MacGyver (2016) : exactement ce qui est annoncé

MacGyver est une nouvelle série de 22 épisodes diffusée depuis la fin septembre sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. Le titre fait référence à ce jeune homme (Lucas Till) que l’on pourrait qualifier de « multitâches », qui est employé par la DXS, une organisation secrète du gouvernement américain et doit avec son équipe  traquer des organisations terroristes un peu partout dans le monde. Remake de la série éponyme qui a connu ses beaux jours sur les ondes d’ABC de 1985 à 1992, MacGyver est à son meilleur si l’on peut dire lorsqu’elle s’en tient à une banale succession d’astuces improbables. N’apportant absolument rien de novateur au monde sériel, CBS se réfugie dans un passé où tout est noir ou blanc dans le seul et unique but de faire ses frais en nous offrant un divertissement que l’on oublie aussitôt après l’avoir consommé.

Un « ti-Joe connaissant »

La série débute dans le feu de l’action en Italie au lac de Côme alors que MacGyver et son partenaire Jack (George Eads) s’infiltrent dans une villa où l’on y donne une fête et réussissent à s’emparer d’une arme biologique. Cependant, l’opération tourne mal : le jeune protagoniste et sa petite amie Nikki ((Tracy Spiridakos) qui travaille aussi avec eux) sont la cible de coups de feu et seul le jeune homme semble s’en sortir indemne, quoique l’arme se retrouve désormais entre de mauvaises mains. Trois mois plus tard, leur patronne Patricia (Sandrien Holt) a retrouvé la trace des voleurs et parvient à faire libérer sous caution Riley (Tristin Mays), une jeune hackeuse hors pair qui se joint à l’équipe. Après de multiples péripéties, ils mènent à bien leur mission et découvrent que Nikki est toujours en vie et qu’elle travaillait en fait pour les criminels, mais à peine arrêtée, elle s’échappe aussitôt. Dans l’épisode suivant, MacGyver continue d’enquêter sur sa dulcinée qui l’a trahie, mais doit désormais se rendre au Vénézuéla afin de délivrer Sarah Adler (Amy Acker), l’ancienne petite amie de Jack qui a été emprisonnée après avoir essayé de voler le registre d’un marchand d’armes. Au troisième épisode, l’équipe s’envole à Los Angeles afin de soutirer des informations à Ralph (Oliver Cooper), un génie du web qui a caché de grosses sommes d’argent appartenant à la D-77, un nouveau groupe terroriste.

C’est la recette apparemment gagnante dans les pilotes américains : on saute aussitôt dans l’action dans les premières minutes, apprenant au passage que MacGyver est le récipiendaire de 12 trophées pour ses mérites scientifiques, qu’il a passé 2 ans au MIT (Massachussetts Institute of Technology) ainsi que 3 ans à désamorcer des bombes. Pourtant, le jeune homme qui ne doit pas avoir plus de vingt ans peut tout faire avec n’importe quoi, comme fabriquer un parachute en moins de deux avec la toile d’une Jeep, confectionner des lunettes pour voir dans l’obscurité avec un filtre infrarouge et des lentilles de microscopes ou encore faire exploser une cargaison d’armes avec le miroir d’un rétroviseur et de petites branches. En fait, MacGyver se limite à ces tours de passe-passe. Certes, on apprécie ici le truchement d’armes à la Lethal Weapon à des objets du quotidien. Par contre, dans son objectif de donner du rythme aux épisodes, la production ne nous donne que quelques secondes où l’on entend le héros débiter comment il s’y prend pour fabriquer ses inventions, si bien qu’on n’a nullement le temps de constater si cela fait du sens. Ce n’est d’ailleurs pas souvent le cas, comme lorsqu’il parvient au troisième épisode à stopper l’hémorragie sanguine de Ralph avec du diachylon et un permis de conduire… De toute façon, ce bricolage n’est qu’un intermédiaire entre la mission du jour et l’objectif qui est de glorifier ce jeune nerd aux muscles saillants et aux mèches blondes arrivant toujours à ses fins.

Dans cette optique, les maigres tentatives de la production de donner un peu de profondeur au personnage principal ne sont pas très lucratives, comme lorsqu’il nous confie qu’enfant, il avait une peur bleue des hauteurs et du noir, de ses problèmes sentimentaux ou encore de la brouille avec son père qu’il n’a pas revu depuis des années. On a donc droit à un héros increvable (au pilote, il reçoit une balle en plein cœur, mais un coup tombé dans l’eau, il nage sans problèmes jusqu’à la rive) : digne d’une série du vendredi soir chez un network qui n’a que des cascades et des missions du jour toujours couronnées de succès à nous offrir.

L’Amérique nostalgique

Faire un remake de MacGyver donne en premier lieu l’opportunité à CBS de ne pas trop se fatiguer du côté créativité en reconstituant sans changement un concept télévisuel qui a fait ses preuves par le passé et ainsi attirer plus facilement l’attention du téléspectateur pantouflard. En effet, l’apport de la technologie n’entre pas en ligne de compte puisque le protagoniste mène à bien ses missions avec un minimum de gadgets. Pourtant, dans le pilote il parvient de façon très opportune à s’insérer dans une chambre secrète sans qu’aucune caméra de surveillance ni système d’alarme ne vienne le démasquer, mais la production n’a apparemment que faire ces détails.

Dans un deuxième temps, la « résurrection » de cette série née dans les années 80 permet aussi à la chaîne de montrer dans toute sa puissance les prouesses de l’homme blanc hétérosexuel et ainsi éviter d’avoir pour tête d’affiche un quelconque personnage issu d’une minorité ethnique. Certes, MacGyver vit avec Wilt (Justin Hires), un noir qui, aussi improbable que cela puisse paraître, ignore tout du vrai métier de son colocataire, mais sa contribution se limite au rôle de clown au début et à la fin des épisodes afin d’alléger l’ensemble. Sinon, le rôle des deux femmes de l’équipe est aussi limité. Patricia est toujours à distance, donnant des ordres et exigeant des résultats tandis qu’en donnant à Riley le rôle de la hackeuse, on s’assure qu’elle ne sera pas dans les jambes de nos deux casse-cou. En effet, elle est la plupart du temps cloîtrés dans une salle sombre à effleurer les touches de son clavier, à l’image de Cable McCrory dans Bull (CBS encore) et Patterson dans Blindspot (NBC), des personnages de second ordre. Restent ces hommes à abattre; tous des terroristes venant des quatre coins de la planète qui ouvrent peu la bouche, mais plutôt celles de leurs canons et qui n’ont d’autre psychologie que celle de faire le mal en s’en prenant au monde libre et juste qu’incarne les États-Unis.

Après des débuts houleux avec un pilote qui a dû être refait de A à Z, incluant un changement de réalisateurs, CBS peut s’annoncer satisfaite du résultat : 10,9 millions de téléspectateurs étaient présents devant leur téléviseur pour le premier épisode avec un taux de 1,7 chez les 18-49 ans. Bien que l’auditoire en direct ne cesse de baisser au fil des semaines, celui-ci semble s’être stabilisé à la cinquième diffusion à un peu moins de 8 millions alors que le taux de la case payante s’est stabilisé depuis belle lurette à 1,1. Il faut au moins louanger le souci du recyclage de CBS puisqu’avec un minimum d’efforts, elle se dote avec Hawaï 5-0 et MacGyver de vendredis soirs stables, faisant sûrement des jaloux du côté de ses compétiteurs.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s