This is Us (2016) : « on sait pas ce que c’est »

This is Us est une nouvelle série de 18 épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et CTV au Canada et est centrée autour d’un groupe de personnes toutes nées le même jour. On a d’abord à Pittsburgh Jack (Milo Ventimiglia) dont c’est l’anniversaire alors que sa femme Rebecca (Mandy Moore) attend des triplés. Au New Jersey, Randall (Sterling K. Brown) qui est à la recherche de son père biologique et à Los Angeles, Kevin (Justin Hartley), un acteur de sitcom et sa sœur jumelle Kate (Chrissi Metz) son agent. Série Cendrillon de l’automne, This is Us, grâce à des finales d’épisodes audacieuses et des personnages attachants réussit après trois semaines à toujours nous tenir en haleine alors qu’en fait, il ne se passe à peu près rien! Reste à déterminer si à long terme, la formule est viable.

Des connexions, mais peu de chassés-croisés (*** attention, divulgâcheurs)

Randall a beau avoir un excellent emploi, une femme et deux fillettes qui l’adorent; reste que l’idée de retrouver son père biologique (William, interprété par Ron Cephas Jones) a toujours été une obsession et une fois face à lui, il lui débite toutes ses rancœurs accumulées au fil des ans pour apprendre que malade, il n’a plus que quelques mois à vivre. Pris de pitié, Kevin l’invite à venir s’installer chez lui et William lui avoue qu’il est un ancien toxicomane et qu’il l’a abandonné devant une caserne de pompiers quelques jours après sa naissance. De son côté, Kevin n’en peut plus de la vie factice de L.A. et craque lors d’un tournage de « The Manny », la sitcom dont il est la star. Après l’épineux problème de la résiliation de son contrat, il envisage d’aller s’installer à New York et de refaire sa carrière au théâtre.  Kate le soutient dans toutes ses décisions bien qu’elle soit davantage préoccupée par son grave problème de poids. Obèse, elle tente sans succès toutes sortes de régimes et c’est lors de sa présence à un groupe de soutien qu’elle fait la connaissance de Toby (Chris Sullivan), lequel n’est pas insensible à ses charmes. Reste Jack et Rebecca : à la toute fin du premier épisode, on apprend que ce sont en fait les parents de Kevin et de Kate et que ce sont aussi eux qui ont adopté Randall.

Si This is Us a fait parler d’elle dès la diffusion du premier épisode, c’est sans conteste en raison de la surprise qui nous attend à la toute fin. C’est que le récit dans son ensemble est tellement fluide qu’on se laisse transporter et qu’on ne remarque même pas qu’on a affaire à deux générations ; à deux époques différentes. En effet, à la réalisation, on a savamment caché tout artéfact d’un autre âge si bien que les sériéphiles les plus avertis n’ont rien vu venir (Kate, Kevin et Randall sont nés en 1980). Autre point pour la série, elle renouvelle cette même curiosité à la fin du second épisode alors qu’on apprend que Rebecca a refait sa vie avec un autre homme. Dès lors, nos neurones s’activent et on repasse en boucle ce à quoi on a assisté durant une heure afin de se remémorer les accrochages au sein du couple. Jack, à qui l’on s’attache, a des problèmes avec la boisson, mais promet à son épouse la sobriété. En même temps, dans l’épisode #3 on découvre la difficulté de Rebecca à créer un lien filial avec Randall. Jack est-il retombé dans ses vieilles habitudes ? Est-il mort ? La faute ne serait-elle pas à incomber à Rebecca ? On n’a pas affaire ici à de terribles squelettes dans le placard, d’extorsion ou de meurtre : ce sont des gens ordinaires avec des problèmes qui le sont tous autant (régime, changement de carrière, laisser entrer ou non quelqu’un dans sa vie, etc.) et pourtant, on reste suspendu à leurs lèvres.

En ce sens, This is Us ressemble beaucoup à Sense8 dans sa narration.  La série de Netflix mettait en scène la vie de 8 personnes vivant dans différents pays, mais toutes nées le même jour et connectées au niveau sensoriel et mental. Bien qu’à cela s’ajoutait un volet science-fiction (qui au fond nous importait peu) expliquant cette proximité, c’était d’abord et avant tout ces histoires individuelles qui nous charmaient, autant pour les diversités culturelles qui les divisaient que pour leurs sentiments à l’état pur qui les rassemblait. La nouveauté de NBC, qualifiée de « dramédie » est beaucoup moins exotique, mais elle a pour elle cette temporalité avec laquelle elle ne cesse d’osciller : à quel point le passé de Jack et Rebecca influencera-t-il celui de Randal, Kate et Kevin ?

 

Et puis ?

Lorsqu’interrogé plus tôt cet été sur le sujet principal de This is Us, le créateur Dan Fogleman a répondu en toute candeur : « It’s hard to explain what the show is about ». En effet, même après le troisième épisode on peine à identifier une ligne directrice. Évidemment, cette incertitude pourrait dissuader certains téléspectateurs de se lancer dans une aventure dont on ignore même les fondements, mais chaque personnage est si bien construit, si attachant qu’après trois épisodes, on a toujours envie de continuer à les accompagner. Reste que le personnage de Kate pour le moment est plutôt unidimensionnel alors que dans les deux premiers épisodes, seules ses tentatives de pertes de poids la définissent. Au troisième, Toby lui fait comprendre que son problème relève davantage d’un manque de confiance en soi et dès lors un potentiel scénaristique plus large s’offre à la jumelle. Il est aussi à noter que mis à part Kevin et Kate qui sont toujours ensemble et une brève visite de Rebecca chez Randall, on a eu droit jusqu’ici à très peu d’interactions entre les membres de la famille et que l’utilisation de flashbacks bien dosés pourraient aussi maintenir notre attention sur le long terme.

En tout cas, après trois semaines, c’est toujours le cas du côté des téléspectateurs, et ce, même après une pause « débat présidentiel » entre la deuxième et la troisième semaine de diffusion. Dès le départ, This is Us a bénéficié d’une case horaire de choix puisque diffusée tout de suite après le populaire rendez-vous The Voice. Ainsi, le pilote a attiré 10,06 millions de téléspectateurs avec un taux de 2,85 chez les 18-49 ans, 8,75 pour le second épisode (taux de 2,59) et 9,8 pour le troisième (taux de 2,8). Une telle stabilité après trois diffusions ne s’était pas vue sur la chaîne depuis le lancement de Friday Night Lights en 2006. On n’a donc plus qu’à souhaiter à la série cette même constance pour la saison à venir.

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