Semaine OTT: Good Girls Revolt (2016)

Good Girls Revolt est une nouvelle série de 10 épisodes qui ont été mis en ligne le 28 octobre sur le service de vidéo sur demande d’Amazon. L’action se déroule en 1969 dans les bureaux de la News of The Week. À l’heure où traditionnellement les hommes sont des journalistes et les femmes des recherchistes, les rapports entre les deux sexes deviennent de plus en plus complexes, particulièrement pour trois employées : Patti (Genevieve Angelson), Jane (Anna Camp) et Cindy (Erin Darke). Entre rêver d’un mari prévenant, se contenter du statu quo ou d’obtenir de l’avancement : voilà les différentes avenues offertes à ces femmes, sans pour autant les laisser satisfaites. Inspiration de faits vécus publiés dans un livre éponyme, justement ces « bonnes filles » ne se révoltent pas assez. Manque de temps forts, exploitation d’une histoire très consensuelle; on aurait aimé une signature plus efficace et mieux centrée pour ces supposées féministes.

 Titre trompeur

Tout semble aller rondement à la News of The Week. L’un des patrons Wick McFadden (Jim Belushi) fait ses choux gras avec la couverture des horreurs qui se déroulent au Viêt Nam tandis que l’autre, Finn Woodhouse (Chris Diamantopoulos) se spécialise davantage dans la culture mainstream et émergente. Jusqu’ici, une bonne dizaine de jeunes femmes travaillent entre elles, aident leurs compatriotes masculins à amasser les informations nécessaires pour leurs articles et ce sont bien entendu ces derniers qui amassent tout le crédit. Cet équilibre est mis à mal le jour où Nora (Grace Gummer), nouvellement employée au journal décide de soumettre un article sous un faux nom à Wick qui ne tarit pas assez d’éloges sur son contenu. Lorsqu’il apprend que c’est une femme qui l’a écrit, la qualité de l’écrit n’est tout à coup plus aussi unanime et il propose de le faire réécrire par un collègue. Vexée, Nora offre sa démission devant tout le personnel bouche bée. Ce sont Patti et Cindy les plus touchées par ce coup d’éclat et éventuellement, elles font la rencontre d’Eleanor (Joy Bryant), une jeune avocate qui leur recommande d’intenter un procès à l’entreprise, mais au cours des trois premiers épisodes, leur hésitation fait que rien n’avance.

C’est justement là le problème avec Good Girls Revolt : le titre est peut-être un peu trop fort pour ce que l’on nous livre, du moins dans les trois premiers épisodes. En effet, mis à part la démission surprise de Nora qui survient à la conclusion du pilote, il est bel et bien question de féminisme, mais davantage dans les relations de couple des protagonistes. Cindy, une jeune épouse découvre dans le premier épisode que son mari a fait des trous dans son diaphragme, lui qui est pressé d’avoir des enfants. Fâchée, mais consciente que tôt où tard son « devoir » serait d’enfanter, elle n’est pas insensible aux charmes de son collègue Ned (Michael Oberholtzer), un photographe. De son côté, Patti sort avec (Hunter Parrish), son petit ami journaliste et bien qu’au travail il n’y ait pas de tension particulière entre eux, il veut lui mettre un anneau au doigt alors qu’elle chérit plus que tout son indépendance. Reste Jane qui incarne une tendance inverse. Elle a beau exceller dans son travail, elle ne rêve que d’une demande en mariage de son riche petit ami.

Ces histoires où le dilemme entre le mariage et la carrière, en plus d’avoir été exploité à satiété, auraient pu se dérouler dans n’importe quel contexte et dans n’importe quelle époque. Pour donner un peu de chair à l’os, la nouveauté d’Amazon néglige justement l’essentiel : mettre l’accent sur l’événement historique qui pourtant lui a servi d’inspiration. Certes, on ne doute pas qu’éventuellement le procès occupera une part plus importante de l’intrigue, mais après trois épisodes, cette intrigue avance à pas de souris et qui plus est, rien ne nous indique hors de tout doute que ces femmes sont victimes de discrimination. Oui, elles veulent devenir journalistes, mais ont-elles le talent et l’ambition pour exercer cette profession ? Nora suite à l’affront qu’elle essuie ne se bat même pas et démissionne. Quant à Patti ou Cindy, elles ne s’affirment pas assez au point où l’on puisse qualifier leurs patrons, Finn en particulier, de misogynes.

Ces femmes qui ont fait la différence

Seulement au cours des trois dernières années, plusieurs séries anglaises sur des femmes ayant servi de modèles à des générations futures ont vu le jour. Dans les années 40, on a eu Home Fires d’ITV qui s’est intéressé à l’effort de guerre des femmes au sein de leur communauté dans un milieu rural. Fin des années 50, ce sont des sages-femmes de l’East End à Londres dans Call the Midwife qui continuent de ravir le public de la BBC. Au début des années 80, celles qui sont issues de milieux modestes ont quitté leur rôle de mamans à temps plein pour se consacrer à la vente à domicile d’objets érotiques dans Briefs Encounters d’ITV. Dans ces trois cas, il s’agit d’adaptations de biographies mettant en vedette des femmes « anonymes » qui après s’être émancipées de leurs foyers ont réussi à s’imposer dans la sphère publique. Dans le cas de Good Girls Revolt, en principe « l’ennemi » ne devrait pas être le mari, mais un genre de Goliath puisque c’est tout le milieu journalistique qui fonctionne de la même manière discriminatoire à cette époque. En somme, une touche plus réaliste à la Show me a Hero d’HBO aurait été la bienvenue.

Dans le style bon chic, bon genre, la nouveauté d’Amazon a recueilli des critiques assez positives et nul doute qu’une série qui se veut si générale sur la discrimination puisse remporter une large adhésion auprès d’un public international. Quant à la « révolution » supposée ou réelle de Patti, Cindy et Jane, seuls les plus persévérants la verront peut-être poindre dans les prochains épisodes.

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