Man With a Plan/The Great Outdoors (2016): CBS qui résiste

Man with a Plan et The Great Outdoors sont les deux nouvelles sitcoms offertes depuis la fin octobre sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. Dans la première, l’homme en question, c’est Adam Burns (Matt Leblanc), un père de famille qui accepte de prendre la place de son épouse Andi (Liza Snyder) dans la supervision de leurs trois enfants depuis que celle-ci est retournée sur le marché du travail. Pourtant, la tâche s’avère beaucoup plus compliquée qu’il ne l’avait imaginé. Dans la seconde, on a Jack (Joel McHale), un célèbre reporter à la National Geographic dans la quarantaine qui revient faire un tour chez son employeur Roland (Stephen Fry) pour apprendre que l’édition papier du Outdoor Limit est défunte et qu’il doit maintenant superviser un groupe de jeunes milléniaux dans la transition en ligne de leur magazine. Pourtant, depuis son entrée dans sa nouvelle fonction, « l’apprentissage » semble aller dans l’autre sens. Avec ces deux nouveautés, CBS donne une voix privilégiée en heure de grande écoute à cet homme blanc, apparemment sous-estimé lors des dernières élections. Mais peu importe la couleur de la peau, au final c’est le contenu qui compte : tandis que The Great Indoors nous en offre allégrement, Man With a Plan en est dénué.

Man With a Plan : « To make America Great Again »…

Depuis au moins une décennie, c’est Andi qui s’était coupée du monde du travail pour prendre soin de leurs trois enfants. Juste retour d’ascenseur, Adam accepte de prendre sa place d’autant plus que son métier de fournisseur lui offre un horaire flexible. Dans le premier épisode, il est déconcerté par l’indiscipline de ses bambins, le fait qu’ils laissent tout traîner et passent leurs journées devant leurs tablettes. Dans le deuxième, un quiproquo s’installe autour d’une paire de billets d’un match de basketball avec Adam, son frère Don (Kevin Nealon) et Andi. Dans le troisième, le patriarche peine à s’entendre avec Mrs Rodriguez (Diana Maria Riva), l’instructrice de sa plus jeune fille qu’il menace de transférer dans une autre classe.

Après Kevin Can Wait, on est abasourdi par le manque d’imagination de CBS avec cette nouvelle offre qui privilégie encore une fois comme sujet une famille « typique » américaine avec comme archétype un père de famille plus ou moins responsable, mais tellement bon au fond… Ainsi, tous les clichés y passent, à commencer par son épouse qui s’offusque qu’il oublie de l’embrasser avant d’aller travailler et au deuxième épisode alors qu’il a oublié leur anniversaire de mariage : de quoi nous ramener au moins 40 ans en arrière avec un épisode des Flinstones qui exploitait la même trame narrative. Se référant aussi à l’antique émission Father Knows Best, dans le pilote, c’est lui qui en seulement 24 heures parvient à mettre ses enfants au pas et non les 10 ans et plus d’efforts de sa femme lorsqu’il décide tout simplement de les faire chanter en coupant internet. Quant à l’humour, on est au même âge de pierre. Par exemple, dans le second épisode, Don qui lui est reconnaissant, lui donne en signe d’affection trois tapes sur l’épaule, ce à quoi Adam réplique : « Wow. Three pats?/That’s two more than my wedding day. » Et Don : « Don’t tell the guys at work about this. I don’t want them to think I’m a sissy. »

En fait, l’attrait principal, du moins du point de vue marketing pour la chaîne, c’est sans conteste le retour de Matt Leblanc dans une sitcom sur un des grands Networks, mais même là, à l’image de ses textes, l’acteur joue mécaniquement et sans passion. D’ailleurs, c’est tout le casting en général qui laisse à désirer, non pas pour les acteurs sélectionnés que pour les rôles dont ils ont hérités : fades et sans saveurs.

The Great Indoors : une transition nécessaire

Aussitôt rentré de voyage, Jack est mis au pied du mur quant à ses nouvelles fonctions et fait la rencontre de ses nouveaux collègues. Il y a d’abord Brooke (Susannah Fielding), la fille de Ronald qui gère l’équipe et avec qui il a eu une aventure d’un soir et trois jeunes journalistes : Clark (Christophe Mintz-Plasse), Emma (Christine Ko) et Mason (Shaun Brown). Dans le premier épisode, Jack trouve le moyen de faire pleurer l’un d’eux, ce qui lui vaut une rencontre avec les ressources humaines, aussi désillusionnées que lui. Dans le second, le personnage principal de voit forcé de demander l’aide de ses collègues lorsqu’il s’apprête à se créer un profil dans un site de rencontres et dans le suivant, n’ayant nulle part où loger, il s’installe chez Clark qui vit avec peu de moyens, c’est le moins que l’on puisse dire.

D’abord et avant tout, The Great Indoors a pour but de se gausser du fossé générationnel entre les milléniaux et les plus « vieux » et quoi de mieux qu’une salle de presse pour mettre en avant toutes les contradictions d’un monde en pleine transition. Les reportages de fond, sur le terrain de surcroît, n’ont manifestement plus leur place où pour attirer le nombre de vues, il faut constamment « rédiger » des tops 3, créer un podcast juste parce que tout le monde le fais ou encore lancer des thèmes interactifs avec pour seul souhait qu’ils deviennent viraux. Le créateur de la série Mike Gibbons se moque avec brio de cette jeune génération. Par exemple, dans le pilote, Brooke donne des trophées bidon à ses employés pour les féliciter d’avoir « essayé » de participer et plus tard, lorsque ceux-ci apprennent quelles nouvelles fonctions Jack occupera, Emma s’écrie : « Wait, I got passed over for a promotion again? What do I have to do? I’ve been here eight weeks! » Mais on n’épargne pas pour autant la plus vieille génération avec Jack qui semble tout droit revenu de la planète Mars et Roland qui manifestement dépassé par les événements, se fait aussi discret que possible dans son bureau avec un verre de scotch. Même la responsable des ressources humaines avoue son désarroi : « It’s frustrating. Sometimes, I want to beat them senseless with their selfie sticks. »

Certes, The Great Indoors ambitionne dans certains cas un peu trop fortement sur le comportement des milléniaux, reste qu’elle fait preuve de nuances par moments qui sont les bienvenues. Oui, ces jeunes accumulent les informations à la vitesse de l’éclair, oui ils s’adaptent à plusieurs situations et leurs charges de travail sont constamment réorganisées, mais reste que malgré une supériorité qu’ils affichent fièrement dans plusieurs circonstances, ils occupent des emplois précaires et cette transition sur le web s’accompagne, on s’en doute avec une réduction de coûts de la main-d’œuvre alors qu’Emma vit encore chez ses parents et Clark dans une pièce minuscule sans fenêtres. Dans le même sens, à l’épisode #2, ils ont beau connaître tous les codes implicites de la courtisanerie en ligne, reste qu’ils sont tous célibataires et qu’ils font pitié à voir, tous assis dans un bar le nez rivé sur leurs écrans.

Aussi conventionnelle soit l’une, aussi amusante soit l’autre, reste que CBS a eu la main heureuse avec ses deux nouvelles comédies qui se sont toutes deux vues confirmer dernièrement une saison complète de 19 épisodes. Et pour cause : après quatre semaines de diffusion, Man With a Plan peut compter sur une moyenne de 6,45 millions téléspectateurs avec un taux de 1,4 chez les 18-49 ans tandis que pour The Great Indoors, c’est un auditoire de 8 millions et un taux de 1,65 pour la même durée.

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