Travelers (2016) : quelle destination ?


Travelers est une nouvelle coproduction canado-américaine de 12 épisodes diffusée pour le moment en mode linéaire depuis la mi-octobre sur les ondes de Showcase et lorsque la saison sera terminée, elle sera disponible dans son entièreté sur Netflix.  Le personnage principal, Grant McLaren (Eric McCormack) est un agent du FBI qui un jour reçoit des messages cryptés quant à une mission secrète de quatre individus. Il y a d’abord Carly (Nesta Marlee Cooper), une mère de famille monoparentale, Philip (Reilly Dolman), un toxicomane, Marcy (Mackenzie Porter) atteinte de paralysie cérébrale et Trevor (Jared Paul Abrahamson), un jeune étudiant rebelle. En fait, ceux-ci sont tous morts le même jour, mais des hommes et femmes du futur se sont emparés de leurs corps afin d’empêcher l’apocalypse. Souvent appelés à effectuer des missions secrètes, ils doivent aussi apprivoiser les personnages qu’ils remplacent, ce qui n’est pas une mince affaire. Création de Brad Wright (à l’origine des séries Stargate), on ignore toujours après trois épisodes où Travelers veut nous emmener ; les missions manquant de mordant et l’attention donnée aux protagonistes étant disproportionnelle.

Changer le futur ou l’instant présent ?

Lorsque l’on dit que l’heure de quelqu’un a sonné, ça ne saurait être plus juste dans le cas des cinq protagonistes ici. Carly décède des sévices infligés par Jeff (J. Alex Brinson), son petit ami jaloux, Marcy se retrouve malgré elle au cœur d’un règlement de compte entre voyous, Philip et son meilleur ami décèdent d’une overdose et Trevor succombe à ses blessures contractées lors d’un combat de boxe. Toujours est-il qu’à peine leur cœur s’arrête de battre, les « esprits » du futur s’emparent de leur enveloppe corporelle ni vu ni connu. C’est que des centaines d’années plus tard, la Terre rend son âme à cause des folies perpétrées par les hommes et les derniers survivants veulent y remédier en s’expatriant du XXIe siècle : c’est assez vague, mais c’est tout ce que l’on sait à la fin du premier épisode alors que Grant rend aussi son âme. Dans le second épisode, l’équipe se met en branle et réussit à empêcher l’explosion d’une bombe destinée à faire 11 000 morts alors que dans le suivant, ils doivent tous s’acclimater à leurs nouvelles vies.

Avec Travelers, les trois premiers épisodes sont si différents les uns des autres qu’il nous est encore impossible de déterminer dans quelle direction la série canadienne s’oriente. Le pilote servant seulement d’introduction puisque ce n’est qu’à la toute fin que l’on apprend la destinée des personnages, on tergiverse maladroitement au cours des deux épisodes suivants entre les missions à accomplir et l’adaptation de ces êtres dans de nouveaux corps. En temps normal, ces deux composantes devraient se complémenter l’une à l’autre, mais ce n’est pas le cas.

Le second épisode est uniquement axé sur les bombes qu’ils doivent désamorcer, mais ça manque cruellement de temps forts : la première explose au loin (ils auront au moins réussi à dévier sa trajectoire), tandis qu’ils neutralisent la seconde avec une facilité déconcertante, au point où Grant s’exclame : « I kind of thought that would be a bigger deal. », ce qui reflète aussi de façon méta la déception du téléspectateur qui n’a pas ressenti une once d’adrénaline durant cette scène qui se voulait pourtant le point culminant de l’épisode. De plus, on en déduit que la fin du monde annoncée est la conséquence des actes terroristes perpétrés par l’Homme, mais comme la série ne dispose manifestement pas d’un budget assez solide pour nous proposer des scènes d’action retentissantes, changer le présent aurait pu se faire au niveau de la politique extérieure. Par exemple, les agents auraient pu s’infiltrer dans les gouvernements où l’apocalypse à éviter aurait pu tout simplement prendre un tournant environnemental, question d’être bien de son temps.

Quant à l’adaptation des personnages dans leurs nouveaux corps, c’est exploité de façon fort inégale avec quelques incohérences. Par exemple, une fois que l’esprit envahit le corps de Marcy, elle ne souffre plus de déficience intellectuelle alors que Philip se trouve prisonnier de la dépendance dont souffrait son prédécesseur. Et en plus d’un manque flagrant de chimie entre les protagonistes, leurs vies privées respectives ne sont pas exploitées à leur plein potentiel et surtout de façon fort inégale puisqu’à la fin de l’épisode #3, on avait complètement que Carly faisait partie du groupe !

Showcase, Netflix… et Coca-Cola

La première raison d’être des coproductions est de se départager les coûts d’opération. Or, il semble que même avec les sous investis par Showcase, une chaîne d’importance au Canada et ceux du géant mondial qu’est Netflix, Travelers ait eu besoin du recours à un commanditaire afin de boucler ses fins de mois : Coca-Cola. Ainsi, de façon assez grossière, on a Philip qui dans le premier épisode est amené en salle d’interrogatoire en lien avec l’overdose de son ami. Sur la table trône une bouteille de la marque, sans que personne ne l’ouvre. Dans l’épisode suivant, les agents se rencontrent dans un garage désaffecté et on a Philip (encore) qui se sert ce breuvage ainsi que plusieurs séquences où l’on voit clairement en arrière-plan une glacière avec le logo en lettres blanches sur fond rouge. Enfin, au troisième épisode, c’est Trevor qui découvre les joies du fast-food et qui entre deux bouchées de burger, soulage sa soif à l’aide de la boisson brunâtre. On peut comprendre que quelquefois un placement de produit soit nécessaire, mais on aurait pu faire preuve d’un peu plus d’imagination et surtout de subtilité.

La réception à l’international déterminera probablement le sort de Travelers et la série a au moins le luxe de peaufiner son scénario pour le moment diffus à mesure que la saison avance. À défaut de contribuer à l’industrie audiovisuelle canadienne, espérons que les coproductions du pays avec Netflix se multiplieront d’ici les prochaines années. Déjà la qualité de Travelers dépasse Between, cette alliance de 2015 du service de vidéo sur demande avec CityTV qui était d’une médiocrité sans nom. Prochain partenariat à surveiller : Frontier de Discovery Channel Canada et un remake beaucoup prometteur avec la CBC d’Anne la maison aux Pignons Verts, ici rebaptisé tout simplement Anne.

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