Semaine OTT: Chance (2016)

Chance est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la mi-octobre sur le service de vidéo sur demande Hulu. À San Francisco, le neuropsychiatriste Eldon Chance (Hugh Laurie) est chargé de diagnostiquer des patients victimes d’accidents et d’ensuite les réacheminer vers des spécialistes. Sa vie change cependant lorsqu’on lui envoie Jacklyn Blackstone (Gretchen Mol), une jeune femme atteinte de paralysie cérébrale et de dédoublement de la personnalité. Cependant, son mari Raymond (Paul Adelstein) est extrêmement jaloux et la tension monte graduellement entre les deux hommes. Adaptation du livre éponyme écrit par Kem Nunn qui est aussi le créateur de la série, Chance est probablement l’une des nouveautés américaines les plus fascinantes cet automne. D’inspiration hitchcockienne et jouant habilement entre réalisme et imaginaire, ce que l’on prédit comme étant l’histoire d’une descente aux enfers est appuyé par une mise en scène solide qui sans aucun doute nous tiendra captifs jusqu’à la toute fin.

Fatalité

Eldon est un docteur dont la carrière contraste fortement avec la vie privée. Divorcé depuis peu de son ex-femme Christina (Diane Farr), il vit dans un petit appartement quelque part à San Francisco et souffre de ne pas pouvoir voir sa fille adolescente Nicole (Stefania LaVie) autant qu’il le voudrait. Désirant malgré tout lui offrir un futur prometteur en l’envoyant dans une école prestigieuse, il met en vente un meuble d’une grande valeur et fait la connaissance de l’antiquaire Carl (Clarke Peters) et de son assistant surnommé « D » (Ethan Suplee), un colosse de peu de mots. Quant à son travail, c’est la psychologue Suzanne Silver (LisaGay Hamilton) qui a référé Jacklyn à Eldon, espérant obtenir un deuxième avis sur sa condition. Lorsqu’ils se rencontrent, le témoignage de la patiente est assez poignant puisque ses pertes de mémoires et troubles de la personnalité sont la cause de maltraitances, infligées par son mari. D’une part Suzanne somme Eldon de ne pas intervenir, d’autre part, lui et sa patiente se rapprochent un peu trop au goût de Raymond qui au troisième épisode se trouve sûrement derrière l’agression physique qu’a subie sa fille Nicole. Dès lors, comme le mentionne D à Eldon, la question est de savoir qui établit les règles du jeu et surtout qui est la victime.

Avec le retour de Hugh Laurie dans le rôle d’un docteur au petit écran américain, on pouvait craindre le pire, ou plutôt éprouver un sentiment de déjà vu étant donné son rôle marquant dans House de Fox. Pourtant, Chance n’a besoin que de quelques minutes pour nous ensorceler et ça n’a absolument rien à voir avec la médecine.  En effet, Eldon a beau être estimé de ses collègues, il n’a pas la tâche facile puisqu’il est en quelque sorte mis devant le fait accompli chaque fois. En effet, chacun des patients qui traversent la porte de son bureau ont subi un grave trauma physique ou psychologique et la plupart sont condamnés à végéter toute leur vie : qu’il s’agisse d’un homme qui a voulu se tuer en ingurgitant une grande quantité de produits toxiques ou d’une femme qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment alors qu’un immense lustre dans un hôtel lui est tombé sur la tête. Ces histoires nous donnent froid dans le dos, d’autant plus que nos médecins représentés à la télévision sauvent toujours miraculeusement la vie de leurs patients alors qu’ici, le constat d’échec est patent. Ces petites vignettes illustrant « those mutilated by life » comme l’affirme Eldon sont d’un fatalisme qui viennent aussi enrichir l’axe narratif principal qui à l’image San Francisco et la sinuosité de ses rues nous promettent des montagnes russes.

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Kim/Jacklyn & Scottie/Eldon

Les violons lancinants faisant écho au travail du compositeur Bernard Herrmann ne sont qu’une des nombreuses inspirations hitchcockiennes ou plus particulièrement du film Vertigo (1958) que l’on retrouve dans Chance. Loin d’un simple copier/coller sans saveur, Kem Nunn nous offre une variante qui s’éloigne assez du long métrage pour revendiquer son indépendance, mais qui conserve le même mystère et la même intensité du côté des émotions. Outre la ville de San Francisco où se déroulent les deux fictions, le personnage de Jacklyn ressemble comme deux gouttes d’eau à Kim Novak, l’actrice originale. Dans Chance, son personnage qui souffre d’un dédoublement de personnalité est victime d’un mari jaloux, alors que dans le film celui-ci élabore toute cette mise en scène pour s’en débarrasser. Reste qu’on a un personnage principal fasciné par cette créature qui n’est jamais complètement elle-même et que l’on a envie de protéger. Comme James Stuart dans Vertigo, Eldon fait du sur-place. Il vit dans un appartement depuis plusieurs mois, mais n’a toujours pas défait ses boîtes, ne désirant pas s’enraciner dans une vie qui lui a été imposée. L’arrivée de Jacklyn dans sa vie le bouleverse; fascination en lien avec son métier ? Amour ? Pitié ? C’est un peu tout ça à la fois, mais pour le protagoniste, c’est aussi une manière de se sentir en vie.

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Vertigo, 1958 (Hitchcock)

Par contre, Kem Nunn prend aussi ses distances avec l’œuvre d’Hitchcock avec un Eldon qui peu à peu s’affranchit de sa « passivité ». En effet, durant les trois premiers épisodes, il est dans un mode où il subit les événements avec des patients condamnés qu’il ne peut sauver. Avec Jacklyn, il y a de l’espoir, mais Raymond lui fait clairement comprendre qu’il a intérêt à se tenir à distance en s’en prenant (on est presque certain) à sa fille. Eldon n’a plus envie de se laisser faire et avec l’aide de D, il a bien l’intention de combattre à armes égales, quitte à tomber dans l’illégalité. Sa dernière réplique au troisième épisode : « Who’s the Feeder? » est un gage d’émotions fortes à venir au cours des prochaines semaines.

À la fin du dixième épisode, il est prévu que Chance se termine plus ou moins comme le roman dont il est adapté. Pourtant, avant même de connaître la réception du public, Hulu a décidé d’accorder une seconde saison à la série avec dix épisodes supplémentaires. Kem Nunn n’ayant pas écrit de suite à son livre, il est difficile de prédire quelle direction le scénario pourrait prendre ou si l’inspiration serait seulement au rendez-vous, de l’aveu même de Hugh Laurie en entrevue à TV Line. Une chose est sûre, Hulu est en train de faire sa marque dans le surchargé univers sériel.

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