John C. McGinley) se voit forcé de démissionner. C’est que des esprits maléfiques s’en prennent aux habitants et notre retraité s’allie avec sa remplaçante, Evie Barret (Janet Varney) afin de les exterminer. Dans ces deux cas, les prémisses ne manquent pas d’originalité alors que des forces extérieures viennent troubler l’ordre public, mais de part et d’autre on doute qu’elles parviennent assez à se démarquer, notamment en raison de leurs formats courts et une certaine redondance.

People of Earth : les martiens sont là… pour vrai

C’est presque un article satirique qu’Ozzie a envie d’écrire après avoir rencontré tous ces gens qui se définissent comme étant des « experiencers » et disent avoir fait la connaissance des extra-terrestres (ou dans ce cas, ce sont des « reptiliens »), mais en route vers la maison, il heurte un cerf et ne cesse de revoir l’animal dans son quotidien comme dans ses rêves. Puis, peu à peu il se persuade qu’il est lui aussi entré en contact avec eux et se joint aux rencontres de groupe. Dans les trois premiers épisodes, on fait la connaissance de la plupart de ses membres qui reviennent sur leurs expériences et dont la rencontre oriente entièrement leur vie comme Richard (Brian Huskey) qui refuse d’accréditer les papiers de divorce soumis par sa femme, persuadé qu’elle a été contrainte par les reptiliens. En même temps, ceux-ci sont bel et bien réels et se sont déjà immiscés discrètement parmi les humains, à commencer par Jonathan (Michael Cassidy), le patron d’Ozzie et du policier Glimmer (H. Jon Benjamin) qui veillent à l’invasion éventuelle de leurs races.

Malgré son contenu « science-fiction » tourné en dérision, People of Earth nous en dit beaucoup sur le monde dans lequel nous vivons, soit, l’individualisme. En effet, bien que les membres du groupe aient été approchés différemment des reptiliens, ils partagent tous une chose en commun : ils se sont fait dire qu’ils étaient « spéciaux » par eux. De classe et d’origine ethniques différentes, ils sont tous en quelque sorte des laissés pour compte et par ricochet, à la recherche d’attention. Certes, on ne peut mettre en doute qu’ils aient été approchés par les reptiliens, mais est-ce vraiment nécessaire de se rencontrer une fois par semaine pour en discuter ? En fait, ces rencontres mettent en lumière leur narcissisme et ce n’est pas un hasard si du côté du scénario, celles-ci prennent place dans une église. Lieu de culte dans une société de moins en moins croyante, on est passé du collectif qui idolâtre un même dieu à des individus à la recherche de reconnaissances individuelles.

Par contre, outre cette métaphore, la série nous laisse tout de même sur notre faim. Le rôle des trois reptiliens que nous croisons régulièrement au cours des trois premiers épisodes n’est toujours pas très bien défini. Leur but est de passer incognito pour pouvoir éventuellement s’emparer de la Terre, mais pourquoi Jonathan a-t-il décidé d’envoyer son journaliste s’informer du phénomène et d’ensuite publier son article ? Du coup, on a deux sources d’humour (les « experiencers » et les reptiliens) qui ne s’agencent pas vraiment ensemble e c’est sans compter le personnage principal, beaucoup trop amorphe pour le rôle qu’il semble être appelé à jouer.

 

Stan Against Evil : un hommage répétitif

Il y a peu de temps que l’épouse de Stan est décédée et lors de l’enterrement, une vieille dame le nargue en lui riant à la figure. Le shérif hors de lui la roue de coups, ce qui lui vaut d’être renvoyé. Or, après quelques recherches, il découvre que celle-ci est en fait une sorcière qui est revenue sur terre pour se venger : c’est qu’au 17e siècle, 172 d’entre elles ont été brûlées au bucher sur ordre du shérif et depuis, aucun de ses remplaçants n’a pu terminer son mandat en vie. Evie se joint à lui après que sa propre fille ait été kidnappée et ensemble ils réussissent à l’exterminer. Dans le second épisode, la fille de Stan Denise (Deborah Baker Jr.) adopte une chèvre qui en fait est Baphomet, une idole obscure apparemment vénérée jadis par les chevaliers de l’ordre du Temple et qui veut la peau de Stan et Evie. La semaine suivante, les trois protagonistes participent à une séance de speed-dating et le nouvel amoureux d’Evie ainsi que le cochonnet que Denise a recueilli travaillent de concert en coulisse pour les tuer.

Dans la même lignée que Ash vs Evil Dead, Stan Against Evil s’est donnée pour mandat de parodier les films d’horreur des années 70-80. Si dans la série de Starz on mettait davantage l’accent sur les combats sanglants à la tronçonneuse, c’est le large spectre de vilains qui définit la nouveauté d’IFC. Reste qu’à l’image du générique, on reprend les clichés du genre avec ses portes qui grincent, ses lumières qui vacillent et surtout son personnage principal.  Étroit d’esprit, égocentrique, l’air constamment dépassé par les événements, père irresponsable et surtout misogyne; ses défauts sont ici des qualités dans le cadre d’une série humoristique. En même temps homme d’action, tout son personnage se résume dans cette phrase qu’il lance à Evie : « Why don’t you just go home, make a salad, have some wine, get your period, call your mother, just go nuts, do whatever it is that you people seem to do, and let me take care of it. »

On regrette seulement qu’on n’ait pas poussé la parodie un peu plus loin à l’image d’Angie Tribeca qui allie à la perfection intrigues policières et humour absurde. Ce manque d’excentricité nuit gravement à la série et c’est sans compter son caractère redondant. Chaque épisode s’amorce avec l’arrivée d’un nouveau démon qui tue une victime et se termine par son explosion; le liquide rouge giclant à la figure des protagonistes. C’est peut-être drôle une fois, mais au bout de trois épisodes il serait temps de changer de disque.

Malgré l’énorme concurrence, People of Earth a tout de même tiré son épingle du jeu puisque son pilote a attiré 913 000 téléspectateurs avec un taux de 0,34 chez les 18-49 ans. À la mi-saison, ils étaient 763 000 (taux de 0,34) à toujours répondre à l’appel. De son côté, les débuts de Stan Against Evil sont beaucoup plus modestes, à l’image de la chaîne qui la diffuse : 181 000 (taux de 0,06) et à mi-parcours (IFC diffuse deux épisodes par semaine), un auditoire pratiquement identique à 179 000 (taux de 0,07). Aucune des deux comédies n’a été renouvelée pour le moment.

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