Notorious (2016) : pas tant que ça

Notorious est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada. Julia George (Piper Perabo) est la productrice d’une émission de nouvelles « cotée  #1 » parmi les chaînes câblées, grâce entre autres à sa tête d’affiche, Louise Herrick (Kate Jennings Grant), aussi sérieuse devant l’écran que dissipée dans sa vie personnelle. Mais tous ces scoops et la fidélité à l’émission sont aussi du à sa collaboration implicite avec l’avocat Jake Gregorian (Daniel Sunjata), dont les clients finissent toujours par faire les manchettes. Série inspirée de la véritable relation entre l’avocat Mark Geragos et la productrice du Larry King Live Wendy Walker, Notorious a beau être la seule à ne pas être produite par la boîte de Shonda Rhimes dans les cases du jeudi soir, on dirait pourtant un pot-pourri de tout ce qui a déjà été fait précédemment, qu’il s’agisse du tandem principal ou encore des intrigues-enquêtes impliquant les gens de pouvoir. Le plus dommage est qu’à part un filon de base qu’elle exploite trop gentiment, il n’y a plus grand-chose à se mettre sous la dent.

Des irritants difficiles à passer outre

Dans le premier épisode, Oscar Keaton (Kevin Zegers), un richissime inventeur informatique est accusé d’avoir renversé un piéton et d’avoir fui les lieux du crime. De connivence avec Julia, Jake qui est son avocat fait tout pour attirer l’attention de la presse et de la police sur d’autres suspects potentiels, mais l’étau se resserre lorsque l’épouse d’Oscar est retrouvée morte, poignardée à plusieurs reprises, celui-ci devenant le principal suspect. Pendant que l’enquête progresse au cours des épisodes, on a aussi droit à un cas plus léger chaque diffusion qui retient l’attention de l’avocat et de la productrice.  Dans le premier, un politicien subit le chantage de quelqu’un qui a en sa possession une photo compromettante de lui avec un drapeau confédéré, dans le second, une femme alerte les médias suite à la disparition de son bébé tandis que dans le troisième, une rockstar est impliquée dans une affaire de viol.

À la défense du téléspectateur, les premières minutes de Notorious n’ont rien pour nous donner envie de poursuivre jusqu’à la fin. Dans des bureaux plus grands que la salle de nouvelles et qui ressemblent davantage à des suites présidentielles, on a d’un côté Julia qui vient de finir de faire l’amour avec son petit copain et de l’autre, Louise qui en sous-vêtements se fait faire cuire des steaks par son amant. Pourtant, l’émission des deux femmes entre en ondes dans quelques minutes seulement et Louise devient toute professionnelle en annonçant une primeur pour ensuite demander candidement à Jake qui est l’invité sur le plateau : « What the hell is going on? »… En fait, c’est tout l’angle journalistique qui peine à nous convaincre. En effet, qui en 2016 regarde encore massivement un bulletin de nouvelles en direct à la télévision ? Léger anachronisme, d’autant plus que comme par hasard, les scoops surviennent toujours quelques secondes avant d’entrer en ondes. Encore plus ridicule est son animatrice Louise qui fait le plus de tort à la série. En trois épisodes, on lui compte pour le moment quatre amants. Elle part avec l’un dans un hôtel près de la plage et demande à Julia de lui apporter des condoms (elle ne veut pas être vue en public en acheter), avec l’autre elle joue au strip-poker dans sa loge et plus tard, son bulletin terminé, elle enlève son chemisier, se promène en brassière dans la salle de nouvelles et en enfile un autre pour aller boire des margaritas avec un nouvel homme. Unidimensionnelle, on tente de donner un peu de chair à l’os au personnage à la fin du troisième épisode, mais sans grand succès.

 

Un peu trop influencée par ses consœurs

Ce côté racoleur qui s’étend à l’ambiance générale de la série a déjà été exploité par exemple dans The Catch, à la différence qu’ici, le lien entre Julia et Jake est beaucoup moins bien défini. En effet, à la longue il est peu crédible que ce soit systématiquement les clients de l’avocat qui fournissent les manchettes à la productrice. Ensuite, dans sa construction narrative, on nage dans les mêmes eaux que How to Get Away with Murder avec une affaire judiciaire s’étendant sur toute la saison parsemée d’enquêtes hebdomadaires. Le problème avec Notorious est qu’à la différence de la série de Rhimes, l’histoire du client de Jake n’a pas de quoi nous tenir sur le bord de notre siège, tout comme les autres qui viennent demander de l’aide chaque semaine. Sinon, on en a un peu soupé de la sauce Scandal alors que les scoops ici sont presque toujours causés par des hommes et femmes de pouvoir qui derrière une façade qui séduit la population se cachent les vices les plus abjects.

ABC dans sa ligne directrice décrivait Notorious comme traitant de manipulation de l’information et de l’opinion publique. Or, rien n’est plus faux. Lors d’un échange houleux avec son assistante, Julia affirme «  the show  always comes first ». Pourtant, elle et Jake n’usent pas vraiment de subterfuges pour arriver à leurs fins puisqu’après quelques entourloupettes, ils finissent toujours par défendre les victimes. Alors oui, il y a déformation de la vérité, mais au fond leurs intentions sont nobles, ce qui rend finalement la série assez beige.

De plus, par la simplicité du ton, on se prive aussi d’une réelle discussion concernant l’éthique journalistique. L’argument comme quoi ils se doivent de dévoiler une primeur sous prétexte que de toute façon, s’ils ne le font pas, d’autres le feront, est beaucoup trop simpliste. Cela se manifeste par exemple dans l’épisode #3 lorsqu’on décide de montrer la vidéo d’un militaire se faisant décapiter par des terroristes. Jamais Julia ne se demande pas si son équipe devrait censurer ladite vidéo et cette intrigue survenant en fin d’émission, la réponse du public face à ce choix éditorial n’est pas non plus abordée. C’est dommage puisque pour être de son temps, c’est ce genre d’enjeux sur lesquels la série aurait eu avantage à se pencher, à l’image de ce qui tiraille en ce moment le monde de l’information.

En définitive, cette proposition sérielle n’a pas non plus charmé les téléspectateurs puisqu’ils étaient 5,40 millions en direct pour la première. Mais, si après 5 épisodes l’auditoire général s’est plus ou moins maintenu avec une moyenne de …, c’est le taux chez les 18-49 ans qui est plus alarmant. En effet, sur cette même durée celui-ci est passé de 1,13 à . Un renouvellement est peu probable, d’autant plus que le retour de Scandal à l’hiver offre une bien meilleure garantie.

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Une réflexion sur “Notorious (2016) : pas tant que ça

  1. En France, nous avons le même probléme, toutes ces séries ont pour but de faire croire, que nous sommes des gens intelligents, alors que nous avons une intelligence moyenne…ainsi nous faire entrer dans arrières cuisines de l’information, et nous faire comprendre que nous sommes manipulés, que tout est corrompu ma pauvre dame…
    Les ficelles les plus bebetes, car caricaturales (donc faciles à comprendre) sont utilisées
    Vous citez Shonda Rhimes, Scandal est l’exemple m^me de la série indigente, qui veut faire croire à son public, qu’a son contact il a accés la connaissance « du monde politique » et que « subitement il est devenu « intelligent »

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