Lethal Weapon (2016) : ha, ha, ha…

Lethal Weapon (2016) : ha, ha, ha…

Lethal Weapon est une nouvelle série diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de Fox aux États-Unis et CityTV au Canada. L’action se déroule à Los Angeles et met en scène Roger Murtaugh (Damon Wayans), un policier à la vie rangée qui reprend du service à la suite d’une attaque cardiaque et qui est forcé de travailler avec Martin Riggs (Clayne Crawford), un collègue pour le moins impulsif qui peine à se remettre de la mort de sa femme enceinte survenue il y a environ six mois. Ensemble, ils finissent tout de même par former une équipe du tonnerre qui sous une constante pluie de coups de feu résolvent toujours leurs enquêtes. Adaptation de la populaire franchise des années 80 et 90 qui mettait en scène Mel Gibson et Danny Glover, Lethal Weapon en plus d’être prévisible du début à la fin fait preuve d’un humour plus que douteux en tournant en dérision la dépression, le suicide et les maladies cardiaques. Certes, la série ne cherche qu’à divertir, mais cette banalisation de la violence a de quoi en choquer plus d’un.

L’homme qui veut mourir et l’autre qui veut vivre

C’est dans un bête accident de voiture qu’a péri Miranda (Floriana Lime), l’épouse de Martin. Depuis, il est à la dérive et noie son chagrin dans le whisky. Pourtant, il réintègre les forces policières sans problème et est jumelé à Roger. Entouré de ses trois enfants et de son aimante épouse Trish (Keesha Shrap), la vie de celui-ci, malgré sa récente opération est beaucoup plus rose. Dans le premier épisode, le duo enquête sur un faux suicide en lien avec des revendeurs de drogue et dans le deuxième, ils s’intéressent à un groupe de vente d’armes de contrebande. Dans le troisième, la guerre est déclarée entre des cliniques (légales) de vente de marijuana et un cartel mexicain. Entre-temps, Trish qui prend en pitié Martin multiplie les invitations afin qu’il ne se sente pas seul, mais le principal intéressé répond rarement présent, tout comme lorsqu’il est sommé au bureau de Maureen Cahill (Jordana Brewster), la psychologue du service de police.

Dès que l’on amorce le premier épisode, on a l’impression que la série en est à une saison subséquente tellement ont entre rapidement dans l’action. En environ 5 minutes, on voit la femme de Martin se faire percuter, puis celui-ci se rendant à l’hôpital sous le choc et tout de suite après, on est quelques mois plus tard alors qu’il amorce son enquête avec Roger. Les formalités de base ayant été rapidement balayées sous le tapis, les enquêtes (tout ce qui importe au fond) peuvent commencer. On mise évidemment sur un duo où les flammèches sont constantes ; l’un étant désordonné et l’autre soucieux des moindres règles. Loin d’être novateur puisque déjà exploité à satiété sans trop de succès d’ailleurs avec Rush Hour et Battle Creek de CBS ces dernières années, on passera sur les enquêtes puisque peu enlevantes (le bon vieil indice au premier épisode d’un homme qui se serait suicidé, seulement il est gaucher et la blessure est à droite…). En fait, tout est prétexte aux effets spéciaux tape-à-l’œil : on a droit dans le pilote à une course effrénée en voiture qui aboutit sur une piste de course (sans trop de logique d’ailleurs, tout comme dans le premier épisode de la défunte The Interceptor de BBC One lancée en juillet 2015). Et quoi de mieux pour réveiller le téléspectateur de son coma sériel qu’une grosse explosion… En fait, on est tellement à court d’idées qu’il y en a au moins une chaque épisode, ce qui finit par être redondant.

Un tant soit peu divertissant : à la limite, certes, mais c’est l’humour douteux de Lethal Weapon, basé sur la dépression et des problèmes cardiaques qui la rend si exécrable. Du côté de Roger, passe encore quoique son pacemaker manquant d’exploser sur la piste de course n’a rien d’hilarant. Du côté de Martin, on le voit tout déconfit dans l’hôpital alors qu’il vient d’apprendre la mort de sa femme. Ayant d’emblée deviné le ton léger de la série, l’excès de plans au ralenti qui s’ensuivent ne nous émeuvent pas d’un iota. Pire encore, le fait qu’il soit suicidaire semble être son meilleur atout au sein de la police qui fait appel à ses services en un rien de temps puisqu’il ne craint pas la mort. Et que dire de ses problèmes de boisson. Toujours saoul, il boit sans cesse et l’on est censé rire lorsque des sauveteurs le trouvent nu au début du troisième épisode endormi sur la plage. Le fait qu’il boive au travail n’est pas plus grave : les gens s’en contrefichent puisqu’il arrive toujours à ses fins. Encore plus drôle, il aime se faire défigurer en cherchant la bataille dans les bars et il passe le reste de ses temps libres à tirer des coups de feu sur son écran de télévision parce qu’il est dégoûté d’y voir un couple quelconque s’embrasser.  À mourir de rire apparemment…

La violence : source de divertissement

Qu’il s’agisse de jeux vidéo ou de contenu audiovisuel, on parle souvent de l’impact de la violence sur les jeunes cerveaux, tout en se gardant cependant d’en faire une corrélation directe et hors de tout doute. Pourtant, plus que le Canada ou l’Europe, l’Amérique carbure à ce genre de représentation à l’écran. Une série comme Game of Thrones d’HBO en abuse, mais il y a ce côté historique à la limite de la science-fiction qui parvient au moins à créer une distance suffisante entre le téléspectateur et ce qu’il voit. D’autres comme Banshee de Cinemax ou Gang Related de Fox en abusent, mais on traite ces exactions avec plus de réalisme puisque dans ces scénarios, la fin justifie les moyens. Violence gratuite par moments, certes, mais c’est à se demander si avec Lethal Weapon, sa banalisation éhontée n’est pas pire. Au premier épisode, Martin reçoit une balle près du cœur et une autre au pied et malgré tout, il continue à tirer sur tout ce qui bouge. En additionnant le nombre de coups en tout genre qu’il encaisse à chaque épisode, c’est à se demander s’il est véritablement composé de chair et d’os tellement il s’en remet rapidement.  Même chose trois semaines plus tard lorsqu’un malfrat pointe son arme sur lui. Roger qui est derrière lui tire un coup de feu qui lui passe à travers son épaule pour aboutir en plein front d’un autre brigand. Le premier n’émet pas le moindre petit cri de douleur et continue à tirer comme si de rien n’était. À prendre des armes pour des jouets et les dépeindre comme tels à la télévision américaine, difficile d’être étonné à chaque nouvelle fusillade qui survient.

En tout cas, le public, lui en redemande : le pilote a rassemblé 7,93 millions de téléspectateurs avec un taux de 2,2 chez les 18-49 ans. Fox s’est immédiatement acquis des fidèles puisqu’après 4 diffusions, Lethal Weapon compte un auditoire moyen de 7,15 millions et un taux qui s’est maintenu à 1,95. Cette stabilité a convaincu Fox de commander une saison complète de 18 épisodes : pour le bonheur des fans et le malheur de Martin, qui n’a pas fini de manger les coups.

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