Pitch (2016) : retrait sur trois prises

 

Pitch est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la fin septembre sur les ondes de Fox aux États-Unis et Global au Canada. L’action se déroule au sein d’une équipe de baseball de la LMB, les San Diego Padres, alors qu’elle s’apprête à accueillir pour la première fois de son histoire une femme : la lanceuse Ginny Baker (Kylie Bunbury). Évidemment, dans un premier temps, ce n’est pas de ses habilités dont il est question puisque le débat des sexes s’extrapole bien au-delà de la chambre des joueurs. Série crée par Rick Singer et Dan Fogleman, ce dernier étant aussi à l’origine de Galavant et This is Us, Pitch parvient à éviter de tomber dans les clichés et apporte de l’eau au moulin sur le sort des femmes dans le sport professionnel, mais dans la prémisse même elle se trompe de cible et se discrédite sans s’en rendre compte.

L’important c’est de gagner, pas de participer

L’histoire est classique : Bill Baker (Michael Beach) a toujours voulu faire carrière dans le baseball et maintenant qu’il a deux enfants, il cherche à les initier à ce sport. L’aîné Bill (B.J. Britt) ne voulant rien savoir, c’est Ginny qui très jeune manifeste la même passion que son père à l’égard de ce sport. D’un championnat à l’autre, elle est remarquée par l’agente Amelia Slater (Ali Larter) qui par un coup de force extraordinaire parvient à l’intégrer au sein d’une équipe professionnelle. Peu importe son sexe, l’arrivée de Ginny est la bienvenue puisque les San Diego Padres ne vont nulle part. Le capitaine de l’équipe Mike Lawson (Mark-Paul Gosselaar) est en fin de carrière et ses déboires avec ses ex-femmes le détournent de ses coéquipiers qui peinent à jouer en cohésion. La majorité des joueurs sont à la fois jaloux et distraits par la nouvelle recrue, à l’exception de Blip Sanders (Mo McRae) (dont la femme Evelyn (Megan Holder) est la meilleure amie de Ginny) qui fait tout pour qu’elle se sente chez elle. Le premier match de la jeune joueuse est loin d’être une réussite. Le stade a beau être plein à craquer, elle manque tous ses lancers et c’est en puisant dans ses souvenirs qu’elle parvient à surmonter son stress à son deuxième essai. Une fois la glace brisée, dans le second épisode, c’est son coach Al Luongo (Dan Lauria) qui se met le pied dans la bouche à plusieurs reprises pour ses propos sexistes alors que dans le troisième, Ginny est toute remuée lorsqu’elle doit affronter les Cardinals puisqu’elle est sortie auparavant avec Trevor (Shamier Anderson),  l’un des joueurs étoiles de l’équipe.

D’emblée, on s’attendait au pire en démarrant Pitch, ne serait-ce que pour tous les clichés qui l’attendaient au détour. Non, la chambre n’est pas infestée d’hommes de Cro-Magnon considérant les femmes comme des objets sexuels. En fait, la série commence et les joueurs se sont déjà habitués à composer avec une joueuse. Évidemment, l’équipe est au plus bas et on s’attend, comme dans les premières années de Glee à ce qu’elle finisse par se hisser au sommet de la ligue.

Du côté de l’équipe, il est à déplorer que mis à part Ginny et peut-être Mike, on ne connaît pratiquement rien des autres joueurs de l’équipe. Durant les trois premiers épisodes, on a constamment recours à des flashbacks, mais ceux-ci peinent à donner la profondeur souhaitée à ceux qui gravitent dans l’entourage de l’héroïne comme Amelia par exemple. Même chose avec le pilote qui se termine sur un accident, mais auquel on ne donne pas suite et qui de toute façon peine à nous émouvoir.

Pitch se rachète partiellement avec sa rhétorique sur le féminisme, notamment lorsqu’on aborde le côté médiatique ou politique de l’arrivée de Ginny dans la ligue majeure. Après un début à oublier sur le premier match, que faire ? En ne la faisant pas jouer à la prochaine partie, on accuserait l’équipe de sexisme et si on la ramène, on crierait au favoritisme. Même chose à la suite des bourdes qu’enchaîne Al devant les médias à propos de la joueuse. L’on réalise que le sexisme est plutôt du côté des médias puisqu’ils carburent aux controverses et font tout, notamment déformer des propos anodins, pour les éterniser le plus longuement possible. On a droit à un bon moment de télé lorsque Ginny est invitée sur le plateau de Jimmy Kimmel alors qu’elle est censée faire un numéro humoristique sur la décoration. Elle en profite plutôt pour se porter à la défense de son coach et ajoute son grain de sel quant à une controverse concernant la présence de femmes dans les vestiaires; « A woman’s not responsible for her own sexual assault because she went in the wrong locker room. That’s not only wrong. It’s dangerous. We don’t need to make sure that every girl goes in the right room. We need to make sure every boy knows it’s wrong to rape. »

Mauvaise cible

Le problème qui collera à Pitch durant toute sa saison est qu’elle se sert du baseball pour débattre de l’égalité des sexes. Bien qu’il importe que les hommes et les femmes soient traités de la même façon, l’entrée de celles-ci dans les ligues professionnelles de sport n’est pas un enjeu d’actualité. On l’a vu lors des jeux de Rio cet été, le public est aussi fier de ses athlètes masculins que féminins, et ce, même s’ils ne jouent pas dans les mêmes équipes. Ce genre de scénario aurait été hautement plus effectif si par exemple le personnage principal avait été un homme ouvertement gai ou encore s’il s’était agi d’une journaliste sportive alors que la discrimination envers celles-ci a défrayé les manchettes ces derniers temps.  Avec Pitch, toute l’attention porte sur les vestiaires et si Ginny devrait y être ou pas, ce qui est un faux débat puisqu’on est persuadé que la première intéressée n’a nullement l’intention de prendre sa douche avec ses coéquipiers. Ça ne s’arrange pas vraiment de ce côté au troisième épisode alors que pour prouver qu’elle est l’égale des hommes, elle cherche délibérément la bagarre avec un des joueurs de l’équipe adverse. En effet, perpétuer un schéma macho dans le seul but de faire partie de la bande n’a rien de très honorant. Et que dire de cette diatribe prononcée par une journaliste dans les premières minutes de la série à la veille de l’entrée de Ginny au stade : « So, bitch and moan all you want, gentlemen, but tonight, a girl’s gonna be the lead sports story in the world. And if that upsets you, well, maybe you’re just getting your period » ? Une blague sexiste sur les règles et un tempérament colérique, sortant de surcroît de la bouche d’une femme : voilà comment bien décrédibiliser son propos.

En fin de compte, Pitch s’adresse-t-elle majoritairement aux femmes ou aux hommes ? L’équilibre à maintenir entre les coulisses d’un des sports préférés des Américains et la romance qui accapare une bonne partie du troisième épisode n’est pas facile à maintenir. C’est peut-être cette confusion qui explique un faible démarrage pour la série : seulement 4,23 millions de téléspectateurs ont regardé le pilote le jour de sa diffusion avec un taux de 1,06 chez les 18-49 ans. Quatre semaines plus tard, ils n’étaient plus que 2,9 millions avec un taux réduit de moitié (0,8). Ironie du sort, cet épisode du 13 octobre avait entre autres pour concurrent…un match de baseball sur Fox Sports qui lui, a attiré un auditoire de 4,52 millions et un taux de 1,3 !

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