600e critique ! : Westworld (2016)

Westworld est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début octobre sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada. L’action se déroule dans un parc d’attractions érigé à ciel ouvert dans le Sud-Ouest américain à saveur western, lequel est peuplé de toute une colonie d’androïdes ayant l’aspect humain. Le but de cette entreprise imaginée par le Dr Robert Ford (Anthony Hopkins) est de permettre à des particuliers très riches surnommés « les invités », d’aller y faire un séjour et de faire ce que bon leur semble. Cependant, le comportement de ces robots surnommés les « hôtes » se met peu à peu à différer du plan de match d’origine de leurs concepteurs. Série que certains ont a à tort qualifié de prochaine Game of Thrones, Westworld de par sa mise en scène grandiose nous hypnotise dès le départ et parvient aussi à remettre en perspective note vision de la réalité. Pourtant, en employant le point de vue des androïdes, elle amoindrit de beaucoup son propos au point où après trois épisodes, on n’est plus certain que l’aventure en vaille la chandelle.

Un monde presque parfait

Au début du premier épisode, on fait la connaissance de Teddy (James Marsden), un beau cow-boy dont le train est en route vers l’élue de son cœur : Dolores (Evan Rachel Wood). Arrivé dans la petite ville, un carnage éclate entre les hôtes, faisant plusieurs morts. Enfin : personne ne l’est vraiment puisqu’il ne s’agit que d’une mise en scène et que tous ces personnages n’étaient pas des humains. Mais reste que certains des androïdes n’ont pas exécuté le script pour lequel ils étaient programmés, comme Peter (Louis Herthum), le père de Dolores qui après avoir trouvé une photographie d’un des invités avec pour arrière-plan la civilisation que l’on connaît, est tout remué. Dans les deux épisodes subséquents, William (Jimmi Simpson) et Logan (Ben Barnes) tentent leur première expérience à Westworld, tandis que les hôtes ont des souvenirs de leurs expériences passés, y compris les boucheries et du côté des créateurs comme Bernard Lowe (Jeffrey Wright), il devient de plus en plus difficile d’effacer leur mémoire et de surcroît, de les contrôler.

Westworld a beau être une adaptation d’un film éponyme de 1973, l’écho à la société actuelle est autant, sinon plus retentissant en 2016. Déjà quelques années plus tôt la Suède avec Äkta Människor sur STV1 abordait ce sujet avec des humains qui s’achetaient ces androïdes; un genre de substitut à l’esclavage et consacrant aussi l’oisiveté de l’être humain à l’ère technologique. Loin d’être redondante, la nouveauté d’HBO, avec le même sujet de base, oriente notre réflexion ailleurs alors qu’ici il est question de réalité virtuelle à son apogée. D’abord, le choix d’avoir décidé d’implanter ces hôtes dans un décor de Far West n’a rien d’anodin. Le Dr Ford et ses complices avec l’immense lopin de terre qu’ils possèdent auraient pu recréer n’importe quel siècle, n’importe quelle culture, mais ont choisi l’univers des cowboys, des saloons et des prostituées; un genre de Disneyland des vices en somme !

Ford est en quelque sorte un dieu, établissant un scénario minutieusement confectionné pour les habitants de son monde, attribue le pouvoir à certains, décide de la minute de la mort d’autres, etc. Sans temporalité, chaque personnage est un Sisyphe qui doit monter sa pierre au sommet pour fatalement avoir à recommencer le lendemain. La mise en scène soignée est justement à la hauteur de cet environnement futuriste, à commencer par le générique qui nous représentante cet univers d’abord léché où la conception automatisée des androïdes roule au quart de tour. Même chose avec la musique provenant du piano mécanique qui sans l’être humain, ne fait aucune fausse note, sauf que…

 

 

Le mauvais point de vue

C’est bien évidemment ce grain de sel dans l’engrenage qui est au cœur du récit, dont la structure narrative ressemble de près à celle de Jurrasic Park. Dans ce film de 1993, la recette du succès est attribuable aux dinosaures qui brisent leurs chaînes et s’en prennent à ceux qui sont censés apprécier le spectacle. Avec Westworld, le problème majeur est qu’on nous offre majoritairement le point de vue des robots et non celui des visiteurs; une décision pleinement assumée et défendue par les créateurs de la série Jonathan Nolan et Lisa Joy dans une entrevue au Hollywood Reporter. Pourtant, après trois épisodes, cette tentative s’avère un échec. En fait, les acteurs sont tellement convaincants dans leurs rôles d’androïdes qu’on ne s’émeut pas outre mesure lorsqu’on voit « nos héros » comme Teddy ou Dolores dans les pires situations impliquant la violence, la torture ou le viol. Des actes ignobles, certes, mais perpétrés à grande majorité par leurs acolytes, non par des êtres humains. Ce sont des objets remplaçables, reprogrammables. Jusqu’ici, leurs échanges sonnent faux puisqu’implantés par un tiers parti. Certes, éventuellement on se doute bien qu’ils finiront par se rebeller contre leurs maîtres, mais rendus au tiers de la série, rien de très concret ne s’est encore produit et l’ennui relié à l’attente nous gagne de façon exponentielle.

À peine commencée que Westworld semble avoir déjà fait le plein en matière d’auditoire, du moins en ce qui concerne l’écoute en direct : 1,96 million de téléspectateurs pour le premier épisode avec un taux de 0,77 chez les 18-49 ans. Légère baisse en deuxième semaine à 1,49 million (taux de 0,67); soir de débat à la course présidentielle aux États-Unis et 2,09 millions au troisième épisode (taux de 0,92). Il est toujours possible que ces chiffres augmentent en cours de route grâce entre autres au bouche-à-oreille, mais il ne faudrait pas trop se faire d’illusion. En effet, le diffuseur débourse en moyenne 10 millions $ par épisode et on peut comprendre qu’à un tel prix, le renouvellement ne soit pas immédiat. En tous les cas, les créateurs de leur côté ont dans leur mire plusieurs saisons et prévus un format anthologique à la True Dective, c’est-à-dire la création d’un nouvel univers avec de nouveaux personnages chaque saison. À suivre.

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