Shoot the Messenger (2016) : pas encore

Shoot the Messenger est une nouvelle série de 8 épisodes diffusée depuis la mi-octobre sur les ondes de CBC au Canada. L’action se déroule dans la ville fictive de Dixon City dans les bureaux de The Gazette, un journal à grand tirage pour lequel travaille Daisy Channing (Elyse Levesque), une jeune journaliste recrutée de fraîche date. Convoquée par son informateur Hassan Ali (Araya Mengesha), à peine arrivée sur place en pleine nuit dans un parc isolé, elle assiste à une fusillade faisant un mort. Son instinct de journaliste prenant le dessus, elle filme le cadavre et sa patronne Mary Foster (Alex Kingston) lui donne carte blanche sur l’enquête. Pourtant, celle-ci se révèle bien plus compliquée qu’anticipée, d’autant plus qu’elle pourrait éventuellement devenir la prochaine cible des criminels. Création de Sudz Sutherland et de Jennifer Holness, on a un peu trop mis l’accent dans la promotion sur le fait que ceux-ci s’étaient inspirés des scandales de Rob Ford dans l’écriture de Shoot the Messenger, ce qui n’aurait pu être plus faux et jusqu’à un certain point, dommageable au niveau des attentes. Pourtant, le scénario en poupées russes n’a pas fini de nous étonner au point où suivre la série dans son entièreté n’est plus qu’une simple option.

Toujours plus haut, toujours plus dangereux

On ne sait trop quel est le lien qui relie Daisy à Hassan, mais toujours est-il que ce dernier la contacte avec une information potentiellement explosive. Lorsqu’elle arrive sur place, Khaalid (Michael Ayres), un Canadien d’origine somalienne qui se trouve aux côtés de son informateur reçoit une balle en plein cœur. Les brigands ayant pris la fuite, Daisy filme les lieux du crime et publie un article retentissant sur le sujet. Grâce à l’aide du détective Kevin Lutz (Lyriq Bent) qui est aussi son amant, la jeune reporter peut poursuivre son enquête qui définitivement se complique, passant d’une simple affaire de drogues à de sordides histoires sexuelles qui pourraient embarrasser notamment la classe politique. Éventuellement, c’est la sécurité de Daisy qui est en cause et il semble que cette fougueuse journaliste n’ait pas les nerfs aussi solides qu’escomptés. Ex-cocaïnomane, elle est en train de nouer une relation avec son collègue Simon Olenski (Lucas Bryant), lequel n’est pas indifférent à ses charmes, bien que déjà fiancé.

Le pitch de départ de Shoot the Messenger peut nous faire craindre le pire, c’est-à-dire l’histoire d’une jeune journaliste intrépide à la recherche de la vérité coûte que coûte. La fierté qu’éprouve Daisy lorsque Mary lui annonce : « You’ve got frontpage » nous laisse perplexe d’autant plus que la pièce majeure de la journaliste est une vidéo prise sur les lieux du crime… Un peu comme Notorious dont l’action prend place dans une salle de nouvelles pour une chaîne de télévision sur le câble, ces lieux de travail et la méthode pour rejoindre les lecteurs/téléspectateurs nous semble quelque peu anachronique en 2016. Reste qu’au fil des épisodes, Daisy se défait assez rapidement de son image de reporter intrépide prête à tout pour écrire un article. En fait, cette adrénaline soudaine nous montre davantage la vulnérabilité qui se cache en la jeune femme. L’oisiveté étant sa pire ennemie, elle se doit de continuer son enquête, quitte à mettre sa vie en danger. Elle est en somme victime de ses ambitions et c’est en partie par accident qu’elle accumule les éléments en lien avec son enquête davantage que grâce à son flair journalistique.

C’est justement là la deuxième qualité de Shoot The Messenger, durant les trois premiers épisodes : on n’a aucune idée de l’objet de l’enquête, mais on continue de la suivre avec le même intérêt. D’abord, un nuage pèse sur le premier meurtre. En tous les cas, on apprend plus tard qu’Hassan était le chauffeur d’un célèbre joueur de basketball (Jamaal Magloire), lequel est en plein divorce et qu’il avait des penchants pour les orgies et les femmes plus âgées. Eric Lawson (Al Sapienza) est le richissime propriétaire de l’équipe pour lequel il joue et parmi son cercle d’amis proches, mentionnons la juge Susan Reeves (Brenda Bazinet), laquelle doit approuver des mandats de recherches pour l’enquête impliquant Daisy. Comme si ce n’était pas assez compliqué comme ça, elle connaît bien Sam Charles (Ari Gohen), le procureur général de la ville et celui-ci entretient une relation sexuelle avec Chloe (Hannah Anderson), la propre sœur de Daisy ! Dans cette spirale qui n’en finit plus, on évite un ton trop tapageur et la toile des intrigues est habillement tissée : chaque épisode prenant de court les téléspectateurs.

Rob Ford n’a rien à voir là-dedans

Il faut peut-être attribuer une part de responsabilité aux auteurs pour avoir mentionné qu’ils s’étaient inspirés de la saga Rob Ford lorsque l’écriture de la série a commencé, mais toujours est-il que les médias en ont constamment fait leur ligne directrice en parlant de la nouveauté de la CBC… à tort. Certes, il est question d’une ville que l’on soupçonne être corrompue jusqu’à l’os, mais on reste trop vague dans les enjeux, en tout cas assez pour que ce qui reste de la famille Ford puisse dormir sur ses deux oreilles. Mais voilà, c’est justement là où le bât blesse : la série manque de spécificité. En effet, chaque fois qu’une nouvelle fiction canadienne est produite, on a toujours l’impression qu’intentionnellement on cherche à étouffer autant que possible toutes références à l’origine de la série, qu’il s’agisse des lieux ou des endroits où elles se déroulent, probablement dans but de mieux la vendre à l’étranger. C’est assez unique dans les marchés producteurs de séries alors qu’aux États-Unis, on a l’impression d’avoir visité Washington une bonne dizaine de fois considérant le nombre de séries politiques y prenant place (Scandal, Designated Survivor), tout comme Londres (The Politician’s Husband, entre autres) et même Marseille de Netflix ! Toronto avec ses multiples signes distinctifs n’a pas à rougir d’elle-même, au contraire.  Shoot the Messenger aurait beaucoup plus éveillé l’intérêt des Canadiens et peut-être même d’autres marchés si l’action s’était déroulée dans le scénario dans la Ville Reine au lieu de la fictive Dixon. CBC diffusant la série, cette décision de rester dans un genre d’anonymat est incompréhensible compte tenu de l’auditoire qu’elle cherche à rejoindre dans un premier temps en tant que diffuseur public.

À ce sujet, 318 000 téléspectateurs ont regardé le premier épisode en direct. On est loin d’atteindre les chiffres des compétiteurs qui diffusent du contenu américain à la même date, même heure : Lucifer sur CTV a rassemblé un auditoire de 1,1 million et 724 000 pour NCIS New Orleans sur Global. Le deuxième épisode de Shoot de Messenger a baissé à 156 000 pour remonter à 201 000 la semaine suivante. Ces chiffres sont similaires aux débuts de The Romeo Section lancée l’an dernier par CBC et renouvelée pour une seconde saison. La nouveauté ici pourrait ainsi connaître éventuellement le même sort.

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