Channel Zero (2016) : cauchemars en perspective

Channel Zero est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la mi-octobre sur les ondes de SyFy aux États-Unis et avec quelques jours d’intervalle sur Showcase au Canada. Au cœur de l’action, l’on retrouve Mike Painter (Paul Schneider), un psychologue pour enfants qui décide d’effectuer un retour dans son village natal qu’il n’avait pas revu depuis des années. C’est qu’en 1988, son frère Eddie (Lucas Villacis) a été assassiné, lui et quatre autres enfants dans des circonstances plus que mystérieuses, d’autant plus ces morts atroces semblent coïncider avec la diffusion d’un dessin animé qui justement a refait surface. Basée sur Candle Cove, une histoire en ligne de Kris Straub, Channel Zero vient enfin diversifier le catalogue beaucoup trop homogène de SyFy. La série mêle habilement horreur et supernaturel avec un ton très calme, ce qui ne nous donne que davantage la chair de poule. Reste qu’après trois épisodes, l’équilibre fragile entre ces deux genres semble de plus en plus difficile à maintenir.

Pour enfants seulement

Dès les premières minutes, on apprend le drame qu’a vécu Mike dans son enfance et on peut comprendre que les retrouvailles avec sa mère Maria (Fiano Shaw) ne soient pas particulièrement chaleureuses. Malgré lui, le protagoniste renoue aussi avec Jessica (Natalie Brown) et Gary (Shaun Benson), des amis d’enfance désormais en couple et qui ont deux enfants. Au cours d’un dîner commun, Jessica fait part de sa préoccupation concernant Candle Cove, une émission qu’ils écoutaient tous dans leur jeunesse et qui semble être revenue sur les ondes. Le problème est que seuls les enfants peuvent suivre ces aventures d’un garçon pirate entraîné dans une anse mystérieuse : les adultes n’y voyant qu’un écran enneigé. Il semble que la diffusion envoie des messages subliminaux aux petits, si bien qu’un soir, Katie (Katia Raquel Leon), la fille de Jessica et Gary, a failli tuer son petit frère Dane (Liam Marchant) à l’aide d’un tranchant crochet de pirate. Puis, tandis que les jeunes adoptent des comportements de plus en plus suspects, la communauté se met à pointer du doigt Mike, persuadée qu’il est responsable de ce chaos. Pourtant, ils devraient davantage se méfier de Mme Booth (Marina Stephenson Kerr), une institutrice qui la nuit nourrit un genre de momie qui a la place de bandeaux est couverte de milliers de dents d’enfants.

SyFy qui lance une nouvelle série ne portant pas sur la fin du monde, c’est déjà tout un accomplissement qui vaudra à plusieurs un regain d’intérêt quant à sa nouveauté! En effet, il y a une touche de paranormal, mais la plupart des points vont à l’ambiance autant déstabilisante que terrorisante. À l’inverse de séries comme The Exorcist qui misent sur les effets d’horreur magnifiés d’une trame sonore assourdissante, dans Channel Zero, on a droit à plusieurs plans très brefs du passé de Mike renvoyant à l’assassinat des enfants retrouvés affaissés sur les branches d’un gros arbre. Le silence ou plutôt un certain vrombissement qui accompagne ces séquences vient justement accentuer l’effet morbide. Dans la même veine, on évite au début du deuxième épisode de nous montrer Katie en train d’agresser son jeune frère, le cri strident de ce dernier laissant au téléspectateur toute la liberté d’imaginer le pire.

L’autre aspect indiscutablement efficace de Channel Zero, et ce, à deux niveaux est l’émission Candle Cove qui hypnotise les jeunes. D’une part, le petit capitaine en poupée de cire, son bateau ainsi que les méchants dont Jawbone ont l’air si inoffensifs qu’à la vue des événements lugubres qu’ils causent, l’effet d’effroi est multiplié par dix. On les voit à certains moments apparaître grandeur réelle dans les visions de Mike et en temps normal, on ne pourrait s’empêcher de pouffer de rire devant ces figurines géantes, mais à l’image du clown qui a été diabolisé dans la culture populaire, on ne peut s’empêcher de frémir au cours de ces apparitions. D’autre part, c’est toute cette métaphore au pouvoir de l’écran qui revêt pour le téléspectateur un intérêt supplémentaire. Tout d’abord, il y a ces dangers d’exposer les jeunes au contenu audiovisuel très tôt dans leurs vies qui sont décriées par les scientifiques. Outre le fait d’affecter leurs comportements sociaux, c’est aussi le contenu peu recommandable des individus dans certaines fictions (violence, sexualité, etc.) qui peut avoir une mauvaise influence sur les bambins (d’où le devoir des télévisions d’émettre des avertissements si nécessaires ou d’imposer un seuil d’âge requis, comme au cinéma). Avec Channel Zero, les effets pervers de l’écran atteignent un paroxysme qui néanmoins tirent leurs origines d’un véritable problème de société.

Et la suite ?

Il faut savoir qu’à l’origine, Candle Cove est une creepypasta ; c’est-à-dire une histoire d’épouvante (creepy) issue d’une légende urbaine et relayée à satiété sur internet (grâce au copy-paste d’où le terme pasta). L’intérêt principal de ce genre d’histoire est qu’il est difficile de dissocier le réel de l’imaginaire, ce qu’exploite à merveille le premier épisode de Channel Zero. Pourtant, au cours des deux suivants on reste sur notre faim. En plus d’en apprendre très peu sur les personnages principaux, l’enquête va dans une direction qui ne peut que mener à un cul-de-sac. C’est qu’on s’intéresse peu aux enfants et beaucoup trop à Mike qui devient l’objet d’une véritable chasse aux sorcières. Or, la mémoire floue de ce dernier dans la première moitié de la saison ne fait que très peu avancer l’histoire. Mais c’est surtout la conclusion que l’on redoute. En effet, la momie aux dents d’enfants et la personne déguisée en Jawbone sont-ils des êtres humains ? Si oui, aurons-nous droit à un genre de Scream ou Slasher? À l’opposé, s’il s’agit de phénomènes surnaturels que les adultes ne peuvent voir ni entendre, comment nous arriver avec une conclusion satisfaisante tout en restant un minimum crédible ; ce à quoi la série tendait depuis le début ? Pour le moment, on nage toujours en plein brouillard, mais l’avantage ici est que la série ne dure que 6 épisodes si bien que l’investissement n’est pas démesuré pour une fiction somme toute bien construite.

Le pilote a attiré 761 000 téléspectateurs en direct avec un taux de 0,25 chez les 18-49 ans et en moyenne elle aura fédéré un auditoire de 568 000 (taux de 0,20) : ce qui est légèrement supérieur à la moyenne des émissions de SyFy. Comme il s’agit d’une fin bouclée, on a déjà opté pour un format anthologique qui est très à la mode ces temps-ci, si bien qu’une seconde saison a déjà été commandée. Ainsi, la prochaine creepypasta sera l’adaptation d’une histoire de Brian Russell : The No-End House.

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