Designated Survivor (2016) : le sauveur?

Designated Survivor est une nouvelle série qui est diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada. L’action se déroule à Washington alors qu’à la suite d’une violente attaque détruisant le Capitole, tous les politiciens des États-Unis incluant le président périssent. Parmi les rares épargnés, l’on trouve Tom Kirkman (Kiefer Sutherland), le secrétaire au Logement et au Développement urbain qui en raison de sa hiérarchie est le « survivant désigné » et accède au poste de chef de l’état. Devant un peuple désorienté, une armée qui crie vengeance et le FBI qui ne sait plus où donner de la tête, les malheurs ne font que commencer pour le substitut. Seulement quelques années après 24, le retour de Kiefer Sutherland incarnant le sauveur de la nation américain n’en dépaysera pas beaucoup. Pourtant, la nouveauté d’ABC tire sa carte du jeu grâce à un certain réalisme entourant cette science-fiction politique et les intrigues qui promettent de nous tenir en haleine. Mais c’est aussi le personnage principal qui reflète étrangement l’affrontement électoral qui règne en ce moment aux États-Unis.

La crise et la foule

Quelques heures après la terrible explosion, Tom jure en toute hâte devant un cabinet on ne peut plus réduit de servir du mieux qu’il le pourra son pays. Réunis en conseil, le Général Harris Cochrane (Kevin McNally) saute un peu trop vite aux conclusions et lui conseille d’employer la force contre l’Iran qu’il soupçonne d’être derrière les attentats. C’est que la population demande des explications et crie vengeance, mais Tom est trop sage pour laisser ses sentiments le dominer, d’autant plus qu’Hannah Wells (Maggie Q), une des agentes du FBI accumule des preuves au cours des trois premiers épisodes corroborant les versions officielles qui véhiculent dans les médias à la suite de fuites. Sinon, pour le moment il s’appuie sur Emily Rhodes (Italia Ricci) et Aaron Shore (Adan Canto), ses deux plus proches conseillers qui avec leurs valeurs opposées (elle préconise l’honnêteté et la candeur, lui est davantage politicien dans ses tactiques) l’aident à prendre de cruciales décisions. Enfin, outre le support de sa femme Alex (Natasha McElhone) et de ses deux enfants, Leo (Tanner Buchanan) et Penny (Mckenna Grace), Tim peut aussi compter sur Kimble Hookstraten (Virginia Madsen), l’autre survivante désignée du parti républicain, mais l’alliance risque d’être de courte durée. En effet, toutes sortes de complots s’ourdissent impliquant le nouveau président, même de la part de proches.

Depuis le 9 septembre 2001, les attaques terroristes se multiplient dans les pays démocratiques et cette peur est de plus en plus exploitée dans les séries américaines, que l’on pense à Tyrant (FX, 2014-16), American Odyssey (NBC 2015),  Crisis (NBC, 2014) et même à saveur historique dans The Secret Agent (BBC One, 2016). Certaines misant sur un aspect plus soap alors que d’autres sur les rebondissements à coups des scènes d’actions à couper le souffle, après trois épisodes, c’est néanmoins Designated Survivor qui se démarque du lot pour son réalisme. En effet, toute cette atmosphère d’incertitude quant à l’avenir et le désarroi des survivants est palpable et dans un premier temps, on met beaucoup l’accent sur la peur et le repli sur soi qui engendre le racisme alors que le gouverneur du Michigan donne quasiment carte blanche à ses forces de l’ordre qui s’adonnent à un profilage racial éhonté.

Puis, il y a ce point de vue de l’armée qui se fait le porte-étendard des gens qui crient vengeance un peu trop précipitamment. Alors que l’équipe du président cherche vainement à souder les Américains dans le deuil, pour l’armée, il faut trouver au plus vite un bouc émissaire quitte à se tromper et faire des milliers de victimes outre-mer, ce à quoi répond avec justesse Tom, découragé : « I have a difficult time accepting that the only way to bring the country together is through war ».

Sinon, du côté fiction on a beaucoup d’intrigues en banque qui devraient maintenir l’audience à flot. Autant retrouver les auteurs des attentats est une priorité, autant une bonne partie des survivants ne nous inspirent pas confiance. Ces intrigues de bureaux prometteuses ont autant, sinon plus d’efficience que des scènes d’attaques dont on est loin d’abuser ici. Seules les intrigues familiales pour le moment ne retiennent pas l’attention : toutes les répliques débitées par Alex sont prévisibles, l’innocence un peu exagérée de Penny et la crise d’adolescence de Leo n’ont d’autre but que de glorifier la famille de Tom au final qui malgré ses défauts se veut l’incarnation de l’Amérique.

To be feared or to be loved?

Évidemment, la série ne serait rien sans Keifer Sutherland à la tête de la série, lui qui a incarné pendant presque une décennie le sauveur désintéressé de l’Amérique. Il est tout de même intéressant d’analyser la façon dont on le dépeint dans le contexte évoqué. D’abord, c’est avec des lunettes et vêtu d’un pull-over à capuchon que Tom passe la majorité du pilote à régler les problèmes de la nation. Seul parmi tous ces tailleurs et cravates, il incarne l’homme proche du peuple qui n’est en rien mêlé à l’establishment si honni ces temps-ci par la population. Puis, il y a cette candeur, sa foi en son peuple tout innocente qui bien qu’elle soit au départ contestée par plusieurs, sera son principal atout dans les semaines à venir (exactement sur ce quoi mise Madam Secretary à CBS).

En même temps, il y a ce petit côté Trump reflété en Tom. C’est que toutes les institutions gouvernementales étant détruites, dans ce contexte l’autorité qui échoit au président s’apparente à celle d’un dictateur. Lors d’une scène au premier épisode, il demande conseil à ses multiples conseillers dans le salon ovale et c’est rapidement la cacophonie. L’homme, au lieu d’imposer son autorité sort et décide seul ce qui conviendra la mieux au peuple. En ce sens, Designated Survivor nous renvoie l’image d’une bureaucratie improductive qui est responsable des grains de sable dans l’engrenage. Pourtant, c’est le prix à payer pour une démocratie saine, mais dans la série d’ABC, on fait plutôt l’apologie de ce bon dictateur qu’est Tom : comme Jack Bauer dans 24, il risque de franchir plus d’une fois la ligne rouge (comme on l’a vu lorsqu’il ment au gouverneur du Michigan) et d’ignorer les institutions du moment qu’il puisse arriver à ses fins, toujours pour le bien de l’Amérique, cela va sans dire… .

Sans trop d’étonnement Designited Survivor est un des succès de l’automne: le premier épisode a réuni plus de 10 millions de téléspectateurs en direct avec un taux de 2,24 chez les 18 49 ans et en incluant les enregistrements sur une durée de 7 jours, il faut ajouter 7,67 millions supplémentaires et un taux qui au final a doublé. En deuxième semaine, l’auditoire était de 7,97 (taux de 1,79), puis 7,05 millions (taux de 1,6) pour le troisième épisode. Les excellents chiffres de la première semaine (un record depuis How to Get Away with Murder en 2014) ont convaincu la chaîne de commander une saison complète de 22 épisodes. En espérant que la longévité n’altérera par la qualité comme cela s’est produit avec Quantico qui a commencée en lion, mais qui s’est vite révélée redondante sur le long terme.

 

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